Rennes. La Binquenais, du « vivre-ensemble » festif à 54 exclusions en quelques semaines

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Le collège de la Binquenais, situé dans le quartier du Blosne au sud de Rennes, traverse une crise grave. Dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 mai 2026, parents et enseignants se sont relayés pour occuper l’établissement, désormais à bout de souffle. Les chiffres communiqués par le collectif réunissant familles et personnels éducatifs ont de quoi inquiéter : 744 incidents recensés entre septembre et décembre 2025 — soit jusqu’à vingt situations conflictuelles certaines journées —, plus de 85 procédures disciplinaires engagées dont 54 exclusions temporaires, et plusieurs agressions physiques ou verbales contre les personnels. Le tout pour 640 élèves répartis en 29 classes, dans des locaux que les enseignants jugent désormais inadaptés.

Une situation décrite comme intenable

Les témoignages recueillis par la presse locale dépeignent une réalité quotidienne dégradée. Les violences entre élèves se concentrent dans la cour de récréation et les couloirs. Les plus fragiles sont décrits comme particulièrement exposés. Les sanctions s’enchaînent à un rythme soutenu, sans que la situation ne se stabilise. Les enseignants évoquent un fonctionnement « en flux tendu » qui les épuise, une saturation des espaces communs où la moindre étincelle suffit à allumer un conflit, et un sentiment d’impuissance face à la répétition des incidents.

L’épisode le plus marquant remonte au 4 mars 2026, lorsqu’un adolescent s’est présenté devant le collège armé d’un couteau, avec, selon les éléments rapportés, l’intention de s’en prendre à des enseignants. Le drame a été évité grâce à l’alerte donnée par la mère du jeune homme et au sang-froid des équipes pédagogiques. L’adolescent, âgé de 13 ans, sera jugé. L’incident, particulièrement parlant, n’est toutefois que la pointe émergée d’une longue chronique d’agressions ordinaires.

Les revendications portées par parents et personnels sont précises : un second poste de conseiller principal d’éducation, des moyens supplémentaires en personnel de surveillance, et une remise à plat des effectifs accueillis dans un établissement dont la capacité, structurelle et humaine, semble avoir été dépassée depuis longtemps. Les alertes répétées adressées au directeur académique des services de l’Éducation nationale n’auraient, selon le collectif, pas reçu de réponses concrètes.

Une carte scolaire qui a redistribué les difficultés

Plusieurs enseignants pointent les conséquences locales d’une politique de mixité scolaire mise en œuvre dans le secteur. Les collèges du Blosne, dont fait partie la Binquenais, ont vu arriver ces dernières années des élèves issus d’écoles primaires de quartiers plus favorisés, sans que les moyens pédagogiques ou éducatifs n’aient été ajustés en proportion. Le résultat, décrit comme un effet domino, touche aujourd’hui plusieurs établissements rennais : la Binquenais, mais également les Hautes Ourmes, et le collège des Chalais qui tente d’éviter de récupérer à son tour des effectifs supplémentaires.

L’idée, généreuse sur le papier, consistait à brasser les publics scolaires pour réduire les écarts entre établissements favorisés et défavorisés. Mise en œuvre sans renforcement parallèle des équipes encadrantes, des structures, des locaux et des dispositifs de soutien, elle aboutit à la dégradation simultanée de plusieurs collèges qui, jusqu’alors, parvenaient cahin-caha à fonctionner.

L’établissement avait par ailleurs fait parler de lui plus tôt cette année, lorsque la direction avait initialement refusé de comptabiliser comme justifiées les absences d’élèves le jour de l’Aïd, avant de revenir partiellement sur sa position. L’épisode, qualifié de « maladresse » par le rectorat, illustrait déjà les tensions sourdes qui traversent un établissement où la diversité des origines et des cultures est revendiquée comme une richesse, mais où la cohabitation au quotidien se révèle plus complexe que les discours officiels ne le laissent supposer.

Quand les ateliers interculturels remplaçaient le second CPE

Il y a moins de deux ans, à la fin du mois de juin 2024, le même établissement faisait l’objet d’un tout autre traitement médiatique. Du 24 au 28 juin de cette année-là, l’association Sitala, basée en Bretagne et liée au Burkina Faso, animait au sein du collège un projet baptisé Interculturel & CosmopoliCité. Au programme : ateliers de percussions, de théâtre-forum, de danse, d’arts plastiques et de débats autour du « vivre-ensemble », animés par douze artistes de la compagnie Sitala, avec valorisation des « cultures plurilingues » et de la « citoyenneté mondiale ». Le projet, soutenu par la ville de Rennes, par le dispositif national « Notre école, faisons-la ensemble », par le Golfe du Morbihan-Vannes agglomération et par le Réseau Bretagne Solidaire, s’était conclu par un spectacle gratuit ouvert au public.

Les objectifs affichés sur le site de l’association étaient explicites : « faciliter le vivre ensemble et l’acceptation de nos diversités », « encourager la citoyenneté mondiale », « entraîner plus de coopération et de solidarité ». Une vidéo de la semaine, mise en ligne sur YouTube, montrait des élèves souriants jouant du djembé et participant à des ateliers de sensibilisation.

Vingt-deux mois plus tard, ce sont 744 incidents recensés en quatre mois, 54 exclusions temporaires, un adolescent qui se présente avec un couteau pour « tuer ses professeurs », et un collège occupé par ses propres parents et enseignants pour exiger des moyens de fonctionnement basiques.

Le miroir d’un renoncement

Le contraste mérite d’être posé. Les semaines interculturelles, les festivals de djembé, les ateliers de théâtre-forum sur le « vivre-ensemble » et les célébrations des « cultures plurilingues » constituent depuis vingt ans la réponse politique standard aux tensions communautaires dans l’école française. Cette réponse présente un avantage majeur pour les institutions qui la portent : elle ne coûte pas grand-chose, elle se prête bien aux reportages photographiques et aux communiqués de la mairie, et elle dispense de poser les questions de fond que sont la sélection à l’entrée, le maintien de l’autorité scolaire, le filtrage des recrutements, le redoublement, la sanction effective, l’orientation et — au-delà de l’école elle-même — la politique migratoire et la maîtrise de la composition démographique des quartiers.

Au collège de la Binquenais, comme dans des dizaines d’autres établissements similaires partout en France, les ateliers de percussions n’ont visiblement pas suffi. Les enseignants demandent aujourd’hui ce qu’ils auraient dû obtenir avant : un second CPE, des surveillants, des effectifs maîtrisés. Les artistes, eux, sont déjà passés à d’autres établissements. Et les enfants, qu’ils soient d’origine bretonne, africaine, maghrébine, asiatique ou d’ailleurs, restent enfermés dans un collège que les adultes ne savent plus encadrer.

La crise de la Binquenais n’est donc pas seulement la crise d’un établissement saturé. Elle est, en réduction, le portrait d’une politique éducative qui a longtemps préféré les symboles aux moyens, les slogans à l’autorité, et la célébration des diversités à la transmission d’un cadre commun. Quand le réel finit par cogner à la porte des salles de classe, sous la forme d’un couteau ou d’une bagarre quotidienne dans la cour, le théâtre-forum n’est plus d’un grand secours.

Photo : Wikipedia (cc)

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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