À l’heure où le monde contemporain semble osciller entre accélération technologique, déracinement culturel et perte de repères, la réédition de La crise du monde moderne de René Guénon résonne avec une acuité particulière.
Dans cet entretien qu’il nous a accordé ci-dessous, Rémi Soulié, auteur de la préface e la réédition aux éditions Lif, revient sur la portée intacte – et même renforcée – d’une œuvre souvent jugée exigeante mais dont le diagnostic, posé dès l’entre-deux-guerres, semble trouver aujourd’hui une confirmation troublante. Entre critique radicale du matérialisme, analyse de la dissolution des hiérarchies et lecture métaphysique du temps, il éclaire les raisons de cette republication et invite à redécouvrir une pensée qui, loin d’être datée, prétend saisir les ressorts profonds de la modernité. Une plongée dans une œuvre qui entend dépasser l’actualité pour mieux en révéler les lignes de force.
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Breizh-info.com : Pourquoi republier aujourd’hui La Crise du monde moderne de René Guénon ? Qu’est-ce que ce texte dit de 2026 que d’autres ne voient pas ?
Rémi Soulié : La voie ou la perspective métaphysique, comme diraient respectivement Matgioi et Georges Vallin, est par définition intemporelle, ce qui autorise en quelque sorte une actualité – au sens aristotélicien et thomiste – permanente. Certes, l’essai de Guénon se situe d’évidence dans un temps (on pourrait dire, au sens littéral, qu’à l’instar de chaque livre, il est « daté ») mais il surplombe et excède la temporalité. Léon Bloy disait que lorsqu’il voulait connaître les dernières nouvelles, il lisait S. Paul, mais c’est être encore trop dépendant de notre cycle. Pour comprendre vraiment de quoi il en retourne, il faut s’élever au-dessus de celui-ci et connaître, autant qu’il est possible, le domaine principiel-universel, ce qui est exemplairement le cas du métaphysicien René Guénon, ainsi que ses implications cosmologiques, donc temporelles, historiques et politiques. Dès lors, il voit ce qu’ont vu notamment les maîtres de la contre-révolution catholique, de Joseph de Maistre à Pierre Boutang, mais aussi Platon, les Romantiques allemands, Heidegger ou certains représentants de l’École de Francfort – la domination sans partage du matérialisme, de l’individualisme, du rationalisme, de l’humanisme, de l’économisme, du démocratisme, de l’égalitarisme, du machinisme, du mécanicisme, etc. – mais il les voit d’une manière si élevée et si profonde à la fois qu’il en déploie la genèse la plus originelle, mais aussi les conséquences, en particulier dans Le Règne de la quantité et les Signes des temps (1945) ce pourquoi il importait de réunir ces deux livres en un seul volume. Parmi elles : la disparition de la monnaie, la liquéfaction (bien avant Zygmunt Bauman) puis l’atomisation-pulvérisation du monde, le spectacle (la suggestion-sujétion, l’hypnose, le somnambulisme), y compris au sens de Guy Debord et bien évidemment là encore avant lui. La Crise du monde moderne se distingue par l’amplitude de sa vision et sa radicalité.
Breizh-info.com : Guénon parle d’un monde entré dans le Kali Yuga. Est-ce, selon vous, une simple grille symbolique… ou une description presque littérale de notre époque ?
Rémi Soulié : Traditionnellement, il ne peut pas y avoir de « grille symbolique », contrairement à ce que pense la « science profane », laquelle adopte tel ou tel prisme de lecture, forcément partiel, limité, analytique, extrinsèque. Tous les étants sont symboliques en ce qu’ils sont traversés par l’Idée, « transparaissante » aux yeux des poètes-métaphysiciens. Schuon évoquait admirablement « la transparence métaphysique des phénomènes », la non-dualité du phénomène et du noumène, en termes kantiens. « Le bleu du ciel est la théorie », disait non moins admirablement Goethe. Le symbole, pour Guénon et l’école traditionnelle, a valeur ontologique.
