Quand un internaute pose une question à ChatGPT, Claude, Gemini ou Grok, le robot ne se contente plus de puiser dans sa mémoire : il va chercher des pages sur le web et construit sa réponse à partir de ce qu’il y lit. Encore faut-il savoir qui a écrit ces pages. Une étude publiée le 11 septembre 2026 par une société française spécialisée dans la détection de textes artificiels apporte une réponse dérangeante : dans plus de la moitié des cas, la source citée par l’IA a elle-même été rédigée par une IA.
Le protocole est simple. 1 000 questions en français, figées à l’avance, ont été posées aux 4 grands moteurs conversationnels avec leur recherche web activée. Elles couvraient 9 univers marchands — achat grand public, finance, santé, logiciels professionnels, voyage, juridique, formation, immobilier, automobile — plus un groupe témoin de questions d’histoire et de sciences. Au total : 4 000 réponses, 16 690 citations, et 5 991 pages en français publiées depuis 2023 passées au détecteur.
Résultat : 52,3 % des citations mènent à une page classée comme générée par une IA, et 68,9 % à une page qui n’est pas entièrement humaine.
De 6,7 % en 2023 à 59,4 % en 2026
La progression est fulgurante. Parmi les pages citées publiées en 2023, l’année qui a suivi la sortie de ChatGPT, 6,7 % seulement étaient classées comme artificielles. La proportion double en 2024, double encore en 2025, et atteint 59,4 % pour les pages de 2026. En 2 ans, le web francophone que lisent les machines a basculé : 3 pages sur 4 étaient humaines en 2023, il n’en reste qu’1 sur 4.
Détail révélateur, la part des pages « mixtes » — celles où un rédacteur humain s’aide d’un modèle sans tout lui déléguer — reste stable, entre 15 et 19 % sur toute la période. Ce n’est donc pas l’écriture assistée qui progresse, mais le texte intégralement fabriqué par la machine, qui grignote directement le terrain du texte humain.
Le secteur public, seul îlot épargné
Tous les secteurs marchands sont touchés, dans un mouchoir de poche : l’immobilier arrive en tête (60,6 % de pages classées IA), devant l’achat grand public (57,6 %) et l’automobile (55,4 %). La santé (45,8 %) et la finance (47 %) font à peine mieux. Aucun secteur commercial ne descend sous les 45 %.
Un seul univers fait exception : sur les 474 pages de sites publics analysées — service-public.fr, ameli.fr et les sites en .gouv.fr —, aucune n’a été classée comme générée par une IA. Les questions sans enjeu commercial, portant sur l’histoire ou les sciences, s’en sortent également mieux, avec environ 1 page artificielle sur 4.
Autre enseignement : les petits sites sont les plus contaminés. Sur les 2 840 domaines du corpus, ceux qui n’apparaissent qu’une seule fois affichent 62,7 % de contenus générés, contre 13 % pour les domaines les plus cités, comme les grands médias ou les sites institutionnels. Et aucune façon de formuler sa question ne protège l’internaute : qu’il demande « quel est le meilleur ? » ou « est-ce fiable ? », la proportion de sources artificielles reste comprise entre 49,8 et 57 %.
Un serpent qui se mord la queue
Les auteurs de l’étude pointent eux-mêmes les limites de l’exercice : environ 10 % des pages citées bloquent les robots d’aspiration et n’ont pu être analysées, ce qui conduirait à surestimer le phénomène d’environ 4 points ; et un détecteur d’IA rend un verdict, pas une preuve — aucune page n’a été vérifiée auprès de son auteur. L’étude ne porte par ailleurs que sur le français.
Reste le fond du problème, que l’étude résume sans détour : un moteur qui cite une page écrite par un autre moteur produit une réponse dont la source est elle aussi une machine. Pour le lecteur, une réponse « sourcée » n’est plus une réponse vérifiée. La société annonce qu’elle répétera la mesure sur le même jeu de questions pour suivre l’évolution du phénomène.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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