Nantes, 26 septembre : la manifestation d’une cause bretonne qui a perdu son peuple

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Rendez-vous est pris : samedi 26 septembre, 15 heures, place Bretagne à Nantes. La Coordination démocratique de Bretagne organise pour la quatrième année sa manifestation pour la réunification et le droit de décider. L’appel a été diffusé cette semaine.

Le texte est ce qu’on attendait. Il dénonce la politique néolibérale d’Emmanuel Macron, les logiques spéculatives d’un capitalisme dérégulé, présente la Région Pays de la Loire comme un incubateur de l’extrême droite parlementaire, et conclut sur la nécessité d’une Bretagne réunifiée au service de la justice sociale, de la transformation écologique et des solidarités.

On peut partager la revendication principale— et nous la partageons — sans partager une ligne de cet argumentaire. C’est précisément le problème, et il explique pourquoi ces cortèges se vident.

Une cause qui gagne dans les sondages et perd dans la rue

Commençons par ce que l’appel ne mentionne pas : le rapport de force réel.

En juillet 2002, un sondage IFOP pour Ouest-France donnait 75 % de Bretons favorables au rattachement de la Loire-Atlantique, contre 16 % d’hostiles. En 2018, un sondage TMO commandé par l’association Dibab mesurait 68 % de partisans d’une consultation référendaire en Bretagne administrative, 63 % en Loire-Atlantique. Et en 2021, un sondage IFOP commandé par trois associations dont une vendéenne établissait que 66 % des habitants des Pays de la Loire jugent légitime que la Loire-Atlantique décide par référendum — et que 67 % des Ligériens eux-mêmes voteraient pour le rattachement.

Deux tiers des habitants de la région qui perdrait le département sont favorables à ce qu’elle le perde. On cherchera longtemps une revendication politique bénéficiant d’un tel consensus.

Maintenant, la rue.

L’histoire des manifestations nantaises commence en 1976, quand le CUAB et l’association B5 rassemblent 7 000 personnes. Suivent un défilé de 4 000 en 1981, une énorme manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes en 1998, un autre de 4 000 en 2001, une fresque humaine de 2 000 participants en 2010, puis la marche « Bretagne en résistance » de juin 2011, estimée par ses organisateurs entre 5 000 et 7 000.

Le pic arrive en 2014, porté par la réforme territoriale et les Bonnets rouges. Le 19 avril : 5 500 personnes selon la police, 10 000 à 15 000 selon les organisateurs. Le 28 juin : 8 450 contre 17 000. Le 27 septembre, le record absolu, l’AFP comptant de 13 000 à 30 000 manifestants, les organisateurs revendiquant plus de 40 000.

Puis la chute. En septembre 2018 : 4 000 selon les organisateurs, 1 300 selon la police, un peu plus d’un millier selon la presse nationale présente. En 2019 : environ 500 personnes. En 2024 : 1 500. En 2025 : environ 1 000, et un militant de la gauche indépendantiste bretonne reconnaissant lui-même qu’il s’agissait d’une petite mobilisation.

Une revendication à 67 % d’opinions favorables qui aligne 1 000 personnes. Il faut chercher la cause ailleurs que dans l’opinion.

Le 12 octobre 2024, jour où tout s’est cassé

La cause a un nom, une date et un procès-verbal.

En septembre 2024, il n’y a pas eu une manifestation à Nantes, mais deux. La première, le 28 septembre, appelée par la gauche anticapitaliste et internationaliste, agrégeait aux indépendantistes bretons les soutiens aux causes palestinienne, libanaise et kanak — ce sont ses propres organisateurs qui le décrivent ainsi, en revendiquant un cortège clairement antifasciste. Elle a réuni 1 500 personnes.

La seconde, deux semaines plus tard, était organisée par Bretagne Réunie, l’association historique du combat, fondée sous le nom de CUAB en 1973. Elle a rassemblé 300 personnes, et elle a fini en pugilat.

Des militants du Parti national breton se présentent au départ. Une partie des participants refuse de défiler dans le même cortège. Les agressions éclatent, émanant d’ éléments issus des black blocs et d’un élu nantais qui tentent d’en venir aux mains avec les militants du PNB – choque que cachera la presse mainstream depuis. Bretagne Réunie reconnaîtra ensuite avoir commis une erreur en laissant le PNB déployer ses banderoles, tout en dénonçant les violences venues de l’extrême gauche.

Résultat : une association qui milite depuis 50 ans pour le rattachement de la Loire-Atlantique a désormais sa manifestation attaquée physiquement par ceux qui manifestent pour la même chose qu’elle.