Le Kali Yuga est l’Âge sombre de la tradition hindoue, l’Âge de fer de la tradition gréco-romaine, l’Âge du loup de la tradition nordique, l’ « abomination de la désolation » biblique évangélique. Nous y sommes entrés, semble-t-il, depuis 6000 ans. Il se caractérise par une chute vertigineuse, qu’entravent ou ralentissent de micro-cycles de redressements (pour l’Occident, la Grèce antique et le Moyen Âge chrétien) : destruction de la famille, uniformisation, athéisme, profanations, inversions, indistinction des sexes, révolutions, mélange puis disparition des castes, etc. Guénon se livre donc bien à une « description presque littérale de notre époque », mais elle n’est littérale que parce qu’elle est symbolique, c’est-à-dire, métaphysique : non-dualité de la lettre et de l’esprit. Il fait preuve d’une clairvoyance inouïe (j’associe la vue et l’ouïe, comme dans l’Inde des rishis notamment) parce que seul l’universel non manifesté permet de comprendre l’individuel manifesté, pour reprendre la distinction ou l’opposition métaphysique classique, depuis Aristote, entre l’universel et l’individuel mais dans les termes de la philosophia perennis. Quiconque ne la reprend pas à son compte est voué à l’individualisme, comme les évolutionnistes le sont au progressisme.
Breizh-info.com : Dans votre préface, insistez-vous davantage sur la critique du matérialisme ou sur celle de la perte du spirituel ? Quelle est aujourd’hui la fracture la plus grave selon vous ?
Rémi Soulié : Les deux sont indissolublement liées. C’est d’ailleurs pourquoi l’analogie ou les « correspondances » sont les meilleurs moyens à la fois rationnels et intellectuels pour comprendre les rapports entre les différents degrés de l’existence. Plus le béton gagne, plus le cœur, en tant que siège de l’intellect, se solidifie. Hors toute connotation sentimentale, c’est ce qu’Ézéquiel – dont Abellio rappelle que les yeux sont ouverts (le troisième œil, plus exactement) – appelle le « cœur de pierre ». Nous sommes devenus incapables de penser que la réalité ne se limite pas aux domaines corporel, sensible et visible, c’est-à-dire à sa dimension la plus grossière. Pareillement, si l’on concède quelque densité à l’espace subtil (psychique ou animique), sa « réalité » se borne à ses dimensions les plus inférieures, quand ce ne sont pas les plus « infernales » (je songe aux propos de Guénon concernant la psychanalyse, qu’il ne serait d’ailleurs pas inutile de discuter). Quant à l’espace intelligible ou, plus exactement, intellectuel (spirituel), il a disparu des radars, si j’ose dire, malgré ou plutôt à cause de leur perfectionnement technique ; ils regardent « ailleurs ». L’homme n’est plus un microcosme occupant la place qui est la sienne dans les états multiples de l’être (laquelle est à la fois plus dérisoire et plus immense que les modernes l’imaginent) mais une mécanique en voie de numérisation et d’augmentation. La perte de l’esprit, puis de l’âme, puis du corps s’enchaînent avec la plus rigoureuse logique, jusqu’à la pulvérisation finale : « Solvet saeclum in favilla/Teste David cum Sybilla » (car il n’y a pas de raisons sérieuses d’opposer David à la Sybille).
Breizh-info.com : Guénon dénonçait déjà l’individualisme, l’égalitarisme et la disparition des hiérarchies. Peut-on dire que ces phénomènes ont atteint aujourd’hui leur forme terminale ?
Rémi Soulié : Il est à craindre que non puisque nous descendons chaque jour un peu plus bas sans atteindre le fond. Il serait sans doute trop long d’expliciter chacun des trois points que vous évoquez ; j’insisterai simplement sur le troisième en raison de sa contre-exemplarité et de son lien évident avec les deux autres. Les hiérarchies n’ont pas disparu (l’égalité juridique démocratique est une blague, comme la démocratie elle-même) mais elles ont été inversées, sur un mode parfaitement contre-traditionnel ou contre-initiatique : métaphysiquement, tamasique ; théologiquement, satanique. Si l’on se concentre sur cette contre-élite particulièrement dégénérée qu’est l’oligarchie occidentale, c’est une évidence. Je ne crois pas que l’on puisse expliquer la corruption-putréfaction en cours par des mœurs de Bas-Empire, ce qui serait encore relativement anodin par comparaison. Il faut aller au-delà en pointant une accélération endiablée vers le néant, une chute frénétique en direction du nihilisme total. Guénon se situe sur le juste plan lorsqu’il évoque, dans Le Règne de la quantité (1945) ce (et ceux) que la tradition islamique appelle(nt) « les saints de Satan ». Dans sa correspondance, il se montre plus explicite encore en se référant aux « sept tours du diable », qu’il associe d’une manière on ne peut plus « actuelle »…au pétrole, à la Californie et à l’Irak notamment. Je ne vais pas plus loin, mais je précise que l’on aurait bien tort d’interpréter ces considérations comme relevant d’un « occultisme » de bazar fin-de-siècle.
