Vingt-et-un virages, une pente qui se cabre, et un siècle de gloire et de larmes gravé dans l’asphalte : l’Alpe d’Huez n’est pas une montée comme les autres. À l’heure où le Tour de France 2026 déroule ses premières étapes, Mareuil Éditions publie deux ouvrages qui, chacun à sa manière, invitent à retrouver l’âme de la Grande Boucle, loin du seul chronomètre.
L’Alpe d’Huez, ce « défouloir du Tour »
Le premier, signé Jean-Paul Vespini, porte un titre en forme de vérité de coureur : Le Tour se joue à l’Alpe d’Huez. Les 24 et 25 juillet, à l’occasion des étapes 19 et 20, le peloton s’attaquera par deux fois à cette ascension mythique. L’édition 2026 en marquera la 33e arrivée au sommet.
Vespini retrace l’histoire de cette route où, écrit-il, tout bascule : on y gagne ou on y perd le Tour. Depuis la première arrivée en 1952, cette montée est devenue le théâtre des défaillances soudaines comme des renaissances éclatantes, des attaques de légende comme des chemins de croix solitaires. Dans le vacarme des hélicoptères, des klaxons et des cris d’une foule compacte, la route sinueuse se mue en un sanctuaire bouillonnant, ce que l’auteur nomme joliment le « défouloir du Tour ». Journaliste et historien reconnu du cyclisme, récompensé par les prix Antoine Blondin, Louis Nucera et Jules Rimet, Vespini a déjà consacré une vingtaine d’ouvrages à la petite reine.
Les carnets intimes de « Paulo la science »
Le second livre a la saveur d’une confidence. Dans La grande boucle de mes souvenirs — Coppi, Poulidor, Hinault, Pantani… Ce que j’ai oublié de vous dire, Jean-Paul Ollivier ouvre ses carnets et raconte ce qu’il n’avait, dit-il, jamais confié.
Voix familière des étés du Tour pendant plus de quarante ans, d’abord à l’ORTF puis sur Antenne 2 et France Télévisions, Ollivier a accompagné des générations de téléspectateurs. Son érudition inépuisable lui avait valu le surnom de « Paulo la science ». De Fausto Coppi à Raymond Poulidor, de Bernard Hinault à Marco Pantani, en passant par Anquetil, Fignon ou Géminiani, il fait revivre les grandes rivalités, les drames et les instants suspendus du peloton. Préfacé par le directeur du Tour Christian Prudhomme, l’ouvrage se veut moins un livre sur le vélo qu’un voyage dans la mémoire collective française : celle des routes estivales, des champions populaires et des veillées devant le poste de télévision.
Le Tour comme roman national
Ce qui rapproche ces deux livres dépasse le simple hommage sportif. L’un et l’autre rappellent que le Tour de France fut longtemps bien plus qu’une course : un rendez-vous partagé, une géographie sensible, une manière de traverser le pays et ses paysages. À l’heure où le cyclisme moderne semble parfois se réduire à des données de puissance et à des équipes en surnombre écrasant la course, ces retours vers Coppi, Pantani ou l’Alpe des grands duels ont le goût d’un cyclisme plus charnel, plus incarné, où la souffrance de l’homme sur son vélo racontait quelque chose de nous.
Les deux ouvrages sont disponibles en librairie depuis le 11 juin chez Mareuil Éditions, de quoi accompagner en lecture les trois semaines de la Grande Boucle.