Avant Paul Molac, Christian Troadec avait essayé… sans succès

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En ce moment, on parle beaucoup en Bretagne de l’autonomie sans que cela ne débouche sur des résultats significatifs. Christian Troadec en sait quelque chose. Aujourd’hui, Paul Molac reprend l’offensive. Mais les deux hommes n’ont pas l’air de s’entendre. Chacun joue sa carte.

Pour exister véritablement, un parti a besoin d’argent, de cadres, de militants et de retombées régulières dans les médias. Sans oublier un leader possédant une forte notoriété et une popularité incontestable. C’est ainsi qu’on se crée une clientèle électorale – voir l’exemple du RN et de LFI. Avec son mouvement Faisons Bretagne, Paul Molac est-il capable de réunir tous ces éléments ? Si sa popularité et sa notoriété sont indiscutables dans sa circonscription de Ploërmel, il n’est pas certain que dans le reste de la Bretagne, il puisse bénéficier d’appuis suffisants pour réussir son opération. Bien sûr, la Bretagne a besoin d’un grand parti capable de fédérer les énergies et de faire une concurrence sévère aux partis parisiens. Beaucoup de choses changeraient si les résultats électoraux étaient au rendez-vous, comme c’est le cas pour les partis autonomistes en Catalogne, au Pays de Galles et en Ecosse. Sans se faire d’illusions sur le rapport de force qui s’établirait entre l’électorat rural et l’électorat urbain – aussi bien pour les élections régionales que législatives. Dans les métropoles (Brest, Nantes, Rennes), la population non bretonne (immigrés, cadres, fonctionnaires) est suffisamment importante pour empêcher un parti breton de s’y implanter.

Christian Troadec (régionaliste de gauche), maire de Carhaix, a tenté l’expérience à plusieurs reprises  et a échoué. D’abord les élections régionales de 2010 ; il présente une liste Nous te ferons Bretagne qui obtient 4,29 % des suffrages exprimés (47 108 voix) dans les quatre départements de la Bretagne administrative. « Elle ne répond pas aux ordres des états majors parisiens. Elle apporte des réponses concrètes aux grandes problématiques qui se posent à la Bretagne », indique la circulaire envoyée aux électeurs des quatre départements. Mais l’article L. 346 du Code électoral est clair : « Seules peuvent  se présenter au second tour les listes ayant obtenu au premier tour un nombre de suffrages au moins égal à 10 % des suffrages exprimés. » En obtenant  5 % des suffrages exprimés, Christian Troadec  aurait pu fusionner avec une autre, il s’empresse de le rappeler : « Notre résultat est rageant parce que nous ratons la marche de 5 % de très peu. Il est aussi encourageant parce que nous étions la seule liste régionaliste à nous battre sous nos propres couleurs. Notre mouvement est maintenant inscrit dans le paysage breton, nous serons présents aux échéances de 2011 (cantonales) et 2012 (législatives) » (Ouest-France, lundi 15 mars 2020) Résultat : zéro conseiller régional.

Les Bonnets rouges votent Troadec

Arrivent les élections européennes de mai 2014. A cette époque-là, elles se déroulent dans le cadre de grandes régions. Celle dite “Ouest“ comprend la Bretagne (4), les Pays de la Loire et le Poitou-Charentes ; neuf sièges y sont à pourvoir. Christian Troadec présente une liste Nous te ferons Europe ! En Bretagne (5), elle obtient 5,48 % des suffrages (80 808 voix) et 3,05 % (83 173 voix) dans la région “Ouest“. Résultat : zéro député européen. Notons que dans la zone “Bonnets rouges“, Troadec  réalise de bons scores : « L’intensité de ce vote, qui a atteint son maximum à Carhaix Plouguer (44,6 %) et dans les deux communes voisines du Moustoir (48,4 %) et du Trefin (47,5 %), diminue ensuite progressivement en fonction de la distance à ce foyer : 40,4 % à moins de 5 kilomètres, 30,8 dans un rayon de 5 à 15 kilomètres, mais nous sommes en moyenne à 17,6 % à 30 kilomètres, le score tombant sous la barre des 10 % uniquement après 60 kilomètres. » (Le vote Troadec ou quand les Bonnets rouges s’invitent dans les urnes, Ifop, juin 2014) Dans sa circulaire, Troadec  insistait : « Nous exigeons la gratuité de nos routes et la suppression de l’écotaxe. »

