Le 15 juillet sera célébré le 100° anniversaire de l’inauguration de la Grande mosquée de Paris construite à l’origine pour honorer les soldats musulmans morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. La loi du 19 août 1920 avait autorisé l’État français à en financer la création. Or, comme celle du 9 décembre 1905, article 2, interdit à l’État, aux départements et aux communes un tel financement, la mosquée fut donc présentée comme l’élément d’un ensemble culturel et scientifique.
Le maréchal Lyautey joua un rôle essentiel dans l’histoire de l’édification de la mosquée. Le 19 octobre 1922, alors qu’il était Résident général de France au Maroc,il vint à Paris pour la pose de sa première pierre et il prononça à cette occasion un discours dont la teneur est résumée par la phrase suivante :
« Quand s’érigera le monument que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Île-de-France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses. »
Le discours de Lyautey s’inscrivait à la fois dans sa politique de respect des traditions musulmanes telle qu’il la réalisait alors au Maroc, et dans la vision impériale de la « plus grande France ». Charles Maurras qui, au-delà du Maroc et de l’Empire, pensait d’abord à l’avenir de la France, ne partageait pas ce sentiment que l’on pourrait qualifier d’ « œcuménique-impérial ».
Le 13 juillet 1926, deux jours avant l’inauguration de la mosquée, il consacra ainsi à l’évènement sa chronique quotidienne dansl’Action française. Il y louait le sacrifice des soldats musulmans en termes élevés, évoquant ces « nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux », mais tout en s’inquiétant du « réveil de l’Islam ». Dans cet article, Maurras craignait qu’en définitive, la France devienne en quelque sorte la « colonie de ses colonies » comme le dira plus tard Edouard Herriot :
(…) Nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. Il n’y a peut‑être pas de réveil de l’Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l’on fait se trouve être aussi la plus vaine des choses. Mais, s’il y a un réveil de l’Islam, et je ne crois pas que l’on en puisse douter, un trophée de la foi coranique sur cette colline Sainte‑Geneviève où tous les plus grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre l’Islam représente plus qu’une offense à notre passé : une menace pour notre avenir. On pouvait accorder à l’Islam, chez lui, toutes les garanties et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité de tous les croyants : c’étaient choses lointaines, affaires d’Afrique ou d’Asie. Mais en France, chez les Protecteurs et chez les Vainqueurs, du simple point de vue politique, la construction officielle de la mosquée et surtout son inauguration en grande pompe républicaine exprime quelque chose qui ressemble à une pénétration de notre pays et à sa prise de possession par nos sujets ou nos protégés. Ceux‑ci la tiendront immanquablement pour un obscur aveu de faiblesse. Quelqu’un me disait hier : -Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ? J’aperçois, de ci de là, tel sourire supérieur. J’entends, je lis telles déclarations sur l’égalité des cultes et des races. On sera sage de ne pas les laisser propager trop loin d’ici par des haut‑parleurs trop puissants. Le conquérant trop attentif à la foi du conquis est un conquérant qui ne dure guère. Nous venons de transgresser les justes bornes de la tolérance, du respect et de l’amitié. Nous venons de commettre le crime d’excès. Fasse le ciel que nous n’ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse. »(Charles Maurras,L’Action française, 13 juillet 1926).
L’inauguration se fit donc le 15 juillet 1926 en présence de Gaston Doumergue, président de la République française, de Moulay Youssef, sultan du Maroc, et d’Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères. Le maréchal Lyautey qui n’était plus Résident au Maroc depuis 1924, n’assista pas à l’inauguration car il était alors en convalescence après une lourde prostatectomie subie au printemps 1926. En revanche, le sultan Moulay Youssef lui rendit visite deux jours plus tard, le 18 juillet 1926, dans sa propriété de Thorey.
En 2026, un siècle après l’inauguration de cette première mosquée, selon le Ministère de l’Intérieur et le CFCM, il y a en France métropolitaine environ 2 600 lieux de culte musulmans (mosquées et salles de prière).
Bernard Lugan
Photo d’illustration : DR
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7 réponses à “Il y a cent ans, le 15 juillet 1926, la Grande mosquée de Paris était inaugurée. Lyautey soutenait le projet quand Maurras s’en inquiétait”
Remarquable Maurras, une fois de plus. La facilité était de se laisser convaincre par les arguments « gentils » de Lyautey. Mais « gentil », ce n’est pas un métier : il fallait la clairvoyance, la justesse, et, disons-le, la véritable virilité de Maurras, pour savoir distinguer, au delà de l’événement ponctuel, la menace lointaine. Et ce n’est qu’avec le recul, que l’on peut voir qu’il fallait, en 1926, être abonné à l’AF. Tout cela valait bien une condamnation (l’AF a été condamnée par Pie XI …en 1926)
Le doigt dans l’engrenage…
L’actualité de la France d’aujourd’hui nous confirme bien que Maurras avait raison avant tout le monde comme un certain Jean-Marie plus tard….mais nous regardons ailleurs et notre maison brûle.
On notera que la République laïque finance ce lieu de culte musulman et étranger à notre histoire, au mépris de sa propre législation. En tout état de cause, les responsabilités du Régime sont écrasantes quant au diktat d’un tel symbole, lourd de significations en terre chrétienne. Sans grande surprise, d’ailleurs. Car Il s’inscrit dans un républicanisme laïcard acharné à laminer la composante catholique de notre Identité. Dès lors, ne nous étonnons pas de la déchristianisation achevée de la France et de l’islamisation croissante de notre société. Dans les deux cas, nous retrouvons les mêmes officines d’influence à la manœuvre… Qui osera nier que la République maçonnique n’a pas ouvert la voie à l’islamisation d’une terre jadis proclamée « fille ainée de l’Eglise » ?
Un jour cet édifice comme nos églises sera détruit et ils rentreront chez eux s’il le faut au lance-flammes!
2600 lieux de culte musulman en France selon votre dernière phrase, contre 42.258 lieux de culte chrétien. Vous avez bien oublié de le préciser, visiblement. Parlerons nous encore de grand remplacement ? Fatigue…
Réponse à M. Raymond NEVEU : Plutôt que la destruction, la solution idéale serait de transformer cet édifice islamique en musée pour édifier les futures générations sur une occupation qui ne fut pas seulement humaine, mais ethnique, culturelle et religieuse sans rapport avec l’histoire de notre continent. Le but pédagogique est toujours porteur d’avenir. Quant aux autres édifices, ceux-ci pourraient devenir, après des travaux d’aménagement, des écoles de formation fort utiles pour la jeunesse nationaliste. Encore, faut-il pour cela que les droits de l’Autochtone se substituent aux prétendus droits de l’homme.