Une telle inversion vient de loin, comme le montre Guénon ; elle aussi participe de l’inéluctable logique cyclique. La domination des Vaishyas (en haut) et celle des Shudras (en bas) finit par se confondre en une même plèbe, dorée et plombée à la fois. L’expression verbale de l’oligarchie ne diffère en rien de celle des « wesh-wesh » ; je le souligne parce que je suis très attentif à ce que Joseph de Maistre appelait la « dégradation du langage », qu’il associait avec raison aux dégradations des nations. Tout concourt à l’effacement du Logos – en termes heideggériens, à l’ « oubli de l’Être », à tel point que nous n’avons même plus la mémoire de la mémoire ; telle est la « détresse de l’absence de détresse ». Voilà ce qu’il nous est donné d’endurer. Fort heureusement pour les « derniers hommes » que nous sommes, les compensations miséricordieuses surabondent, mais encore faut-il s’y ouvrir.
Breizh-info.com : L’opposition entre Orient et Occident est centrale chez Guénon. Cette lecture vous paraît-elle toujours pertinente dans un monde globalisé, ou s’est-elle transformée ?
Rémi Soulié : Il convient de distinguer deux plans. Sur le plan géographique, elle est de moins en moins valable, ce que Guénon savait déjà parfaitement, en raison de ce qu’il appelle « l’envahissement occidental ». D’un certain point de vue, l’Extrême-Orient, par exemple chinois, est aussi occidental. Sur le plan métaphysique, les choses sont différentes, la métaphysique n’étant ni orientale, ni occidentale, ni païenne, ni chrétienne, mais universelle, c’est-à-dire polaire, comme Guénon l’a répété. Compte tenu de la massification individualiste (sic), des individualités occidentales peuvent être orientales en ce qu’elles demeurent orientées (vers le Pôle), tout comme des individualités orientales peuvent le demeurer. Je ne nie en rien la dimension ethnique des choses (« race » n’est pas un gros mot, d’un point de vue traditionnel, bien au contraire) mais elle est subordonnée à la dimension spirituelle. Tout lecteur de Guénon ne peut qu’être frappé de constater à quel point la métaphysique permet de penser radicalement et ensemble la multiplicité et l’unité. Je ne connais pas d’auteur aussi rigoureux sur l’un et l’autre plan, ce qui n’a rien d’étonnant compte tenu de la perspective adoptée. Guénon distingue soigneusement et constamment les mentalités, les peuples et les races (évidemment pas au sens moderne de ce dernier terme), tout en partant de et en allant vers l’Un. En termes plus classiques : je ne connais pas de métaphysicien qui ait pensé aussi profondément l’identité et la différence. Les libéraux – et certains païens « modernes » – se vouent à la pure multiplicité (ces derniers, sans doute sans le savoir, cultivent un nietzschéisme très deleuzien) ; les monothéistes fanatiques se vouent à l’Un, dont ils font une idole – je songe en particulier à certains musulmans modernistes et à ce qu’Henry Corbin appelait le « paradoxe du monothéisme », pathologie dont souffrent ou ont souffert les exterminateurs d’idoles dans toutes les traditions abrahamiques. Il va de soi, d’un point de vue métaphysique, qu’abattre l’Irminsul légitimait, plus tard, l’abattement de l’Arbre de la Croix. J’écris ceci le dimanche de Pâques, ce qui me permet de préciser que je ne suis pas un adepte des déracinements.