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Une alliance avec l’UDB

Christian Troadec persiste et signe aux élections régionales de décembre 2015. Sa liste s’appelle Oui la Bretagne et compte 17 candidats pour la section Côtes-d’Armor (Evelyne Lozac’h), 25 pour la section Finistère (Christian Troadec), 28 pour la section Ille-et-Vilaine (Daniel Cueff) et 21 pour la section Morbihan (Christian Derrien). Comme il y alliance avec l’UDB, plusieurs cadres du parti breton figurent sur la liste (Nil Caouissin, Valérie Coussinet, Trefina Kerrain…). Quant au programme, il se veut « de gauche, progressiste et régionaliste », précise Christian Troadec  (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, 5-6 septembre 2026) Mais la liste n’obtient que 6,71 % (80 727 voix) des suffrages exprimés ; elle ne peut donc pas se maintenir au second tour mais peut fusionner. Troadec  préfère ne pas donner de consigne de vote : « On pense que les électrices et les électeurs  sont assez grands pour savoir ce qu’ils ont à faire. Et évidemment pas de fusion non plus. Notre seul objectif était de nous maintenir au second tour et d’avoir des élus. Dimanche prochain, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Guerre, sera élu président de région mais l’histoire retiendra que c’était pendant un état d’urgence et d’exception. » (Le Télégramme, mardi 8 décembre 2015) Une consolation : il fait un bon score à Carhaix (44,83 %, 1456 voix).

« On n’exclut aucune hypothèse »

Pas découragé, Christian Troadec pense tout de suite aux élections régionales de juin 2021. Il commence donc par maintenir en vie le collectif Oui la Bretagne (UDB + mouvement  Pour la Bretagne de Troadec). Avec un double objectif : s’ouvrir encore davantage et « participer à une force majoritaire au sein du conseil régional », dixit Troadec. La porte de la coalition est grande ouverte « à toutes les bonnes volontés. Il y a déjà des discussions en cours », poursuit-il (Ouest-France, Bretagne, 21-22 septembre 2019). Comme il ne faut pas insulter l’avenir, pour ces régionales, Christian Troadec et Paul Molac, député de Ploërmel, annoncent qu’il faut créer une « dynamique à gauche » ; on ne parle plus de présenter une liste autonome comme en 2015. « Les circonstances ne sont plus les mêmes. On n’exclut aucune hypothèse », affirme Christian Troadec. « L’appel du pied en direction du socialiste Loïg Chesnais-Girard est, en tout cas, très clair. » (Ouest-France, Bretagne, 8-9 août 2020)

Le réalisme et une bonne “négo“ règlent la question de la « dynamique à gauche ». Le 20 juin 2021, premier tour de ces régionales, Christian Troadec figure en cinquième position de la section Finistère de la liste La Bretagne avec Loïg (Loïg Chesnais-Girard), tandis que le numéro deux de la section Morbihan s’appelle Paul Molac. Rien de changé le 27 juin, malgré une fusion avec Daniel Cueff qui conduisait la liste Bretagne ma vie : Molac et Troadec conservent leur place éligible. Elus, ils forment  au conseil régional le groupe Autonomie et régionalisme avec Kaourintine Hulaud, groupe qui appartient à la majorité de LCG.

Fâcherie entre Troadec et Chesnais-Girard

Tout semblait bien aller jusqu’à ce que Chesnais-Giard retire au vice-président Troadec sa délégation de  “langues de Bretagne et Bretons du monde“, tandis que Paul Molac annonce la création d’un mouvement baptisé Faisons Bretagne. L’objectif affiché : « Fédérer autour de l’idée d’autonomie, qui est dominante en Europe. » « Les sondages le montrent, l’idée d’autonomie plaît aux Bretons. Mais cela ne s’est jamais véritablement traduit dans les urnes. Le plafond de verre pourrait-il sauter ? « Paul Molac a un vrai poids politique. Reste à voir s’il parviendra à fédérer. Structurer un tel mouvement à l’échelle d’une région, c’est difficile. Christian Troadec, par exemple, n’a jamais réussi », rappelle l’historien Erwan Chartier, coauteur du livre La question bretonne » (Le Télégramme, Bretagne, mardi 31 mars 2026) Samedi 18 avril, le mouvement Faisons Bretagne est lancé officiellement à Rostrenen.

