Nikolaos Pavlidis : « Pendant que le reste de l’Europe se modernisait, les Grecs restaient dans l’obscurité de l’Empire ottoman »

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À 205 ans de l’indépendance grecque, célébrée le 25 mars dernier, et un peu plus d’un siècle après le génocide des chrétiens d’Asie mineure, la mémoire historique reste un champ de bataille en Méditerranée orientale. C’est sur ce terrain que travaille Nikolaos Pavlidis, jeune historien grec diplômé de l’université Aristote de Thessalonique et de l’Université internationale hellénique, qui anime sur YouTube la chaîne Praktiki Skepsi (« Pensée pratique »), suivie par plus de 163 000 abonnés — la plus grande chaîne grecque consacrée à l’histoire. Le site European Conservative l’a interrogé sur l’occupation ottomane, le génocide pontique de 1914-1923 et l’occupation nazie de la Grèce.

Quatre siècles d’occupation ottomane

Né en Grèce mais descendant d’une famille de marchands de Trapézonte (Trébizonde), dans la région historiquement grecque du Pont au nord-est de l’actuelle Turquie, Pavlidis revient d’abord sur les conséquences de quatre siècles d’occupation ottomane de la Grèce continentale, qui débuta vers 1453-1460 avec la chute de Constantinople et ne prit fin, partiellement, qu’avec la révolution grecque de 1821.

L’historien identifie trois catastrophes majeures héritées de cette période. Les Grecs ont perdu, dit-il, leur capacité à se constituer en État moderne puisqu’ils étaient exclus des postes de direction sous le pouvoir ottoman. La pratique du devchirmé — le ramassage forcé d’enfants chrétiens convertis ensuite à l’islam pour être enrôlés dans les corps d’élite ottomans —, conjuguée à l’islamisation massive de populations grecques, constitue selon lui « pratiquement une forme de génocide ». Enfin, pendant que le reste de l’Europe traversait la Renaissance puis les Lumières, la population grecque demeurait, selon ses propres termes, dans l’obscurité, isolée derrière les frontières de l’Empire musulman ottoman pendant des siècles.

L’occupation nazie : un million de morts

Pavlidis évoque ensuite l’occupation de la Grèce par les forces de l’Axe entre 1941 et 1944, qu’il qualifie de « l’une des pages les plus sombres de l’histoire grecque ». Près d’un million de Grecs y ont trouvé la mort, victimes d’exécutions, de pratiques génocidaires et de la famine provoquée par les forces italiennes, allemandes, albanaises et bulgares.

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À cette occasion, l’historien revient sur un épisode peu connu en Occident : la position de la Turquie pendant la Seconde Guerre mondiale. Loin de rejoindre les Alliés comme le fit la Grèce, Ankara maintint des relations soutenues avec l’Allemagne nazie, réclamant les îles grecques de la mer Égée. En juin 1941, la Turquie signa même un traité de commerce et d’amitié avec le Reich.

Le génocide pontique : 353 000 morts

Le cœur de l’entretien porte sur le sort des Grecs du Pont, descendants des Grecs orthodoxes installés depuis l’Antiquité sur la côte sud de la mer Noire, dans l’actuelle Turquie du Nord-Est. L’Empire de Trébizonde, dernier vestige hellénique de l’empire byzantin disparu, tomba aux mains des Ottomans en 1461. S’ouvrit alors une longue période d’islamisation forcée et de remplacement de population par des tribus musulmanes venues du Moyen-Orient et d’Asie centrale.

Le coup de grâce vint avec la Première Guerre mondiale. À partir de 1914, l’Empire ottoman, puis le mouvement national turc dirigé par Mustafa Kemal, organisèrent le déplacement forcé puis l’extermination des populations chrétiennes d’Asie mineure — Grecs, Arméniens, Assyro-Chaldéens. Selon les chiffres rapportés par Pavlidis, environ 353 000 Grecs pontiques perdirent la vie entre 1914 et 1923. Les derniers Grecs du Pont furent contraints de quitter leur terre à l’issue de l’échange forcé de populations de 1923 entre la Grèce et la Turquie. Une partie rejoignit la Grèce continentale ; d’autres — dont les ancêtres de Pavlidis — trouvèrent refuge en Union soviétique avant de revenir en Grèce après la dissolution de l’URSS en 1991.

L’historien plaide pour la création d’un grand mémorial central grec dédié au génocide d’Asie mineure, qui ferait également office de centre de recherche et d’étude, sur le modèle du mémorial arménien de Erevan.

