Brittany Ferries entre dans une phase de réorganisation lourde. Dans un communiqué publié le 30 juin, la compagnie bretonne annonce la vente de deux navires, le Barfleur et le Cotentin, sur fond de fiscalité environnementale croissante, de remboursement des prêts contractés pendant la crise sanitaire et de concurrence jugée déloyale sur la Manche orientale. Pour cette entreprise née en Bretagne en 1972, devenue un acteur stratégique de l’Arc atlantique, l’heure n’est plus seulement au développement, mais à l’adaptation.
La compagnie rappelle que les effets du Covid-19 ne sont pas totalement effacés. Si la moitié du prêt accordé pendant la pandémie a déjà été remboursée, l’autre moitié reste à honorer. À cela s’ajoute la charge du système européen d’échange de quotas d’émission, qui représenterait environ 27 millions d’euros en 2026 pour Brittany Ferries, selon son communiqué. Un paradoxe que l’entreprise souligne avec insistance : elle a investi dans cinq nouveaux navires en cinq ans, dont deux hybrides GNL-électriques mis en service en 2025, mais reste lourdement taxée au nom de la transition écologique.
Deux navires vendus, des lignes réorganisées
Le premier navire concerné est le Barfleur, construit en 1992, qui assure la liaison Poole-Cherbourg. Cette ligne doit être supprimée à partir de novembre 2026, le navire étant vendu. Brittany Ferries prévoit toutefois de mettre en place une liaison quotidienne entre Portsmouth et Cherbourg. Le Cotentin, construit en 2007 et utilisé entre Cherbourg et Rosslare, doit lui aussi être cédé, tandis que la ligne vers l’Irlande sera maintenue avec d’autres navires.
Autre point sensible : la liaison Portsmouth-Le Havre. Dans son communiqué, Brittany Ferries indique envisager sa fermeture à partir d’octobre 2026, en raison de la concurrence sur la Manche orientale, qu’elle attribue aux subventions accordées à la ligne déficitaire Dieppe-Newhaven. De son côté, Paris Normandie évoque le lancement d’un plan de sauvegarde de l’emploi pour les treize salariés sédentaires de l’agence du Havre.
Quand la transition devient une contrainte
« Mais nous devons rester réalistes. Nous devons nous adapter », déclare Christophe Mathieu, président du directoire de Brittany Ferries, dans le communiqué du 30 juin. La formule résume la situation d’une compagnie prise entre ses investissements, ses dettes et les exigences réglementaires européennes.
Derrière cette réorganisation, c’est une question plus large qui se pose : comment préserver des lignes maritimes utiles aux territoires si la transition écologique se transforme en fiscalité environnementale mal adaptée ? Brittany Ferries ne renonce pas à moderniser sa flotte. Mais l’épisode rappelle qu’une politique maritime ne peut pas reposer uniquement sur des taxes et des injonctions. Elle suppose aussi de protéger les entreprises qui assurent concrètement le lien entre la Bretagne, la Normandie, le Royaume-Uni, l’Irlande et l’Espagne.
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