Fleuves trop chauds, débits insuffisants, méduses par dizaines de tonnes : le parc nucléaire français subit cet été une accumulation de contraintes inédites. Mercredi 12 août, peu avant 10 heures, 20,4 % de la puissance nucléaire française était indisponible pour des raisons liées à l’environnement, un record selon des calculs de l’AFP effectués à partir des données publiées par EDF depuis 2015.
Treize réacteurs sur les 57 que compte le parc étaient alors concernés, entre arrêts complets et réductions de puissance. À court terme, les professionnels interrogés écartent toutefois tout problème d’approvisionnement. Dans un mois d’août où la consommation est plus faible, la France était encore largement exportatrice mardi 11 août, après avoir enregistré un solde exportateur record de 51 TWh au premier semestre.
À Gravelines, des tonnes de méduses dans les pompes
Le cas le plus spectaculaire se trouve dans le Nord. À Gravelines, les réacteurs n°2, 3 et 4 ont été arrêtés après une arrivée massive de méduses dans les stations de pompage d’eau de mer servant au refroidissement. L’unité n°1 fonctionnait à 50 %, la n°5 était déjà en maintenance programmée et seule la n°6 tournait à pleine puissance.
France 3 Hauts-de-France rapporte que « des dizaines de tonnes de méduses » ont été pêchées entre lundi soir et mardi, malgré un dispositif de surveillance renforcé après un épisode comparable survenu un an auparavant.
EDF assure que « cette situation n’entraîne aucune conséquence sur la sûreté des installations, la sécurité du personnel ou sur l’environnement ». EDF envisage un redémarrage progressif des unités si aucun nouvel afflux massif ne survient.
Chaleur et sécheresse mettent aussi les réacteurs au ralenti
Ailleurs, ce sont les cours d’eau qui imposent leurs limites. À Golfech, sur la Garonne, et à Chooz, sur la Meuse, des réacteurs ont dû être arrêtés ou ralentis pour respecter les seuils réglementaires de température et de débit.
Selon l’AFP, ces perturbations avaient déjà réduit la production nucléaire d’EDF d’environ 3 % en juin et 6 % en juillet. Le 9 août, 15,6 % de la puissance du parc était indisponible pour des raisons liées à la sécheresse et à la chaleur, avant que ce record ne soit dépassé trois jours plus tard.
Parler de « tiers-mondisation » serait excessif si l’on prétendait que le système électrique français ne fonctionne plus : il continue d’assurer la demande et d’exporter. Mais voir un fleuron industriel régulièrement contraint par des épisodes climatiques extrêmes et jusque par des invasions de méduses pose une question autrement plus sérieuse : celle de l’adaptation et de la résilience d’un parc dont la France entend prolonger l’exploitation pendant encore plusieurs décennies.
Crédit photo : Centrale nucléaire de Nogent sur Seine (Wikipedia) (photo d’illustration)
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