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Breizh-info.com : Guénon rejetait à la fois le nationalisme et les idéologies politiques modernes. Cela peut surprendre une partie de ses lecteurs actuels. Comment comprendre cette position sans la caricaturer ?
Rémi Soulié : C’est très facile à comprendre : le nationalisme est l’expression collective de l’individualisme, le collectif étant une dimension du particulier, lui-même étant une dimension de l’individuel. De ce point de vue, il s’agit d’une idéologie typiquement moderne, issue de la fin des royaumes et des empires traditionnels, ponctuée par la révolution de 1789 et ses séquelles. S’il est légitime de haïr « l’Autrichienne » en tant que telle, pourquoi ne le serait-il pas de haïr le « Boche », voire, sur un plan plus immédiatement « ethnique », « l’Arabe », « le Noir » ou « le Juif », le racisme étant chose toute moderne, à la différence de la xénophobie, qui est très largement partagée depuis toujours, non sans raisons précises, et qui est aussi bien indo-européenne que sémitique, ce dont seuls les idéalistes, au sens le plus vulgaire du terme, peuvent se scandaliser ? La nationalité, d’un point de vue traditionnel, n’a pas importance, si ce n’est juridique ou administrative, c’est-à-dire voisine de zéro. Les débats récurrents autour de la « double nationalité » sont d’ailleurs particulièrement grotesques de ce point de vue et donnent une idée assez précise du niveau des modernes. Ce qui importe, traditionnellement, c’est la naissance charnelle et organique, pas le chimérique et désastreux « droit du sol », dont les dégâts sont légion. Dans Le Vieux Rouergue, j’écrivais : « On peut lire sur la pierre tombale d’un Rouergat venu mourir en Languedoc : « Ci-gît maître Antoine Pressec, maçon de la nation du Rouergue, qui décéda le 29 août 1520. » Voilà ce qu’est la nation au sens traditionnel : la gens. Le reste relève des élucubrations modernes, ce qui n’interdit bien évidemment pas – au contraire ! – de dire avec Charles Maurras que « tout ce qui est national est nôtre », à condition de se souvenir que Maurras était lui-même très explicitement conscient que la nation, au stade où nous en étions déjà, résultait d’une dégradation politique par rapport aux royaumes et aux empires traditionnels (Guénon, un temps, fut très proche des milieux d’Action française ; il cite d’ailleurs élogieusement Léon Daudet et Jacques Bainville). Cela n’interdit pas non plus – au contraire ! – d’avoir conscience d’appartenir à l’espace civilisationnel européen et à ses nombreux peuples autochtones. Je me sens d’ailleurs « à la maison » dans le monde indo-européen. D’où un tropisme eurasiatique et continental, mais c’est une autre question.
Breizh-info.com : Peut-on encore parler aujourd’hui d’« élites » capables de restaurer une forme de verticalité spirituelle, ou ce projet est-il définitivement compromis ?
Rémi Soulié : D’un point de vue temporel traditionnel, la légitimité ne peut qu’être royale ou impériale (il ne me paraît pas opportun de m’attarder sur la « légalité républicaine », succédané qui, déjà, effrayait ce grand républicain qu’était Péguy). D’un point de vue spirituel, l’Église catholique romaine – pour l’Europe latine, donc – est l’autorité légitime. Dans les deux cas, est-il nécessaire d’épiloguer sans manquer, sinon à la charité, du moins, à la plus élémentaire lucidité ? Il n’y a donc rien à attendre, si ce n’est la fin de ce cycle – ce qui n’interdit pas, là encore bien au contraire, de travailler à un « nouveau commencement » ; c’est d’ailleurs ce que font vaillamment un certain nombre de structures, dont l’Institut Iliade ou l’Academia Christiana. Heidegger a parfaitement raison de dire que « seul un dieu pourrait nous sauver ». Autre manière de dire exactement la même chose (ce qu’Heidegger ne voulait pas s’avouer mais dont toute son œuvre est l’aveu paradoxal) : il faut que le dieu du Politique de Platon reprenne le gouvernail. Pendant ce temps, il nous incombe de « rassembler les membres d’Osiris » (Ezra Pound) et de témoigner, en vue de ce nouveau commencement, qui ne manquera pas d’advenir. Il est possible d’invoquer « la petite fille Espérance », si l’on est porté à la sentimentalité ou sur les vertus théologales, ou l’ordre des choses, si l’on est métaphysicien.
