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On ne l’attendait pas forcément sur ce terrain. Marie Lopez, que plusieurs millions d’abonnés connaissent sous le nom d’EnjoyPhoenix depuis ses débuts sur YouTube en 2011, publie Noctuaire. Aux frontières du paranormal : tour de France des mythes et légendes, chez Dark Side, une marque de Hachette Pratique. C’est un beau livre de plus de 200 pages, illustré par l’artiste Førtifem. Il recense, région par région, les dames blanches, les bêtes du diable, les cités englouties et les châteaux hantés qui peuplent encore les veillées françaises. La Bretagne y occupe une place de choix.
Un « carnet de la nuit » transmis par une grand-mère
Le titre est un mot inventé. L’autrice explique avoir voulu un terme qu’on comprend sans l’avoir jamais lu : un carnet consacré à la nuit, où l’on consignerait rumeurs, apparitions et histoires racontées quand le monde se tait. Sa passion pour le sujet lui vient de sa grand-mère, qui lui racontait ces histoires lors de longues soirées d’été, et à qui elle dédie une partie du livre.
Marie Lopez revendique une position d’entre-deux. Elle ne cherche ni à prouver que tout est vrai, ni à démonter les croyances des autres. Ce qui l’intéresse, c’est ce que les légendes disent de nos peurs et de nos obsessions. Elle confie pourtant avoir vécu une expérience qu’elle n’a jamais pu expliquer rationnellement, et qui a changé sa manière d’écouter ces récits. Elle insiste surtout sur la fragilité de ce patrimoine oral, qui varie d’un canton à l’autre et s’efface avec les générations. Elle a choisi pour chaque légende la version qui lui parlait le plus, sans prétendre fixer une vérité définitive. Sa préface se termine sur cette idée : la nuit n’est « jamais complètement vide ».
Un tour de France en 13 étapes
Le livre suit la carte des régions administratives, de l’Auvergne-Rhône-Alpes à l’outre-mer, chaque chapitre étant ouvert par une carte illustrée. On y croise le lac Pavin et la ville de Besse engloutie pour ses débauches, le coffret du diable du lac Léman, saint Bernard de Menthon sautant par la fenêtre pour échapper à un mariage forcé, la vouivre de Franche-Comté et la Tante Arie, le Graoully de Metz, Hans Trapp en Alsace, la danse de Strasbourg de 1518, la Dame blanche de la Hague, la Bête du Gévaudan, Montségur, Mélusine, la Tarasque, les mazzeri de Corse ou les prédictions de Nostradamus. Le chapitre consacré à l’outre-mer est l’un des plus dépaysants, avec la Diablesse et Manman Dilo des Antilles, le trésor de La Buse à La Réunion, les tupapa’u polynésiens ou Māui.
Des pages thématiques s’intercalent entre les régions : un florilège d’objets mystérieux, un petit précis d’alchimie, une histoire des sorcières en France, un panorama des dames blanches, les porte-bonheur et porte-malheur, les exorcistes, et un bestiaire final.
La Bretagne, chapitre le plus fourni
C’est en Bretagne que le livre semble le plus à son aise. Le chapitre s’ouvre sur le château de Trécesson, à Campénéac, aux portes de Brocéliande. Une nuit d’octobre 1750, un braconnier caché dans un arbre y aurait vu des hommes masqués enterrer vivante une jeune mariée. Depuis, sa silhouette blanche hanterait le parc les soirs de pleine lune. Le livre rappelle que le récit a été publié pour la première fois en 1824 dans la revue nantaise Le Lycée armoricain, et qu’une robe et une couronne nuptiale étaient conservées dans la chapelle jusqu’à la Révolution.
Vient ensuite la ville d’Ys, avec Gradlon, Dahut, le cheval Morvarc’h et la clé de bronze dérobée. Le texte suit la version qui fait de Malgven, la mère de Dahut, une reine venue du Nord. Il rappelle que la statue du roi veille toujours entre les 2 tours de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Les Tréo-Fall d’Ouessant, ces lutins cousins des korrigans qui entraînent les promeneurs dans une ronde mortelle au sommet des falaises, apparaissent dans un « guide de survie ». Le livre rappelle que leur première mention connue remonte au séjour de François-Marie Luzel sur l’île en 1873.
L’Ankou a droit à sa double page. Le récit est celui de Fañch ar Floc’h, forgeron de Ploumilliau qui travaillait un soir de Noël pendant la messe et répara sans le savoir la faux de l’ouvrier de la mort. Le livre évoque aussi la statue du XVe siècle conservée dans l’église de la commune, la croyance selon laquelle le dernier mort de l’année devient l’Ankou de l’année suivante, et un possible rapprochement avec le dieu gaulois Sucellos.
Les alignements de Carnac sont racontés à travers la légende du pape Cornély, poursuivi par les soldats de l’empereur Trébonien Galle et sauvé en les changeant en pierres. L’encadré rappelle que les mégalithes ont environ 4 500 ans et qu’ils sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2025. La Roche-aux-Fées d’Essé, présentée comme le plus grand dolmen de France, est accompagnée de sa coutume amoureuse : les couples comptent les pierres à la nouvelle lune, et un écart de plus de 2 annonce un mauvais mariage. L’encadré cite aussi une repartie d’Arthur de La Borderie.
Le chapitre se termine sur ses figures les plus sombres. Une double page sur Barbe-Bleue cherche les modèles possibles du conte de Perrault : Conomor, Gilles de Rais et Henri VIII. Viennent ensuite un récit consacré à Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d’Arc, alchimiste ruiné et meurtrier d’enfants condamné à Nantes en 1440, puis la légende de Conomor le Maudit. Ce comte du Poher décapitait ses épouses enceintes par peur d’une prophétie. Le livre raconte l’histoire de sainte Triphine, ressuscitée par saint Gildas, de saint Trémeur, qui marcha sa tête entre les mains, et du concile du Menez-Bré qui excommunia le tyran.
La Loire-Atlantique classée à part
Petite curiosité pour le lecteur breton : en suivant les régions administratives, le livre range Gilles de Rais et Barbe-Bleue dans le chapitre Bretagne, mais place le château de Châteaubriant dans les Pays de la Loire. On y retrouve pourtant l’une des plus belles légendes de la Bretagne historique, celle de Françoise de Foix, favorite de François Ier, qui serait morte saignée aux 4 membres dans la chambre dorée le 16 octobre 1537. Selon la tradition, 3 ombres y reviendraient chaque année à la même date : la comtesse, le roi et le mari jaloux, Jean de Laval. Le Cheval Mallet, monture diabolique qui hante les marais du lac de Grand-Lieu jusqu’en Vendée, figure lui aussi dans ce chapitre.
Noctuaire n’est pas un ouvrage d’érudition. Les textes sont courts, vivants, écrits pour être lus à voix haute plus que pour être annotés. Chaque légende est complétée par un encadré qui apporte quelques repères historiques ou archéologiques et l’adresse des lieux à visiter. Les illustrations de Førtifem, en noir et blanc sur fonds de papier kraft, donnent à l’ensemble l’allure d’un vieux grimoire. Le livre devrait surtout faire découvrir l’Ankou, Dahut ou la Mariée de Trécesson à un public jeune qui ne les connaissait peut-être que de nom.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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