Tour de France femmes 2026. Marlen Reusser, docteure ès chronomètre

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Il y a des métiers qu’on n’exerce jamais tout à fait par hasard. Marlen Reusser a passé six ans à étudier la médecine avant de monter sérieusement sur un vélo, et il faut croire que ça laisse des traces : personne dans le peloton féminin ne dissèque un contre-la-montre avec cette froideur clinique.

Mardi, entre Gevrey-Chambertin et Dijon, la Bernoise a mis 27 minutes et 30 secondes à parcourir 21 kilomètres de côtes-de-nuits. C’est sa 19e victoire en carrière dans l’exercice. C’est aussi la première fois qu’une championne du monde du chrono s’impose sur le Tour de France Femmes, et la première fois qu’une Suissesse en porte le maillot jaune. Deux cases cochées d’un coup de pédale, ce qui, à 34 ans, relève de la bonne gestion de patrimoine.

Quatre secondes et une Néerlandaise inconnue

On aurait pu s’ennuyer. On a failli.

Reusser partait en dernière, maillot arc-en-ciel sur le dos, avec le statut de favorite absolue et un parcours dessiné pour ses cuisses. Sauf qu’à l’heure des comptes, il n’y avait que 4 secondes entre elle et Lieke Nooijen — une Néerlandaise de Visma-Lease a Bike dont on n’attendait rien de particulier et qui a passé l’après-midi sur la chaise du leader à regarder les autres échouer.

Quatre secondes sur 21 kilomètres. À ce niveau-là, ce n’est plus une marge, c’est une politesse.

Derrière, Demi Vollering a limité la casse avec le panache de celles qui savent compter : troisième à 18 secondes, en ayant choisi un braquet monstrueux qui l’a obligée à s’arracher dans les lacets de Marsannay, ces 2 kilomètres à 6,7 % plantés au milieu du parcours comme un péage. Elle en ressort deuxième du général, à 14 secondes. Autant dire rien.

Sa formule d’après-course résume l’état d’esprit du peloton : dans un monde normal, disait Reusser en souriant, les autres vont vouloir renverser la situation.

La chute de PFP

Il faut maintenant parler de ce qui a fait tourner les têtes dans les voitures suiveuses.

Pauline Ferrand-Prévôt a mis 29 minutes et 43 secondes. Trente-quatrième. Deux minutes et quinze secondes de retard, et la sortie du top 10 du général pour la tenante du titre. Au point intermédiaire, au sommet des Lacets, elle comptait déjà 1’21 » de retard — sur un profil qui aurait dû lui convenir.

Elle n’a pas cherché d’échappatoire : pas d’excuse, elle était simplement moins forte. Après les signes de fêlure aperçus la veille dans la côte de Chaux-Champagny, la question n’est plus de savoir si elle va bien. Elle est de savoir ce qu’il reste, et le Ventoux se chargera de répondre vendredi.

Signalons aussi la sortie de scène de Sigrid Haugset. La Norvégienne avait cannibalisé la veille en s’échappant 88 kilomètres seule ; elle a rendu son maillot jaune à 3’06 », ce qui est la juste facture d’un tel excès. On ne fait pas deux fois le même miracle en 24 heures.

Le long chemin de l’étiquette

Reusser a longtemps été rangée dans une case, et la case était petite : rouleuse. Bonne contre la montre, inutile ailleurs.

Ce n’était pas complètement faux, et c’était surtout la conséquence d’un rôle. Chez SD Worx, elle a passé des saisons à porter les bidons de Vollering et de Kopecky, avec pour consigne d’économiser ses jambes. Elle en garde une anecdote qu’elle raconte avec délectation : la veille de son triomphe au chrono de Pau, en 2023, elle avait fini 88e au sommet du Tourmalet, à 25 minutes et 58 secondes de sa leader. J’attaquais le pied en tête et je finissais dernière en haut, résume-t-elle.

Le passage chez Movistar l’an dernier a tout changé. L’équipe cherchait quelqu’un pour succéder à Annemiek van Vleuten ; elle y a trouvé une leader qui a aussitôt aligné deux deuxièmes places au général, sur la Vuelta puis sur le Giro. À 1,80 m, elle est descendue sous les 70 kilos — un processus qu’elle décrit comme naturel, en accord avec son corps, et non comme une privation.

Et pour l’accompagner, elle dispose d’un entraîneur qui connaît la manœuvre par cœur : Hendrik Werner, également son compagnon, celui qui a transformé Tom Dumoulin de spécialiste du chrono en vainqueur du Giro 2017 puis en dauphin du Tour 2018. Après le dernier stage d’altitude en Andorre, il assure que les watts sont là pour un podium — en ajoutant que le Tour ne se réduit pas à des chiffres.

