Au-delà du puissant soft power américain, l’acculturation de nos esprits s’alimente du flux continu d’informations venu d’outre-Atlantique. Les relayer pose un dilemme éthique, car c’est accepter de participer à cette colonisation mentale. Pourtant, dès lors que les dynamiques américaines dictent les comportements d’une partie de notre population, occulter ces faits de société devient impossible. C’est le cas actuellement avec l’écho médiatique du procès de Lindsay Clancy : la vague de soutien de nombreuses femmes envers cette mère qui a étranglé ses trois enfants illustre à quel point les débats sociétaux américains s’importent instantanément chez nous et met en lumière une dérive sidérante du féminisme.
Un triple infanticide prémédité
À Duxbury, une banlieue aisée de Boston, Lindsay Clancy, une infirmière de 32 ans alors en congé maternité, profite d’une absence de de son mari pour assassiner leurs trois enfants. Après avoir calculé son temps de trajet via l’application Apple Map et lui avoir demander une déviation à la pharmacie, elle a amené les bambins dans le sous-sol de la maison familiale et procédé au massacre, un par un. L’ultime image que Cora (5 ans), Dawson (3 ans) et le nourrisson, Callan (8 mois), emporteront dans la mort sera celle de la bande élastique que leur mère a serrée avec force autour de leur cou.
Cette dernière tentera ensuite de se suicider en se coupant les poignets et en sautant par la fenêtre du deuxième étage. Elle survivra à la chute mais reste paralysée de la taille jusqu’aux pieds. Actuellement internée dans un hôpital psychiatrique, la meurtrière ne nie pas avoir commis les infanticides, mais a plaidé l’irresponsabilité pénale pour cause d’aliénation mentale : sa défense argue la psychose post-partum.
Un soutien dérangeant
Hors du tribunal, des centaines de femmes vêtues de rose, appartenant ou non à des associations féministes, sont venues apporter leur soutien à Lindsay Clancy. Sous les slogans « Aux côtés de Lindsay » ou « Elle avait besoin d’aide« , ses sympathisantes dénoncent la faillite du système de santé américain dans la prise en charge de la détresse psychiatrique périnatale, puisque la meurtrière, avant de passer à l’acte, était en état de détresse psychiatrique profonde et avait multiplié les appels à l’aide auprès de professionnels de santé qui s’étaient apparemment limités à lui prescrire des psychotropes.
La détresse psychiatrique post-partum englobe des pathologies complexes et largement sous-estimées, en augmentation constante à mesure que progresse l’isolement des individus. Une atomisation sociale qui s’avère aussi prévisible qu’inévitable, conséquence directe d’une époque qui a décrété la structure familiale obsolète…
Une déresponsabilisation face à l’indicible qui interroge, tout autant que la ligne de défense choisie par l’accusée : comment une mère ayant étranglé ses propres enfants peut-elle plaider l’irresponsabilité dans l’espoir d’échapper à sa peine ?
Une irresponsabilité pénale à abolir ?
L’irresponsabilité pénale pour cause de trouble psychique (l’aliénation mentale en droit américain ou l’article 122-1 du Code pénal en droit français) est l’un des sujets les plus controversés de la justice. Elle suscite des débats éthiques et politiques constants, car elle touche au fondement même du châtiment.
Un verdict d’irresponsabilité pénale signifie en effet qu’il n’y aura pas de condamnation, pas de peine de prison, et pas de coupable légal. C’est nier purement et simplement une réalité aux victimes. De plus, sur le plan pratique, déterminer l’état mental exact d’un individu à la minute précise du crime est une science rétrospective imparfaite. Dans le cas présent, deux collèges d’experts réputés sont arrivés à des conclusions totalement opposées : meurtre de sang-froid prémédité contre psychose. Cela interroge sur la pertinence même des avis des experts.
Quatre États américains – l’Idaho, le Kansas, le Montana et l’Utah – ont déjà aboli la défense pour cause d’aliénation mentale. Dans ces États, la maladie mentale ne peut pas annuler la culpabilité ; elle est seulement prise en compte par le juge au moment de décider de la lourdeur de la peine (le coupable peut être envoyé dans une prison dotée d’une aile psychiatrique).
Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : capture CBS evening news
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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5 réponses à “Défendre un triple infanticide : la dérive ultime du féminisme 2.0 ?”
Il était prévisible, et d’ailleurs prévu par ceux que l’on qualifie ordinairement de réactionnaires, que la légalisation de l’avortement nous mènerait là. Ce fœtus m’encombre ? Allez hop ! Poubelle. Et ce, jusqu’à la veille de sa naissance, désormais ; pour raison d’inconfort psychologique, en plus. Cette monstrueuse bonne femme aurait pu se débarrasser de quelques douzaines de bébés prêts à naître sans que le tribunal s’en mêle, avec la bénédiction des militantes féministes, même. Cette femme, ces femmes ne sont pas folles, elles sont tout simplement incapables de supporter la moindre contrariété. Ce sont toutes des « princesses au petit pois », jamais leur couche ne sera assez moelleuse, jamais le monde ne leur offrira le bien-être et le bonheur qu’elles pensent mériter du fait de leur seule existence.
Très bien vu et écrit ! Bravo !
La société patriarcale était peut-être justifiée ? Nous qui nous croyons plus malins que nos ancêtres.
M.A. a tout à fait raison, l’avortement justifie tous les crimes. Puisque que c’est « un droit fondamental » pour une femme de tuer son enfant dans son ventre, elle peut aussi bien le tuer quand il a 8 mois ou 3 ans ou 5 ans, qu’est-ce que ça change ?
Je suppose que nombre de mères en dépression post-partum ou submergées ont eu un jour la tentation de supprimer leurs enfants. Sauf que, suivant les mots d’Albert Camus, un homme ça s’empêche. Une femme aussi.