Alors que 96% des appareils de gros électroménager achetés en France sont encore neufs, un sondage OpinionWay révèle qu’une bascule se prépare : 41% des acheteurs récents se disent prêts à passer au reconditionné. Un marché encore embryonnaire, mais qui pourrait suivre la trajectoire spectaculaire du smartphone reconditionné.
Un marché dominé par le neuf, mais plus pour longtemps ?
L’étude, réalisée pour la start-up nantaise Underdog auprès de 801 Français ayant acheté un appareil de gros électroménager dans les 12 derniers mois, met en lumière un décalage spectaculaire. Si 96% des appareils achetés récemment étaient neufs et seulement 1% reconditionnés, 41% des sondés se déclarent prêts à acheter reconditionné lors de leur prochain achat.
Le gros électroménager reste un poste de dépense structurant pour les ménages français, qui achètent en moyenne 2,1 appareils par an— principalement des lave-linge (43%), réfrigérateurs (41%), fours (35%) et lave-vaisselle (31%).
La panne, déclencheur d’un achat souvent contraint
Particularité de ce marché :une fois sur deux (51%), l’achat est déclenché par une panne, ce qui pousse le consommateur vers la solution la plus rapide et la plus rassurante — en l’occurrence le neuf. Ainsi, 31% des consommateurs concrétisent leur achat en moins d’une semaine. L’achat se fait encore majoritairement en magasin spécialisé (48%), devant les sites e-commerce d’électroménager (23%).
Dans une catégorie où le panier moyen dépasse souvent 500 €, le levier économique est déterminant. Parmi les consommateurs ouverts au reconditionné ,64% citent le prix comme motivation principale. L’argument environnemental progresse aussi :32% évoquent l’impact écologique comme raison d’achat.
Les chiffres environnementaux plaident effectivement en faveur du reconditionné : près de 10 millions d’appareils de gros électroménager sont jetés chaque année en France, alors que plus de 30% pourraient encore être réparés ou réutilisés. Selon l’ADEME, un lave-linge neuf représente 300 kg d’équivalent CO₂, contre seulement 18 kg pour un modèle reconditionné — soit 282 kg de CO₂ évités par appareil.
La confiance, dernier verrou à faire sauter
Si l’intention est là, le passage à l’acte bute encore sur un enjeu de confiance. Les consommateurs expriment des inquiétudes sur la fiabilité et la durabilité des produits reconditionnés, alimentées en partie par une confusion persistante entre « occasion » et « reconditionné ». Un produit d’occasion a simplement été utilisé, tandis qu’un produit reconditionné a suivi un processus industriel complet : diagnostic, test et réparation par un technicien professionnel.
Les attentes des Français sont très claires :
- 79% souhaitent une garantie de 24 mois
- 74% attendent un prix au moins 30% inférieur au neuf
Underdog, le pari nantais sur l’électroménager reconditionné
Derrière cette étude, on trouve Underdog, société à mission créée en 2022 à Nantes par Claire Bretton, Laura Chavigny et Mathieu Maure. L’entreprise, qui a levé 7 millions d’euros en mars 2025, emploie 65 salariés et a vendu près de 20 000 machines reconditionnéesdepuis sa création. Elle propose des appareils de grandes marques jusqu’à -50% du prix du neuf, garantis deux ans, livrés et installés partout en France.
« Le reconditionné dans l’électroménager suit exactement la trajectoire qu’a connue le smartphone il y a quelques années. Le marché n’est pas freiné par la demande, mais par un déficit de standards », explique Claire Bretton, co-fondatrice et CEO de Underdog.
Le parallèle avec le smartphone reconditionné — passé en quelques années d’un marché de niche à une norme de consommation — semble pertinent. Reste à savoir si les acteurs du secteur parviendront à lever les freins liés à la confiance, dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure la préoccupation numéro un des Français.
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