Irlande à jamais ! Camille Le Mercier d’Erm, l’ode bretonne aux insurgés de Dublin

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En mai 1916, quelques jours après l’écrasement de l’insurrection de Pâques à Dublin, un poète breton prend la plume pour les vaincus. Camille Le Mercier d’Erm, qui signe ses vers sous le nom de Kammermor, écrit Irlande à jamais ! Ode aux martyrs de 1916. La France est alors en pleine guerre aux côtés de l’Angleterre : le texte ne peut pas paraître. Il ne sera publié qu’en 1919. Près d’un siècle plus tard, à la demande de Loïk Camus, petit-fils de l’auteur, l’éditeur morbihannais Stéphane Batigne l’a réédité en fac-similé.

L’auteur, fondateur du premier parti nationaliste breton

Camille Le Mercier d’Erm (1888-1978) n’est pas un simple versificateur. En 1911, il fonde le premier parti nationaliste breton, après l’inauguration devant l’hôtel de ville de Rennes de ce que les militants bretons appelaient le « Monument de la Honte ». On lui doit notamment Les Bardes et poètes nationaux de la Bretagne armoricaine (1919, préfacé par Anatole Le Braz), Les Hymnes nationaux des peuples celtiques (1920), une Histoire de notre Bretagne écrite avec C. Danio (1922) et plusieurs ouvrages sur le drame du camp de Conlie et l’armée de Bretagne de 1870-1871. Son œuvre poétique a été réunie en 1978 dans Éternités. Loïk Camus lui a consacré une biographie en 2013, Breiz Dishual – Bretagne libre.

Le Mercier d’Erm a suivi de très près la tentative de libération irlandaise. Pour lui, Bretons et Irlandais étaient des frères celtes, soumis l’un à Paris, l’autre à Londres.

7 chants pour Dublin

L’ode est construite en 7 parties. Chacune s’ouvre sur une épigraphe tirée de Brizeux, d’O’Connell, de Thomas Moore, de la proclamation de la République irlandaise ou du Soldier’s Song de Peadar Kearney, le chant du Sinn Féin. Le 1er chant installe le décor : l’Irlande, « sœur de ma Patrie », appelle et l’Armor l’entend. Le poète s’en prend durement à la France, alliée de l’Angleterre et du tsar, qu’il accuse d’avoir abandonné l’Irlande après l’avoir entraînée autrefois dans ses guerres contre Londres, de Fontenoy en 1745 aux expéditions de Humbert et Hardy en 1798. Pour lui, la France « républicaine » s’est montrée plus royaliste que le roi d’Angleterre.

Le 2e chant répond à la presse anglaise et française, qui présentait la rébellion comme l’œuvre « de quelques traîtres ». Le Mercier d’Erm retourne l’insulte. Si les insurgés sont des traîtres, ils le sont comme les Bretons du marquis de Pontcallec, exécutés à Nantes en 1720 sur ordre du Régent. Dans les chants 3 et 4, le poète promet de chanter leurs noms, puis les énumère comme dans une litanie funèbre : Pearse et son frère Willie, Clarke, MacDonagh, MacDermott, Ceannt, Connolly, Plunkett, O’Rahilly, Skeffington, Daly, MacBride, l’ancien chef de la brigade irlandaise du Transvaal, et Roger Casement, pendu à Londres.

La comtesse Markievicz, « muse des barricades »

Le 5e chant est dédié à une femme : Constance Markievicz, née Gore-Booth, aristocrate irlandaise mariée à un comte polonais. Officier de l’Irish Citizen Army pendant le soulèvement, elle a combattu en uniforme vert dans les rues de Dublin. Condamnée à mort, elle a vu sa peine commuée parce qu’elle était une femme. Le poète la célèbre comme la double incarnation de l’Irlande et de la Pologne, 2 nations alors privées d’État, et lui promet le jour où elle verra ses 2 pays libres.

Le 6e chant, scandé par le refrain « Vive l’Irlande ! », annonce que chaque supplice infligé par l’Angleterre rendra l’Irlande plus grande. Le 7e et dernier chant tourne le regard vers la Bretagne. Le « vent de liberté » qui souffle sur la lande irlandaise, écrit Kammermor, réveillera demain « les grands Chouans ». L’ode, datée de mai 1916, se termine sur un appel : « Suivons le vent ! »

Une lettre du futur président d’Irlande

La réédition reproduit un document rare : une lettre adressée le 7 mai 1921 à Camille Le Mercier d’Erm, alors domicilié à Dinard, par Seán T. O’Kelly. Celui-ci est alors président du Parlement irlandais et envoyé à Paris du gouvernement de la République irlandaise. Il deviendra président de l’Irlande de 1945 à 1959. Il remercie le poète pour les exemplaires d’Irlande à jamais ! que celui-ci lui a fait parvenir et qu’il a fait suivre à leurs destinataires en Irlande. Il lui envoie une liste de personnalités irlandaises qui seraient heureuses de recevoir le poème, et se met à sa disposition pour l’aider à préparer un numéro spécial de revue consacré à l’Irlande.

Cette lettre montre que l’ode n’est pas restée un exercice littéraire. Elle a circulé jusqu’aux dirigeants républicains irlandais. Elle témoigne de liens concrets entre militants bretons et irlandais dès les années 1920, liens qui marqueront ensuite toute l’histoire de l’Emsav.

Un document pour l’histoire des nations celtiques

L’Insurrection de Pâques, lancée par l’Irish Republican Brotherhood en avril 1916, n’a duré qu’une semaine. Mal armés et trop peu nombreux, les insurgés ont dû capituler devant l’armée britannique. Aux centaines de morts des combats se sont ajoutées une quinzaine d’exécutions, dont celles des principaux chefs. Cette répression a pourtant retourné l’opinion irlandaise et ouvert la voie à l’indépendance.

Lire aujourd’hui Irlande à jamais !, c’est entendre comment un Breton a vécu ces événements au moment même où ils se produisaient, avec une ferveur que la France officielle ne partageait pas.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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