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Une trentaine de salariés, un budget de 2,7 millions d’euros, dont 1 million de subventions publiques : Vegenov-BBV, le centre d’innovation technologique de la filière légumière du nord Finistère, vient de passer au crible de la chambre régionale des comptes. Dans la synthèse de son rapport, publiée en octobre 2026, les magistrats saluent une gestion saine. Ils demandent en revanche plus de transparence sur le poids des organisations agricoles dans la gouvernance de l’association.
L’héritage des producteurs du Léon
Vegenov a été fondé en 1989. Il s’inscrit dans le mouvement lancé au début des années 1960 par les producteurs du nord Finistère, qui ont bâti au fil des décennies leurs propres outils collectifs. Ils ont créé les sociétés d’intérêt collectif agricole (SICA), les marchés au cadran, le comité économique régional agricole fruits et légumes (Cerafel), des entreprises semencières et même la compagnie Brittany Ferries. Ils y ont ajouté, dans les années 1980, des laboratoires et des stations d’expérimentation.
Le centre se situe à la charnière entre la filière légumière, les collectivités et la recherche publique. Il travaille surtout en collaboration avec des coopératives, des entreprises et des organismes de recherche. Il cherche des solutions pour protéger les plantes des maladies et aide à sélectionner des semences plus résistantes au changement climatique et de meilleure qualité gustative. Ses travaux profitent d’abord à la filière légumière bretonne, mais aussi aux filières nationale et européenne.
30 à 40 % de subventions publiques
Chaque année, entre 30 et 40 % des produits de Vegenov proviennent de subventions publiques, versées par l’État, l’Union européenne et les collectivités, en premier lieu la région Bretagne et le département du Finistère.
Ce financement repose sur un cadre juridique précis. Le droit européen interdit en principe les aides publiques aux entités économiques susceptibles de fausser la concurrence. Vegenov bénéficie d’une exemption, car les résultats de ses travaux de recherche restent sa propriété et peuvent être diffusés sans restriction. Les subventions destinées à l’achat d’équipements échappent elles aussi à la qualification d’aides d’État, car les activités commerciales de l’association représentent moins de 20 % de sa capacité annuelle.
Les organisations agricoles, à la fois clientes et administratrices
C’est sur la gouvernance que la chambre insiste. Les statuts de Vegenov donnent une place prépondérante aux professionnels agricoles. Producteurs, coopératives et chambre d’agriculture y siègent aux côtés des collectivités (département, région, intercommunalité) et des établissements de recherche et de formation.
Or ces organisations professionnelles, présentes dans la gouvernance depuis 1989, sont aussi des clientes importantes du centre. Entre 2020 et 2024, les travaux réalisés pour leur compte ont représenté 12 % du total des produits d’exploitation, et jusqu’à 21 % des prestations facturées aux entreprises.
La chambre précise qu’aucune anomalie n’a été constatée. Elle estime toutefois que cette situation exige une attention particulière. Le cadre européen dont profite l’association impose que les entreprises qui exercent une influence sur un organisme de recherche n’aient aucun accès privilégié à ses capacités ni à ses résultats.
Pour prévenir tout risque, les magistrats demandent de mieux informer les instances de l’association, notamment dans les rapports d’activité. Ceux-ci devront détailler la composition des ressources, les projets d’investissement et les principaux agrégats financiers. Ils exigent aussi la suppression de toute mention restreignant la diffusion des résultats de recherche, qu’elle figure dans les statuts ou dans les conventions.
Des comptes sains
Sur le plan financier, le constat est favorable. Les charges d’exploitation, notamment de personnel, sont contenues, la capacité d’autofinancement est positive et l’endettement maîtrisé. Le résultat net a baissé en fin de période, mais le fonds de roulement reste très largement positif et la trésorerie satisfaisante.
2,5 M€ pour rénover le bâtiment
Le prochain grand chantier est la rénovation énergétique du bâtiment occupé par le centre, chiffrée à 2,5 millions d’euros. Propriétaire des murs, le département du Finistère a indiqué qu’il en prendrait en charge une part significative.