Kemi Badenoch a annoncé mercredi soir qu’un futur gouvernement conservateur rendrait les ressortissants étrangers inéligibles au logement social britannique. Près de 230 000 foyers extra-européens seraient concernés et disposeraient de 6 mois pour quitter leur logement et se reloger dans le parc privé.
La formule employée par Helen Whately, ministre du Travail et des Retraites du cabinet fantôme, résume l’intention : faire de la Grande-Bretagne son foyer devrait se mériter par le travail, l’impôt et l’intégration, et non ouvrir droit à un passage gratuit sur le système social. Le pays, ajoute-t-elle, ne peut pas être le distributeur automatique du monde.
1,3 million de foyers en attente
Le chiffre qui structure le débat britannique est celui de la liste d’attente : 1,3 million de foyers inscrits pour un logement social. Les associations du secteur avertissent qu’au rythme actuel de construction, il faudrait plus d’un siècle pour résorber ce retard.
L’Angleterre compte aujourd’hui plus de 4 millions de logements en location sociale, gérés par les collectivités locales et par les housing associations. Ces logements sont généralement moins chers et offrent une sécurité d’occupation supérieure au parc privé, ce qui explique la longueur de la file.
Face à ce constat, deux réponses s’affrontent. Andy Burnham propose de ramener le logement social dans le giron public et de lancer le plus vaste programme de construction depuis l’après-guerre. Les conservateurs estiment que la file d’attente se réduirait plus vite en écartant les étrangers du dispositif.
Ce que prévoit exactement le dispositif
Les ressortissants britanniques et les titulaires du statut de résident permanent européen — l’EU settled status, acquis par les Européens installés avant le Brexit — resteraient éligibles. Les nouveaux arrivants en provenance de l’Union européenne ne le seraient pas.
Toute personne seule, avec ou sans enfants, qui n’est ni citoyenne britannique ni citoyenne de l’Union perdrait purement et simplement son droit au logement social.
La mesure comporte deux volets : l’interdiction de signer un nouveau bail, applicable à tous les étrangers sans exception, et la sortie du parc pour les 230 000 foyers extra-européens actuellement logés, au fur et à mesure de la libération des baux, avec un délai de 6 mois.
Reform accuse les Tories de copier sans aller au bout
Reform UK avait annoncé en juin une mesure comparable, mais plus dure sur trois points.
Le parti de Nigel Farage entend appliquer l’exclusion de façon rétroactive, sans considération de la durée de résidence, en supprimant simultanément le statut d’Indefinite Leave to Remain. Le délai accordé pour quitter les lieux serait de 3 mois, soit la moitié de celui prévu par les conservateurs. Et les locataires refusant de partir dans ce délai perdraient leur droit au séjour, avec expulsion du territoire à la clé.
Zia Yusuf, porte-parole de Reform pour les affaires intérieures, a immédiatement accusé les conservateurs de copier son parti tout en refusant de traiter le cas des citoyens européens. Selon lui, Reform réservera strictement le logement social britannique aux citoyens britanniques, là où les Tories continueront de l’accorder à des étrangers pendant que les nationaux et les anciens combattants sont laissés à eux-mêmes.
Thetford, Glasgow
L’annonce intervient dans un climat de tension sur la question de l’hébergement des demandeurs d’asile.
Mercredi soir, à Thetford dans le Norfolk, des manifestants hostiles à l’immigration s’en sont pris à des logements qu’ils croyaient occupés par des demandeurs d’asile. Un policier aurait été mordu, un autre atteint par un jet de pierre.
Le mois dernier à Glasgow, des rassemblements se sont tenus devant des housing associations, les manifestants estimant que des migrants passaient devant les demandeurs déjà inscrits sur les listes d’attente.
Un sondage YouGov publié cette semaine indique que deux tiers des Britanniques jugent que le gouvernement a mal géré la question du logement.
La réponse travailliste
Un porte-parole travailliste a qualifié le plan conservateur de proposition peu sérieuse, inapplicable et copiée sur Reform.
Son objection principale porte sur le périmètre réel de la mesure : les personnes dépourvues d’Indefinite Leave to Remain sont déjà inéligibles au logement social. La mesure toucherait donc essentiellement des réfugiés et des résidents installés de longue date qui n’ont pas la nationalité britannique, parmi lesquels des personnels du NHS. Le porte-parole ajoute que le dispositif exposerait davantage de familles au sans-abrisme et augmenterait le recours à l’hébergement d’urgence, aux frais du contribuable.
L’annonce s’inscrit dans un débat plus large sur la facture sociale britannique, appelée à croître fortement d’ici 2030 sous l’effet conjugué de la hausse du nombre d’allocataires et des arrivées de l’étranger. Kemi Badenoch a par ailleurs promis de prêter les voix conservatrices à Andy Burnham aux Communes si celui-ci engage une réduction des dépenses sociales, après la fronde de l’aile gauche travailliste contre les réformes de Keir Starmer.
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