Un an plus tard, l’appel de 2025 de la Coordination démocratique prend acte : les choses sont claires, il n’y a aucune place pour l’extrême droite. Traduction opérationnelle : il y a désormais un contrôle à l’entrée, et il est tenu par une seule chapelle.

Le calcul politique, et pourquoi il est perdant

Posons-le froidement, puisque personne ne le fait.

La réunification n’est pas une revendication de gauche. Ce n’est pas non plus une revendication de droite. C’est une revendication bretonne, majoritaire dans la population, qui recouvre le chef d’entreprise nantais et le syndicaliste de Saint-Nazaire, le catholique de Guérande et le libertaire de l’île de Nantes, le régionaliste modéré et l’indépendantiste.

En 2014, le cortège rassemblait des élus de tous bords, des Bonnets rouges, des familles, des adolescents en tee-shirt noir et des drapeaux de l’UDB, derrière une banderole qui disait seulement : démocratie et réunification. Rien d’autre. Et ça remplissait les rues.

Une manifestation qui exige aujourd’hui de ses participants qu’ils soient simultanément antifascistes, anticapitalistes, internationalistes et solidaires de trois causes étrangères ne s’adresse plus à cette majorité. Elle s’adresse à une fraction d’une fraction.

Le paradoxe mérite d’être savouré. Ces militants passent leur temps à expliquer que le peuple breton a le droit de décider — et ils commencent par décider, à sa place, quels Bretons ont le droit de défiler. L’autodétermination, mais avec filtrage au départ du cortège.

Il faut y ajouter un facteur dont personne ne veut parler : la Loire-Atlantique de 2026 n’est plus celle de 2014, qui n’était déjà plus celle de 2001. Nantes est l’une des métropoles françaises dont la population a le plus augmenté en trente ans, et cette croissance vient d’ailleurs. Une part considérable des habitants du département n’a aucune attache historique ou familiale avec la Bretagne.  On constate qu’une revendication de mémoire ne mobilise que ceux qui ont une mémoire à défendre — et que diluer cette revendication dans un cortège internationaliste n’a pas élargi la base, mais achevé de perdre ceux qui la portaient.

Pendant ce temps, la voie juridique s’est refermée

Le plus grave est ailleurs, et il est passé quasiment inaperçu.

Entre 2016 et 2018, Bretagne Réunie a recueilli 105 000 signatures, soit 10 % du corps électoral de Loire-Atlantique, pour demander une consultation sur le rattachement. L’appel du 26 septembre cite cette pétition sans nommer ceux qui l’ont portée — élégance militante.

Le conseil départemental a refusé d’inscrire la question à son ordre du jour. L’association a saisi le tribunal administratif de Nantes : rejet. La cour administrative d’appel : rejet. Le Conseil d’État : le 30 avril 2025, rejet, au motif que la modification des limites régionales excède les compétences d’un département. Le 17 octobre 2025, Bretagne Réunie a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

Voilà où en est réellement le dossier. Tous les recours internes sont épuisés. Le combat se plaide désormais à Strasbourg, avec les délais que cela suppose. Et cette bataille-là est menée par l’organisation que les appels à manifester ne citent plus.

Deux camps, deux stratégies, deux manifestations, aucune coordination. Pendant que l’un défile place Bretagne en dénonçant le capitalisme, l’autre plaide devant la CEDH. Ils se battent pour la même chose et ne se parlent plus.

Un dernier chiffre, et c’est le plus dur de tout le dossier.

En 2014, au plus fort de la mobilisation, la commune de Saint-Viaud organise une votation locale sur le rattachement. Résultat : 247 votants « oui » sur 1 566 inscrits. Moins d’un électeur sur six s’est déplacé pour dire oui, dans une commune de Loire-Atlantique, l’année où 30 000 personnes défilaient à Nantes.

C’est l’écart entre l’adhésion et l’engagement. Une opinion majoritaire mais tiède, qui répond favorablement à un sondeur et ne se lève pas pour autant. Ce que devrait faire un mouvement politique, c’est transformer cette tiédeur en mobilisation. Ce qu’il fait, c’est se diviser en deux cortèges qui ne veulent pas se croiser.

Ce qu’il faudrait faire, et que personne ne fera

La solution est connue de tous, y compris de ceux qui la refusent.

Revenir au format de 2014 : un mot d’ordre unique, la réunification, et rien d’autre. Aucun préalable idéologique, aucun tri à l’entrée, des élus de tous les partis en tête de cortège y compris ceux qui déplaisent, des drapeaux bretons et rien que des drapeaux bretons. Une manifestation où un patron de PME de Saint-Herblain, un ouvrier des chantiers et un professeur de breton de Carhaix peuvent marcher côte à côte sans signer de charte.

