Islande : les hommes paient, les femmes gouvernent — anatomie d’un féminisme arrivé au pouvoir

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Íris Erlingsdóttir signe dans The European Conservative une enquête sur son propre pays qui pose une question simple et pourtant devenue impossible à formuler à Reykjavík : que se passe-t-il quand une société consacre un demi-siècle à corriger un déséquilibre et en produit un autre, dont plus personne n’ose parler ?

L’Islande trône en tête de tous les classements internationaux d’égalité entre les sexes. Les délégations étrangères viennent y chercher la recette. Les organisations internationales célèbrent le « modèle islandais ». Une femme occupe la présidence, une autre le poste de Premier ministre, et l’essentiel des ministères, de l’Église d’État, des universités, des écoles, des municipalités, de la police, des services sociaux et des rédactions.

L’auteur prend soin de préciser ce que son article n’est pas : ni un plaidoyer contre les femmes en position d’autorité, ni un appel à revenir à un passé mythifié où les hommes dominaient la vie publique. La question qu’elle pose est autre — celle de savoir si les institutions publiques islandaises sont devenues à ce point homogènes qu’elles ont développé leurs propres angles morts.

Les chiffres

Ils sont têtus, et l’article les aligne sans commentaire superflu.

Les femmes représentent environ 62 % des employés de l’administration centrale islandaise et près de 70 % de ceux des municipalités. À Reykjavík, la plus grande commune du pays, elles constituent 72,4 % des effectifs municipaux.

Dans les écoles publiques de la capitale : 36 directrices pour 6 directeurs. Chez les adjoints, 35 femmes pour 4 hommes.

Ministère par ministère, le tableau se répète. La Justice emploie 52 femmes et 23 hommes ; son bureau des droits civiques, sept femmes et un homme — proportion exactement identique à celle de son bureau de l’égalité. Le ministère de l’Enfance et de l’Éducation compte 50 femmes sur 68 employés. Celui de la Santé, 56 femmes sur 78, et pas un seul homme dans son bureau des services de santé ni dans celui du directeur du ministère.

Qui paie

C’est le second volet de la démonstration, et le plus intéressant.

Environ 43 % des femmes actives islandaises travaillent dans le secteur public, contre seulement 15 % des hommes. Inversement, 85 % des hommes actifs travaillent dans le privé, contre 57 % des femmes.

Or l’auteur rappelle où se situent les industries d’exportation qui font vivre l’île de moins de 400 000 habitants : la pêche, la transformation du poisson, la construction, l’énergie, la production d’aluminium, le transport lourd, la marine marchande, l’ingénierie. Toutes reposent sur une main-d’œuvre massivement masculine.

Erlingsdóttir ne prétend pas que les fonctionnaires ne contribuent en rien — enseignement, santé, police, administration et infrastructures soutiennent l’économie. Elle constate simplement qu’une part bien plus grande d’hommes travaille dans des entreprises exposées à la concurrence internationale, tandis que les femmes se concentrent dans des institutions financées par l’impôt, avec des conditions et des avantages que l’auteur qualifie sans détour de confortables.

Un marché du travail resté profondément segmenté par sexe, donc. Sauf que la ségrégation ne va plus dans le sens dont on parle.

Le mécanisme

L’auteur écarte l’hypothèse du complot pour lui préférer une explication plus banale et plus solide : les gens recrutent des gens qui leur ressemblent. Les universités forment des étudiants qui recrutent ensuite des diplômés des mêmes filières. Les agences publiques travaillent avec des associations subventionnées dont le personnel partage les mêmes convictions. Une culture institutionnelle finit par émerger sans que personne ne l’ait planifiée.

Le raisonnement est solide, et il vaut évidemment dans les deux sens. C’est même l’argument central : nul ne conteste qu’une institution composée presque exclusivement d’hommes puisse développer des angles morts. Inversez les sexes, et la simple formulation de la question devient une accusation de misogynie.

Le silence des hommes

Le passage le plus troublant de l’article porte sur ce que l’auteur observe chez les hommes islandais : non pas une colère assumée, mais un mélange de crainte et de frustration impuissante. La peur de dire la mauvaise chose, de poser la mauvaise question, d’exprimer une opinion démodée. La plupart, écrit-elle, s’adaptent simplement. Ils se taisent.

Elle illustre par une anecdote. Un ami américain de sa fille de vingt-quatre ans qualifie la mère de celle-ci, en sa présence, de « badass bitch » — manifestement un compliment, reçu comme tel. Rapportant l’épisode à un ami islandais de son âge, elle recueille cette réaction : jamais il n’oserait employer ce mot devant une Islandaise. Suivie de ce commentaire amer sur lui-même, que la pudeur française laissera en version originale : « but then, I’m a pussy-whipped Icelandic man. »

Le contraste est en effet éclairant. L’un parle spontanément en présumant la bonne foi. L’autre calcule immédiatement les conséquences possibles.

Erlingsdóttir en tire une observation qui dépasse largement le cas islandais : une démocratie en bonne santé ne repose pas seulement sur la liberté d’expression légale, mais sur la confiance sociale — celle qui permet de plaisanter, de contredire et de se tromper occasionnellement sans que chacun présume le pire de l’autre. Quand cette confiance s’érode, la vie publique s’appauvrit, non parce que les gens ont moins à dire, mais parce que moins de gens acceptent de le dire.

Ce que cela nous dit

L’auteur formule sa conclusion comme un avertissement adressé au reste du monde occidental : tout mouvement victorieux finit par risquer de devenir ce qu’il combattait. Toute révolution devient un établissement, et tout établissement finit par développer ses angles morts.

La santé d’une démocratie, écrit-elle, ne dépend pas de qui occupe les positions d’influence, mais de la capacité des citoyens à rester libres — et suffisamment curieux — pour interroger toute concentration de pouvoir, y compris celles qu’on leur a appris à célébrer.

Il faut ajouter ce que l’article ne dit qu’en creux. Ce qui frappe dans le cas islandais, ce n’est pas la répartition des postes. C’est la constitution d’un appareil d’État hypertrophié — une bureaucratie considérable pour moins de 400 000 habitants — dont la culture interne est homogène et financé par des secteurs productifs qui n’y sont pas représentés.

Le déséquilibre n’oppose pas tant les hommes aux femmes que l’administration au monde qui la finance. Ceux qui pêchent, construisent et transforment n’ont plus voix au chapitre là où se décident les normes qui régissent leur travail. Cette configuration a un nom, et il n’est pas islandais.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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3 réponses à “Islande : les hommes paient, les femmes gouvernent — anatomie d’un féminisme arrivé au pouvoir”

  1. Durandal dit :

    Bonjour,

    Le premier pays qui retrouve sa virilité, imposera sa loi à tous les autres. J’attends ce moment avec impatience. Et surtout, quand des pays comme l’islande auront été envahis, laissez leurs femmes au pouvoir.

    Cdt.

    M.D

  2. Noël Stassinet dit :

    Vous n’avez que ces deux photos pour l’Islande et Charlie à la mosquée ???

  3. Castel dit :

    Merci pour ce compte-rendu très bien fait d’un article vraiment très riche d’enseignements.
    Reste à savoir si cette journaliste et son article réussiront à faire s’interroger, voire se remettre en question, les intéressés ; ou…devrais-je écrire : les intéressées… et à restaurer le dialogue nécessaire pour faire disparaitre les fameux « angles morts ».

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