Il y a des villes qui ont une réputation à tenir. Foix en est une : dans la légende du Tour, la sous-préfecture ariégeoise n’a jamais rien refusé aux baroudeurs, cinq fois sur cinq récompensés à son arrivée. Autant dire que le peloton connaissait la partition. Ce mardi 7 juillet, ils étaient donc trente-quatre à se glisser dans le bon wagon dès les premiers kilomètres, flairant qu’entre Carcassonne et l’Ariège, sous une chaleur à faire fondre le bitume, le peloton laisserait filer. Bien vu.
Lidl-Trek, l’art de placer ses pions
Ce qui restera de cette étape, ce n’est pas seulement le vainqueur, mais la manière. Lidl-Trek a joué aux échecs pendant que les autres jouaient aux dames. Le plan se met en place très tôt : dans le col de Coudons, Matias Vacek s’extirpe avec Jan Tratnik pour prendre les devants, avant d’être rejoint par le vétéran Alex Kirsch. L’idée ? Poser des relais frais à l’avant pour quand le patron pointerait le bout de son nez.
Car le patron, ce mardi, souffrait. Dans les pentes du col de Montségur, dernière difficulté du jour, Mads Pedersen n’est pas un pur grimpeur et ça se voyait : accroché au tempo imposé par les cabris de la course, le Danois serrait les dents. C’est là qu’entre en scène Quinn Simmons, chargé de la basse besogne — ralentir l’avant, temporiser, laisser le costaud revenir dans la roue. Des filouteries d’équipiers dévoués qui permettent à Pedersen de recoller, de souffler sur trente kilomètres, puis de se refaire une santé pour l’estocade.
Un finish réglé au millimètre
Sur les dix rescapés de l’avant, personne ne pouvait rivaliser avec un Pedersen lancé. Dernier kilomètre parfaitement déroulé par Vacek, ultime virage négocié comme un chef, et le Danois s’envole pour lever les bras. Derrière lui, Simmons complète le doublé : la totale pour Lidl-Trek. Petite morale au passage pour Kévin Vauquelin (Netcompany Ineos), planqué comme un renard dans le final mais surpris par la courbe, qui ne sauve qu’une sixième place. À ce jeu-là, mieux vaut connaître ses classiques.
Pour Pedersen, 30 ans, c’est la troisième victoire sur la Grande Boucle, après Saint-Étienne 2022 et Limoges 2023 — deux succès déjà décrochés sous la fournaise. Le bougre aime visiblement transpirer : ce mardi, le thermomètre frôlait les 40 degrés. C’est aussi et surtout sa première victoire de la saison, lui qui restait sur dix mois de disette depuis la Vuelta 2025, après une clavicule fracturée dès sa première journée de course de l’année. Le champion du monde 2019 endosse dans la foulée le maillot vert qu’il s’était fixé comme objectif. Mission bien engagée.
Un Norvégien en jaune, et Pogačar qui lâche du lest
L’autre histoire du jour vient du Grand Nord. Torstein Træen (Uno-X Mobility), meilleur des échappés au classement général, profite du long répit accordé par le peloton pour s’emparer du premier maillot jaune de sa carrière. Le scénario rappelle furieusement la Vuelta 2025, où il avait déjà cueilli le rouge de la même manière. Parti avec un peu plus de cinq minutes de retard, il devance désormais son compagnon d’échappée Sean Quinn (EF Education-EasyPost) de 28 secondes.
Le symbole est joli : Træen devient le troisième Norvégien à porter le jaune, après Thor Hushovd — qui n’est autre que son manager général — et Alexander Kristoff, son ancien coéquipier. Une passation de flambeau très nordique, et une première historique pour la formation Uno-X, jamais placée en tête d’un Grand Tour jusqu’ici.
Quant à Tadej Pogačar, il a laissé faire sans broncher, franchissant la ligne à près de 13 minutes et cédant sa tunique jaune. Le Slovène rétrograde au 4e rang du général, mais que les amateurs de suspense ne s’emballent pas trop vite : dans la logique du Tour, un ogre qui offre un jour de repos à un baroudeur norvégien ne le fait jamais tout à fait par charité. Rendez-vous en montagne pour la reprise des comptes.
Photo : © A.S.O / Thomas Maheux
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