C’est l’une des croyances les mieux ancrées du monde du travail français, et elle est fausse : 62 % des salariés pensent que le burn-out est reconnu comme maladie professionnelle, un quart le croyant même inscrit dans un tableau officiel. Il n’y figure nulle part, et son indemnisation relève du parcours du combattant. C’est l’un des enseignements d’une enquête menée fin août auprès de 3 916 personnes — 2 801 salariés et 1 115 dirigeants, DRH et représentants du personnel — sur la perception de l’épuisement professionnel en France. Les dirigeants sont mieux informés que leurs équipes : 39 % savent que le burn-out n’est pas reconnu, contre 23 % des salariés seulement.
87 % des salariés pour la reconnaissance en maladie professionnelle
La demande de reconnaissance, elle, est massive : 87 % des salariés veulent que le burn-out soit reconnu comme maladie professionnelle, et près de la moitié (46 %) réclament son inscription pure et simple dans les tableaux officiels. Les dirigeants adhèrent aussi, mais avec une réserve marquée : 49 % conditionnent la reconnaissance à un lien clairement établi avec le travail, et ils sont 5 fois plus nombreux que les salariés à redouter les abus et la fraude (15 % contre 3 %).
Sur les réponses apportées par les entreprises, le fossé entre les 2 populations est béant. 34 % des salariés estiment que leur employeur ne fait tout simplement rien contre l’épuisement ; seuls 6 % des dirigeants partagent ce constat — 6 fois moins. Et quand les entreprises agissent, les salariés les voient d’abord multiplier ateliers bien-être, méditation et soutien psychologique (28 %) plutôt que toucher à la charge, à l’organisation ou au management (17 %). Autrement dit : on apprend aux salariés à encaisser plus souvent qu’on n’allège la pression.
Le vrai coupable désigné : le travail lui-même
Le point de convergence le plus net de l’enquête est ailleurs : 84 % des salariés et 83 % des dirigeants veulent agir sur le travail lui-même — charge, organisation, management, moyens, effectifs — exclusivement ou autant que sur les personnes. Pour 47 % des salariés et 42 % des dirigeants, c’est même la priorité absolue, loin devant l’accompagnement psychologique des individus. La fondatrice du cabinet à l’origine de l’étude, Noémie Guerrin, résume l’enjeu d’une question : « faut-il soigner les gens ou soigner le travail ? »
Car le tabou, lui, reste entier. 68 % des salariés n’oseraient pas parler ouvertement d’un épuisement à leur employeur : un tiers le cacherait purement et simplement, un autre tiers n’en parlerait qu’à demi-mot. Les raisons invoquées : la peur pour l’emploi (45 %) et celle de passer pour fragile ou incompétent (41 %). Plus frappant encore, les dirigeants sont les plus verrouillés de tous : 49 % dissimuleraient leur effondrement, d’abord par crainte de faire fuir clients, salariés ou banquiers (48 %).
Le dirigeant, grand oublié de la protection
L’enquête met aussi en lumière une inégalité méconnue : un salarié dont l’épuisement est reconnu d’origine professionnelle peut être indemnisé ; l’effondrement d’un chef d’entreprise ou d’un indépendant est, lui, juridiquement rangé parmi les accidents de la vie privée. Une situation jugée anormale ou plutôt anormale par 79 % des salariés et 94 % des dirigeants. Le fatalisme du « quand on est à son compte, on assume » ne convainc presque personne : 6 % des salariés, 4 % des dirigeants.
La fragilité des patrons est pourtant documentée par l’étude : 60 % se disent incapables de s’arrêter une semaine sans mettre leur activité en danger, 19 % avouent n’avoir personne vers qui se tourner en cas de détresse psychologique — plus du double des salariés. Et la principale porte de sortie existante reste ignorée : depuis la loi du 2 août 2021, indépendants et chefs d’entreprise peuvent bénéficier d’un suivi par la médecine du travail, ce que 79 % d’entre eux ignorent complètement. À peine 6 % y ont recours.
Un rapport parlementaire enterré dans l’indifférence
Dernier enseignement, politique celui-là : le 8 juillet 2026, un rapport parlementaire sur la souffrance au travail — 5 mois de travaux, 45 auditions — a été rejeté en bloc, ce qui interdit sa publication et tout débat public. Près de 2 tiers des répondants jugent l’épisode problématique, et environ un sur deux (46 % des salariés, 49 % des dirigeants) estime qu’un travail parlementaire de cette ampleur ne devrait jamais pouvoir être enterré. Détail révélateur du silence médiatique entourant l’affaire : 35 % des salariés ont découvert son existence en répondant au questionnaire.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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