Breizh-info.com : Dans Le Règne de la quantité et les Signes des temps, Guénon évoque la domination du quantitatif. À l’ère des algorithmes, des réseaux sociaux et de la donnée, n’a-t-on pas franchi un cap supplémentaire ?
Rémi Soulié : En effet, et Guénon le voyait fort bien, considérant qu’il ne convenait plus de parler de « matérialisme », la « matière » – notion fort complexe – étant la substance quantitative et mesurable la plus obscure, la plus opaque, la plus dense, mais qu’à la phase de solidification matérielle du monde était alors en train de succéder (1945 !) une phase de liquéfaction (le « Goagula et Solve » alchimique dans le cadre d’une « œuvre au noir »), à laquelle succèdera une phase de pulvérisation ou de gazéification dont l’algorithme, la numérisation et le transhumanisme sont autant d’anticipations (en l’occurrence, pourrait-on résumer, il s’agit d’une inversion parodique du pythagorisme). La trame constante de ce mouvement est l’abstraction (qui naît, à mon sens, du conceptualisme aristotélicien, lorsque la transcendance n’est plus comprise), dont Pierre Boutang disait qu’elle était la forme la plus proche de « l’esprit de cruauté ». L’abstraction, en effet, c’est l’ablation, l’exérèse, aussi bien la vivisection cartésienne en guise d’aboutissement provisoire, puisqu’il faut compter avec les horreurs typiquement modernes de très nombreux camps (pas seulement nazis, tant s’en faut, lesquels ont été des « précurseurs », comme le dit si bien Lacan – qui fut un disciple de Charles Maurras, rappelons-le) auprès desquelles les fameux « sacrifices humains » tant dénoncés par les monothéistes obtus font figure de jardin des délices fort économes en victimes. Des animaux-machines à l’homme-machine, il n’y a qu’un pas que d’aucuns appellent à franchir le plus rapidement possible. Dès lors que l’homme a été défini comme un « animal raisonnable » – difficile de faire plus bête, si j’ose dire – tout était permis, si j’ose dire encore, en me référant bien sûr à Dostoïevski.
Breizh-info.com : Beaucoup de lecteurs voient dans Guénon une pensée radicale mais difficile d’accès. Que diriez-vous à quelqu’un qui découvre son œuvre aujourd’hui et ne sait pas par où commencer ?
Rémi Soulié : Vous avez raison de dire que l’œuvre de Guénon est radicale, tant foncièrement que formellement. Par comparaison, les « maîtres du soupçon » sont de très jeunes enfants qui ne supportent pas les nourritures « solides ». Je conseille de commencer par La Crise du monde moderne, comme je l’ai d’ailleurs fait il y a bien longtemps, puis de poursuivre, dans le même registre, par Orient et Occident. Certes, ces ouvrages ne sont pas les plus directement et immédiatement « guénoniens » en ce qu’ils relèvent plutôt de la « métapolitique » (et encore… Guénon ne sépare jamais la cosmologie de la métaphysique), mais l’aspect strictement métaphysique de l’œuvre, qui est l’essentiel et de très loin, est en effet difficile d’accès quoique le style de Guénon soit limpide, clair, transparent. Pour qui voudrait s’engager dans l’ascension de ce sommet, je conseille de lire la très brève et très simple conférence, prononcée en Sorbonne, qui s’intitule La Métaphysique orientale. Ensuite, le lecteur pourra se plonger dans les œuvres relatives au symbolisme, dont Symboles de la Science sacrée. S’il a vocation à s’engager dans la voie métaphysique, il en sera transformé.
Propos recueillis par YV
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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Une réponse à “René Guénon en 2026 : lire ou relire La crise du monde moderne comme un avertissement intemporel”
Article bien mené sur un écrivain pas facile, accessoirement Très Respectable Frère René Guénon. +1952. J’ai commandé quelques exemplaires que je distribuerai autour de moi.