Prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur : le geste est banal au point qu’il ne figure dans aucune recommandation officielle. Une méta-analyse publiée le 13 août dans l’American Journal of Cardiovascular Drugs suggère qu’il pèse pourtant lourd. Les adultes qui montent régulièrement des escaliers présentent un risque de décès d’origine cardiovasculaire inférieur de 39 % à celui des personnes qui le font rarement, et un risque de décès toutes causes confondues inférieur de 24 %.
480 479 participants, 14 ans de suivi
Le travail émane d’une équipe de la Norwich Medical School, à l’université d’East Anglia, associée à l’hôpital universitaire de Norfolk et Norwich, et a pour première signataire Sophie Paddock. Les chercheurs ont interrogé les bases PubMed et Embase jusqu’en avril 2025, écarté l’essentiel des 1 873 travaux identifiés, et retenu 9 études réunissant 480 479 participants. Le suivi médian atteint 14 ans. Les cohortes couvrent des adultes de 35 à 84 ans, dont un peu plus de la moitié de femmes.
Les résultats les plus solides proviennent de l’analyse groupée de 5 études portant sur 455 619 personnes. Le risque relatif de mortalité cardiovasculaire chez les habitués des escaliers y ressort à 0,61, soit une baisse de 39 %, avec un intervalle de confiance à 95 % compris entre 0,48 et 0,79. Pour la mortalité toutes causes, le risque relatif s’établit à 0,76, soit 24 % de moins, avec un intervalle allant de 0,62 à 0,94.
Les auteurs relèvent également une moindre survenue d’accidents cardiovasculaires majeurs — infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral ischémique, insuffisance cardiaque — chez les mêmes personnes.
Ce que l’étude ne permet pas d’affirmer
La prudence s’impose sur la nature du lien. Les 9 études retenues sont observationnelles : elles établissent une association, pas une causalité. Le biais est évident et les auteurs ne le dissimulent pas. Une personne qui monte des escaliers tous les jours est une personne qui peut monter des escaliers. Elle a donc, en moyenne, un cœur, des articulations, un souffle et un équilibre en meilleur état que celle qui les évite. Une partie de l’écart de mortalité observé peut donc tenir à l’état de santé initial, et non à l’exercice lui-même.
Second problème : les 9 études ne mesurent pas la même chose. Certaines interrogent les participants sur le nombre d’étages gravis, d’autres sur la fréquence hebdomadaire, d’autres encore procèdent par catégories vagues. Cette hétérogénéité empêche de définir une dose optimale à partir des seules données groupées. Une étude de grande taille incluse dans l’analyse situe le bénéfice maximal autour de 6 volées d’escalier par jour, mais ce chiffre isolé ne suffit pas à fonder une recommandation.
Les auteurs appellent à des travaux ultérieurs utilisant des capteurs portables plutôt que des questionnaires déclaratifs, seuls capables de trancher.
Pourquoi l’escalier frappe fort
Le mécanisme physiologique, lui, n’a rien de mystérieux. Monter des marches mobilise fessiers, quadriceps, ischio-jambiers et mollets, et fait grimper la fréquence cardiaque en quelques secondes. La dépense énergétique du déplacement vertical est de l’ordre de 9,6 fois celle de la position assise. Ces efforts courts et intenses sollicitent le muscle cardiaque, augmentent le volume d’éjection systolique et abaissent la fréquence cardiaque de repos à mesure que l’entraînement s’installe.
Des travaux antérieurs, également cités dans l’analyse, montrent que des intervalles de montée d’escalier pratiqués 3 jours par semaine pendant 6 semaines améliorent significativement la condition cardiorespiratoire. Une autre étude a mesuré, chez de jeunes femmes auparavant sédentaires, une baisse de 7,7 % du cholestérol LDL après des séances de 2 à 10 minutes, 5 jours par semaine.
Le contexte explique l’intérêt des chercheurs pour un exercice aussi trivial. Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité dans le monde et le nombre de cas a presque doublé entre 1990 et 2019, pour atteindre 523 millions. Dans le même temps, plus d’un adulte sur 4 dans le monde n’atteint pas les niveaux d’activité physique recommandés. L’escalier présente l’avantage d’être gratuit, disponible et de ne demander ni équipement, ni inscription, ni créneau horaire.
Progressivement, et sans forcer
Quelques précautions accompagnent la pratique, surtout pour qui reprend une activité après une longue interruption. Commencer par quelques volées plutôt que par une séance longue, porter des chaussures adhérentes, utiliser la rampe en cas de besoin d’appui, et surtout s’arrêter en cas de vertige, d’essoufflement inhabituel ou de douleur vive, plutôt que de forcer. Les jours de récupération comptent autant que les séances : la répétition sans repos produit des blessures de surcharge.
L’intensité s’augmente ensuite simplement, en accélérant le rythme, en ajoutant des étages ou en allongeant la durée.
Pour les personnes souffrant de douleurs articulaires ou à mobilité réduite, la montée est généralement mieux tolérée que la descente répétée, qui sollicite davantage les genoux. La marche sur terrain plat, la natation, l’aquagym, le vélo d’appartement ou les exercices de renforcement en position assise offrent des bénéfices comparables sans cette contrainte. En cas de pathologie cardiaque connue, l’avis du médecin traitant reste le préalable.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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