Romeika : une langue qui s’éteint

Pavlidis évoque également la situation du romeika, le dialecte pontique issu du grec ancien, qu’il parle encore avec sa famille à la maison. La langue est aujourd’hui qualifiée par des linguistes britanniques de l’université de Cambridge de dialecte en voie d’extinction, conservé encore par quelques milliers de locuteurs, principalement en Grèce et dans quelques poches isolées de l’actuelle Turquie où subsistent des descendants de Grecs convertis à l’islam.

« Notre dialecte, c’est notre culture, et l’une des rares choses qui nous relient encore à notre terre, le Pont », confie l’historien, qui déplore que les nouvelles générations de Grecs pontiques arrivées en Grèce après 1991 cessent progressivement de le parler.

La « Patrie bleue » : une idéologie expansionniste turque

Interrogé sur la doctrine de la « Patrie bleue » (Mavi Vatan), théorisée à partir des années 2000 par des officiers de marine turcs et désormais largement reprise par le pouvoir d’Ankara, Pavlidis en rappelle les fondements. Cette idéologie maritime trouve sa source dans le Misak-ı Millî, le « serment national » turc de 1920, qui visait à « libérer » des territoires considérés comme des « patries turques perdues » — en Grèce, dans le Caucase, voire au Moyen-Orient.

L’historien dresse un tableau sans concession de l’attitude actuelle d’Ankara : la Turquie, dit-il, « refuse aujourd’hui encore d’accepter son passé » et joue un « rôle impérialiste en Méditerranée orientale », avec des armées d’occupation à Chypre, en Irak et en Syrie, tout en menaçant régulièrement la Grèce d’un conflit armé.

La question des descendants de Grecs convertis

Pavlidis aborde enfin une question sensible : celle des descendants de Grecs du Pont contraints, au cours des siècles, à la conversion à l’islam pour pouvoir rester sur leurs terres. Aujourd’hui, beaucoup vivent comme des citoyens turcs musulmans, ignorant ou refusant de reconnaître leurs origines.

« Accepter son héritage ethnique et historique est un grand pas pour toute personne qui pense », observe l’historien. « La destruction ou la turquisation des cultures indigènes d’Asie mineure après 1922, qui a suivi le génocide chrétien d’Asie mineure, fut un désastre humanitaire et culturel pour le monde entier. » Il appelle les citoyens turcs actuels à se réapproprier leur véritable passé, en regrettant que l’histoire continue d’être « réécrite par la Turquie ».

Un appel à la vérité historique qui, dans le contexte politique turc actuel, a peu de chances d’être entendu à Ankara — mais qui rappelle utilement à l’Europe occidentale, souvent indifférente à ces questions, qu’un peuple chrétien millénaire a été méthodiquement éliminé d’Asie mineure il y a tout juste un siècle.

Photo : Cette carte postale provient d’une petite collection appartenant à un marine royal qui semble avoir été déployé dans la zone de conflit en 1922 et stationné à Malte. Il s’agit peut-être de Joe Smith, originaire de Berkhamsted, dans le Hertfordshire. Elle a été publiée par Salvatore Lorenzo Cassar (1855-1928) à Malte. Domaine public, via Wikimedia Commons

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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4 réponses à “Nikolaos Pavlidis : « Pendant que le reste de l’Europe se modernisait, les Grecs restaient dans l’obscurité de l’Empire ottoman »”

  1. Pschitt dit :

    Un fait incontournable : la civilisation turque aura beaucoup moins apporté à l’humanité que la civilisation grecque qu’elle a détruite.

  2. PL44 dit :

    Certains historiens pensent que si l’issue de la bataille de Stalingrad avait été inverse, la Turquie aurait « volé au secours » de l’Axe.
    La Grèce elle même est assez jacobine, la langue des Arvanites n’est pas officialisée.

  3. Noël Stassinet dit :

    Ah l’empire ottoman père de la Turquie actuelle associé à une religion de paix et d’amour ! Et son célèbre slogan « Crois ou meurs » !

  4. RAYMOND NEVEU dit :

    Cela prouve que l’Islam est une religion d’arriérés mentaux, des tarés le nez dans le cul d’Allah! Fin XVIIIe les élites égyptiennes s’étaient tournées vers les Lumières et la France phare de la civilisation et seule la racaille, les fellah de la populace restaient fidèles à Allah faute de Savoir!

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