La collectionneuse de fractures

Reste une inconnue, et elle est charnelle.

Marlen Reusser tombe. Beaucoup. En avril, au Tour des Flandres, avant le Koppenberg : deux vertèbres lombaires fracturées. En 2024, sur le même Ronde : huit dents cassées, la mâchoire touchée, les deux conduits auditifs endommagés. L’an dernier, sur ce même Tour de France, elle avait abandonné dès la première étape, en Bretagne, l’estomac vidé, au moment précis où elle endossait enfin le rôle de leader.

Elle reconnaît que tenir la concentration pendant une course par étapes lui coûte énormément, que c’est épuisant. C’est le genre d’aveu qu’on n’entend pas souvent chez ceux qui gagnent.

Kerbaol, la Brestoise en embuscade

Troisième du général à 54 secondes, Cédrine Kerbaol est la seule Française du top 10 du chrono, septième du jour.

Elle a 25 ans, elle a passé l’hiver à ruminer. L’an dernier, une chute dans la dernière bosse du dernier jour l’avait fait dégringoler de la 5e à la 8e place. Ça l’a rongée, dit-elle, et elle s’est dépouillée à l’entraînement pour arriver dans la meilleure forme possible.

Interrogée sur son statut, elle a eu cette réponse qui vaut programme : elle ne sait pas si elle fait partie des dix grandes dames de ce Tour, mais c’est le but. Les prochaines étapes lui conviennent. On la surveillera de près en Bretagne.

Ce qui vient

Le décor change dès aujourd’hui avec le Mont Brouilly. Vendredi, le Mont Ventoux. Dimanche, l’arrivée à Nice.

Reusser compte 14 secondes d’avance sur Vollering et plus d’une minute sur toutes les autres. Interrogée sur ses chances de conserver le maillot jusqu’au bout, elle a simplement répondu qu’elle croyait que c’était possible.

Venant d’une femme qui a mis dix ans à convaincre qu’elle savait aussi grimper, la formule mérite qu’on la prenne au sérieux.

L’étape des murs

Le décor change dès ce mercredi, et brutalement. 140 kilomètres entre Mâcon et Belleville-en-Beaujolais, 2 850 mètres de dénivelé, 8 difficultés répertoriées. Marion Rousse, directrice de l’épreuve, l’a baptisée l’étape des murs.

Ça commence sans échauffement : la côte de Cenves (9,6 km à 4,4 %) se dresse dès la sortie de Mâcon, suivie sur 65 kilomètres par cinq autres ascensions — col de la Croix de l’Orme, côte de Saint-Christophe, col de Fontmartin, col de Gerbet, col de Pruzilly. Vingt-cinq kilomètres de répit, puis le col de Durbize (3,6 km à 5,8 %) et le mont Brouilly (3 km à 7,7 %), ce dernier basculant à une dizaine de kilomètres de la ligne.

Audrey Cordon-Ragot, double championne de France sur route, est catégorique : c’est plus dur que l’étape du Ventoux, parce que ça monte et ça descend toute la journée sur des routes de campagne étroites, avec des descentes accidentées, tortueuses et techniques. Elle connaît le terrain pour avoir roulé une partie du tracé emprunté par les hommes en 2023, quand Ion Izagirre avait gagné depuis l’échappée. Son pronostic : une bagarre monumentale pour la sortie du matin, tellement de candidates que l’échappée mettra du temps à se dessiner, et une arrivée jouée soit entre leaders du général, soit par des baroudeuses de haut niveau. C’est aussi, selon elle, l’étape où il y a le plus de points à prendre pour le maillot de meilleure grimpeuse.

Le mont Brouilly, régulièrement emprunté sur Paris-Nice, est le juge de paix. Un mur étroit, avec des ruptures de pente, où le placement fera tout. Marion Rousse est claire : celle qui creusera un écart dans la montée ne sera pas reprise avant la ligne, la descente qui suit étant technique.

Autrement dit, une étape piège pour les mauvaises descendeuses — et une occasion pour celles qui ont perdu du temps hier. Pauline Ferrand-Prévôt en fait partie.

Départ à 13h45 de Mâcon, arrivée estimée entre 17h41 et 17h53 à Belleville-en-Beaujolais. Retransmission sur France 2 et Eurosport à partir de 13h35.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “Tour de France femmes 2026. Marlen Reusser, docteure ès chronomètre”

  1. Brunrouge dit :

    Les guerrières de la route dont certaines sont en plus très jolies. Des leçons de volonté, de travail, d’endurance à la douleur, en résumé des femmes.

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