C’est ce qui produisait 30 000 personnes dans les rues. C’est exactement ce que les organisateurs actuels refusent, parce qu’ils préfèrent un cortège pur à un cortège nombreux, parce qu’ils refusent le peuple breton dans son ensemble.

Alors ils se retrouveront le 26 septembre, entre eux, se compteront, se déclareront satisfaits et publieront un communiqué de victoire. L’année prochaine, ils recommenceront avec un peu moins de monde. À Strasbourg, une association qu’ils ne citent plus attendra une audience.

Et la Loire-Atlantique restera en Pays de la Loire.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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6 réponses à “Nantes, 26 septembre : la manifestation d’une cause bretonne qui a perdu son peuple”

  1. Dominique David dit :

    Votre article est ambivalent.
    D’un côté, vous indiquez que les sondages indiquent une forte adhésion pour la réunification.
    D’un autre, vous soulignez le piètre score en faveur de la réunification lors d’une votation à Saint-Viaud.
    Il faut préciser que cette consultation était organisée par DIBAB en 2014-2015 dans 8 communes de Loire-Atlantique et d’autres communes en Bretagne.
    En LA, le taux de participation moyen pour les 8 communes était de 12% et de 3% à Saint-Herblain.
    La vérité est toute simple : ce sujet n’intéresse pas la très grande majorité des habitants de LA.
    Les sondages sont orientés par ceux qui les commandent, les 30 000 venaient majoritairement de Bretagne, l’adhésion à cette cause en LA est essentiellement diasporique.
    Et, comme vous le soulignez, la part de la diaspora bretonne est en forte diminution en LA.

  2. JLP dit :

    J’ai été de nombre de ces manifestations. Je n’y vais plus. Parce que le militant politique (forcément « à gauche », comme on dit « à l’ouest ») y a remplacé le citoyen breton.

  3. pschitt dit :

    L’extrême gauche se fiche de la Bretagne presque autant que de Gaza.

  4. RAYMOND NEVEU dit :

    Je suis d’accord avec ceux qui m’ont précédé David et JLP, le 44 reçoit beaucoup de personnes du Maine et surtout Anjou, Vendée qui viennent chercher du boulot alors les élucubrations mentales des GÖCHIASSES de l’Emsav (depuis 1945 confisqué par la gôche) qui ne représente que lui-même ce n’est que de l’agitation de CRETINS CONGENITAUX venant du zozialisme comme l’UDB croupion par exemple, et des satellites Diwan et autres machins dont on oublie le nom tellement ils sont nombreux par exemple Koun Breizh sous la houlette d’un Zurdoué Zozialiste…(Cf APB).

  5. Dominique David dit :

    Et ce n’est pas terminé.
    Comme souligné dans des articles récents de Médiacités Nantes, la guerre est déclarée entre, d’une part :
    -la frange Bretagne réunie :historique, plus agée, centre-droite
    -la frange A la Bretonne et consors, sympathisants (voire membres – je ne sais pas) du collectif qui organise la manifestation du 26 septembre : plus jeune, récente, de gauches, intersectionnelle.
    Ces deux factions rivales vont avoir, dans les mois/années qui viennent, l’occasion d’entretenir leur conflit.
    Rappel du passé : manifestation du 12 octobre 2024 et bagarre Bretagne Réunie – ultra gauche
    Ce qui va suivre :
    -résultats de l’enquête de police.
    -actions judiciaires à suivre.
    Sur le fond.
    Comme rappelé par Médiacités, le projet Kejadenn.
    Kejadenn existe déjà. Il désigne l’espace et le projet de l’Agence Culturelle Bretonne (ACB 44) situé actuellement au deuxième niveau de l’Espace Jacques Demy à Nantes.
    La municipalité nantaise à prévu de l’installer au rez-de-chaussée de la tour Bretagne en cours de réhabilitation.
    L’ACB 44 « bénéficie de l’essentiel des subventions des collectivités locales destinées au
    mouvement culturel breton » (Médiacités). La gouvernance actuelle est plutôt tendance Bretagne réunie.
    L’ancien adjoint aux enjeux bretons à la Ville de Nantes à récemment déclaré qu' » Une mise en concurrence permettra prochainement de désigner l’association en charge de la concrétisation de ce projet »
    Celà promet!

  6. KAN AL LOUARN dit :

    C’est triste pour qui est Breton avant tout par choix

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