La Polonaise du Géant : Niewiadoma s’envole vers le jaune au sommet du Ventoux

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Il y a des courses qui se perdent à force de se regarder. Vendredi, dans la forêt du Ventoux, Demi Vollering et Marlen Reusser ont passé une demi-heure à s’observer du coin de l’œil comme deux joueurs de poker qui auraient oublié qu’il y avait un troisième siège à la table.

Kasia Niewiadoma, elle, n’a pas eu besoin de bluffer. Elle a posé ses cartes une fois, une seule — à moins de dix kilomètres du sommet — et elle est partie chercher, seule dans le caillou blanc, la première victoire d’étape de sa carrière sur le Tour de France Femmes. Avec le maillot jaune en supplément.

Au petit matin, la Polonaise de Canyon//SRAM comptait plus d’une minute de retard sur les deux premières du général. Le soir venu, elle porte le jaune, Vollering pointe à quinze secondes et Reusser à trente-neuf. Il reste deux étapes.

La forêt, puis le désert

Il faut dire un mot du décor, parce que c’était une première : jamais le Tour féminin n’était monté là-haut. Quinze kilomètres sept cents à 8,8 % de moyenne, la forêt d’abord, le paysage lunaire ensuite, le vent partout.

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La sélection commence tôt. À quinze bornes du sommet, quand la pente se redresse à l’entrée des arbres, Movistar sort les muscles — ceux de Reusser en particulier — et Pauline Ferrand-Prévot décroche immédiatement. La tenante du titre n’aura pas de sursaut. Elle terminera dix-huitième, en gérant, et pointe désormais quatorzième du général à 14’37 ». La défense de sa couronne s’est arrêtée à l’orée d’une forêt provençale.

Cinq kilomètres plus haut, Vollering accélère. Reusser s’accroche. Niewiadoma aussi. Elles ne sont plus que trois, et c’est là que le scénario se met à dérailler pour deux d’entre elles.

Le marquage, ce sport

La championne du monde du chrono a choisi la passivité. Elle laisse Vollering mener, ne bronche pas, économise. Et quand la Polonaise décampe dans la foulée, elle ne bouge toujours pas — laissant à la Néerlandaise le soin de recoller les morceaux.

Sauf que Vollering, qui espérait un peu de collaboration de la part de son ancienne coéquipière, n’y va qu’à moitié. On la comprend : rouler pour ramener une rivale au bénéfice d’une autre rivale, c’est le genre d’arithmétique qui use les jambes et le moral. Chacune attend l’autre. L’écart grandit. Personne ne réagit.

Devant, il y a une petite silhouette qui danse sur les pédales et qui, elle, ne se pose aucune question.

Quand la Batave comprend enfin, il est trop tard. Elle finira à 1’16 », la grimace aux lèvres, après avoir dû s’employer jusqu’à deux cents mètres de la ligne pour se débarrasser de Reusser et sauver sa place de dauphine. Elisa Longo Borghini prend la troisième place de l’étape à 1’42 », Reusser la quatrième à 1’46 ».

Le plan du Chalet Reynard

Ce qui rend l’affaire savoureuse, c’est que ce n’était pas un coup de sang. C’était un plan, et Niewiadoma l’a expliqué ensuite avec le calme d’une ingénieure.

Son objectif était d’atteindre le Chalet Reynard seule. Au-dessus, la forêt s’arrête net, le vent de face devient un adversaire à part entière, et les poursuivantes se mettent à se relayer — ou plutôt à se regarder, ce qu’elles font si bien. Elle savait qu’une fois passée cette bascule, elle souffrirait, mais qu’elles souffriraient davantage à jouer entre elles.

C’est exactement ce qui s’est produit.

Elle avait pourtant tout dit

Le plus drôle, dans cette histoire, c’est que personne ne pourra prétendre avoir été surpris. La Polonaise avait annoncé la couleur avant même le départ de Lausanne, assise en conférence de presse avec les autres leaders : l’objectif était le maillot jaune, elle se sentait bien, et elle se disait prête à faire tomber le record de l’ascension du Ventoux. Elle avait ajouté, sans emphase, qu’elle n’avait peur de personne.

Vendredi matin encore, au départ de La Voulte-sur-Rhône, elle remettait ça : gagner le Tour était un rêve réalisé, gagner au sommet du Ventoux en serait un autre.

Les bookmakers, eux, continuaient de l’oublier. Les bookmakers ont un problème avec Kasia Niewiadoma.

Elle s’était trompée sur un seul point, et c’était en sa défaveur : elle avait prévenu qu’elle perdrait du temps sur le contre-la-montre de Dijon. Elle n’y a concédé qu’une minute à ses deux rivales. Le signal était clair. Personne n’a voulu le lire.

Quatre secondes, quatorze mois

Il faut mesurer d’où elle revient.

Sa dernière victoire remontait aux championnats de Pologne de juin 2025. Quatorze mois. Entre-temps, un début de saison 2026 qui promettait — deuxième de l’Omloop Het Nieuwsblad, deuxième des Strade Bianche — puis une chute spectaculaire sur Milan-San Remo le 22 mars, qui a tout arrêté net. Retour, deuxième de l’Amstel Gold Race, troisième de Liège-Bastogne-Liège. Toujours près. Jamais devant.

Ajoutez à cela une réputation encombrante. Elle a gagné le Tour 2024 pour quatre secondes, au terme d’un duel dantesque avec Vollering dans l’Alpe d’Huez — et il s’est toujours trouvé quelqu’un pour rappeler que la Néerlandaise avait chuté cette année-là. Quatre secondes, ça se conteste plus facilement qu’une minute seize.

Alors elle est allée chercher la minute seize. Sur le Ventoux, seule, devant les caméras du monde entier.

À l’arrivée, elle n’a pas parlé de revanche. Elle a raconté qu’en attaquant l’ascension, elle avait tourné la tête vers la droite et aperçu ses parents au bord de la route. Ils étaient venus sans la prévenir. Son père hurlait des encouragements, et il pleurait.

Elle a dédié sa victoire à tous ceux qui l’avaient accompagnée pendant la longue traversée sans succès. Puis elle a ajouté qu’elle ne courait pas après les victoires pour le plaisir de gagner, mais pour la sensation — la joie brute de rouler, comme une gamine.

On a connu des vainqueurs moins fréquentables.

Kerbaol s’accroche, Nice décidera

Chez les Tricolores, la journée n’est pas perdue pour tout le monde. Cédrine Kerbaol signe une septième place d’étape qui vaut de l’or : la Brestoise d’EF pointe désormais sixième du classement général à 4’01 » du maillot jaune. Elle visait le podium avant le départ. Il reste loin, mais elle est là où il faut être, et elle n’a pas cédé sur la seule vraie arrivée au sommet de l’épreuve.

Car tout n’est pas joué, loin de là. Samedi, Sisteron-Nice sur 175 kilomètres, la plus longue étape, taillée pour les puncheuses et sans doute trop tendre pour bouleverser la hiérarchie. Et dimanche, la trouvaille des organisateurs : 99 kilomètres autour de Nice avec quatre ascensions du Col d’Èze par deux versants différents, le dernier passage sur six kilomètres à 7,7 % avant de plonger vers l’arrivée.

Quinze secondes d’avance sur Vollering. Autant dire rien. Sur un terrain de grimpeuse-puncheuse qui convient parfaitement à la Polonaise, mais où la Néerlandaise n’aura plus aucune raison de calculer.

Niewiadoma l’a dit elle-même : la bataille sera rude entre elles toutes.

C’est très exactement ce qu’on lui demande.

YV

Photo ; ASO

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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