Troadec se méfie des « mêmes ficelles »

En compagnie de Yvon Ollivier, président de Koun Breizh, Christian Troadec réagit vivement dans une tribune publiée dans Le Télégramme (vendredi 24 avril 2026). Troadec s’empresse de rappeler le tour  de passe-passe opéré par Daniel Cueff aux dernières élections régionales ; ce dernier avait  juré que sa liste ne fusionnerait pas au second tour, avant d’intégrer celle de Chesnais-Girard et de se retrouver vice-président chargé de la mer et du littoral.… Le maire de Carhaix explique : « Sans aucun procès d’intention, la crainte que nous avons, c’est que les mêmes ficelles soient resservies par Paul Molac avec un drainage en règle des voix bretonnes pour les offrir à Loïg Chesnais-Girard dès le premier tour des élections régionales. Nous savons que les deux hommes sont très proches. C’est ici que la clarté s’impose, ne serait-ce que pour ne pas tromper les adhérents sincères du Mouvement breton ainsi que les électeurs. » Cette attaque en règle s’accompagne d’une seconde : Chesnais-Girard « a toujours agi en pur produit du système. Or, ce  que nous souhaitons, c’est de renverser ce système pour prendre enfin les décisions qui ne concernent que nous dans les domaines non régaliens. Nous ne devons plus être récupérés par le système. »

 Troadec  veut de la « clarté »

En résumé, « le maire de Carhaix demande à Paul Molac de la clarté par rapport à l’actuel président de Région. Les deux autonomistes avaient pourtant été élus en 2021 sur la liste menée par le même Chesnais-Girard, avant que le torchon ne brûle entre Carhaix et Rennes ». (Le Poher, 29 avril 2026) Une solide concurrence semble s’installer entre les deux hommes puisque le mouvement  Pour la Bretagne (Troadec) organise le samedi 20 juin à Carhaix une rencontre publique intitulée « Ensemble pour l’autonomie ». « En ligne de mire, les enjeux des prochaines élections législatives et régionales seront au cœur des échanges avec plusieurs experts. » (Le Télégramme, Bretagne, lundi 20 avril 2026)

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
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6 réponses à “Avant Paul Molac, Christian Troadec avait essayé… sans succès”

  1. LDN dit :

    Quand on voit que ces autonomistes sont gauchistes et quand on voit ce que la gauche a fait à notre région : les dépotoirs que sont devenues Rennes et Nantes !!! La solution ne peut venir de ces gens .

  2. Louarn dit :

    Bonjour,notre Bretagne aurait sans aucun doute besoin de plus d’autonomie économique et politique, de même pour quelques régions françaises historiquement puissantes avant l’asservissement imposée par la France. Mais aujourd’hui la Commission Européenne, cette nébuleuse totalitaire, a pris le relais et se délecte à l’idée de ses régions qui pourraient devenir autonomes, cela lui faciliterait son objectif d’instituer la fédération européenne avec la complicité de notre bon à rien en chef de l’élysée. Ne lui facilitons pas le boulot, car après elle nous étranglera et nous étouffera avec tyrannie. C’est de l’intérieur français, libérés de la CE, que les régions doivent obtenir de plus grandes marges de manœuvre en partenariat avec l’état français, l’un comme les autres ne pouvant vivre séparément sans courir à la disparition pure et simple. Long et dur combat politique qui ne peut se gagner sans faire le travail local de rallier les non bretons vivant en Bretagne à notre cause. Nous vivons en région la même problématique avec nos  »immigrés français  » qu’au plan national avec les  »immigrés hors Europe  » : la Bretagne les attire, mais peut leur chaut son passé et sa culture. Belle journée à tous.

  3. Lefebvre babette dit :

    Oui à davantage d autonomie et de renaissance et de reconnaissance pour la culture et la langue bretonne ! Mais quand on voit les catastrophes que sont depuis des années les villes socialistes de Rennes et Nantes on souhaite un grand sursaut de la droite !

  4. Lefebvre babette dit :

    Oui à davantage d autonomie et de renaissance et de reconnaissance pour la culture et la langue bretonne ! Mais quand on voit les catastrophes que sont depuis des années les villes socialistes de Rennes et Nantes on souhaite un grand sursaut de la droite ! L

  5. RAYMOND NEVEU dit :

    On a vraiment du mal à comprendre ces…épiciers ou apothicaires! Un jour alliés à ce qui reste de l’UDB, un autre avec le croupion PS…(Faure ou Vallaud plus certain d’être réélu dans sa circonscription héritée d’+Emmanuelli donc devenu vindicatif à l’égard de son copain Faure). Oui l’Europe de papel aime bien les petits états plus faciles à soumettre, il avait grandement raison le gars hier soir sur CNews hormis dans son « apologie » que je complète: le 8 mai les couleurs du drapeau français n’étaient pas dans le bon ordre car ce sont des soldates soviétiques qui avaient cousu les morceaux bleu, rouge et blanc! Autre chose se glorifier de Clémenceau…l’impératrice Eugénie voulut revoir la France refusé par le bouffe curé Clémenceau!

  6. JLP dit :

    Paul Molac est un député qui travaille, Christian Troadec est un politicien qui boit, demandez à Chesnais-Girard !

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