Pétrole à plus de 100 dollars : de Djakarta à Lisbonne, la colère de la rue s’étend

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Des motos poussées à bras d’homme vers des stations à sec en Indonésie, des pneus en feu sur les routes syriennes, des cortèges de klaxons sur le pont du 25-Avril à Lisbonne. Depuis que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a propulsé le baril au-delà des 100 dollars, la hausse des prix de l’énergie met la rue en ébullition sur 3 continents. Le New York Times a dressé le 15 septembre un état des lieux de ces points chauds, dont le tableau d’ensemble est sombre : partout, les gouvernements hésitent entre répercuter la hausse sur des populations à cran ou creuser une dette publique déjà lourde pour maintenir les subventions.

De Makassar à Dacca, l’Asie au bord de l’asphyxie

L’Asie en développement, très dépendante du pétrole du Moyen-Orient, encaisse le choc de plein fouet. À Makassar, dans le sud de l’île de Sulawesi, les habitants font face à des pénuries de gaz de cuisine, des coupures d’électricité tournantes et un rationnement de l’essence organisé selon les plaques d’immatriculation paires et impaires — un système contre lequel les chauffeurs de taxi ont manifesté lundi. À Yogyakarta, sur l’île de Java, des rassemblements étudiants contre la hausse des carburants ont été dispersés par des organisations pro-gouvernementales. Djakarta, qui avait bâti son budget sur un baril à 70 dollars, envisage désormais de couper l’accès au carburant subventionné pour les ménages aisés, tandis que la dette publique s’envole.

Aux Philippines, les pêcheurs de la baie de Manille, qui espéraient reprendre la mer après des semaines de mousson, restent au port faute de pouvoir payer le gazole. « Cette nouvelle série de hausses est en train de nous étrangler à mort », résume Fernando Hicap, président d’une grande association de pêcheurs. Les chauffeurs de bus et de VTC manifestent à Quezon City ou cessent simplement de travailler : selon le dirigeant d’une organisation regroupant 70 000 chauffeurs et propriétaires de bus, 15 à 18 heures de travail quotidien ne paient plus qu’un seul repas. L’aide gouvernementale — un versement unique d’environ 80 dollars — est jugée dérisoire. Au Vietnam voisin, les chauffeurs de l’application Grab ont appelé au boycott ce week-end pour protester contre des rémunérations rognées par le carburant.

Le Bangladesh, qui importe plus de 90 % de son pétrole, essentiellement du Moyen-Orient, voit son industrie textile — moteur de l’économie nationale — tourner au ralenti : les pénuries de gaz naturel liquéfié imposent des coupures d’électricité 4 à 5 fois par jour dans les usines de Gazipur, et des fermetures temporaires se multiplient. Au Sri Lanka, où l’État fixe les prix chaque mois, les distributeurs restreignent l’approvisionnement des stations en attendant la hausse qu’ils jugent inévitable, car ils vendent à perte. Le ministre de l’Énergie étudie une augmentation des tarifs officiels assortie de subventions, dans un pays dont le ratio dette/PIB figure déjà parmi les plus élevés du monde en développement.

Guatemala : des voitures incendiées aux portes de la capitale

En Amérique latine, les agriculteurs, gros consommateurs de gazole pour leurs tracteurs, sont en première ligne. Au Guatemala, transporteurs et militants indigènes ont défilé dans la capitale pour exiger davantage que des mesures d’urgence : suspension des taxes sur les carburants, voire sortie des énergies fossiles, perçues comme une rente pour les élites. Quelques jours après une marche massive à Guatemala City, des voitures ont été incendiées dans les rues de Villa Nueva, au sud de la capitale.

Au Portugal, les « buzinões » paralysent Lisbonne

L’Europe du Sud n’est pas épargnée. Le gazole a atteint au Portugal un record de plus de 9 dollars le gallon, soit environ 2,40 dollars le litre. Organisés sur les réseaux sociaux, les automobilistes ont multiplié la semaine dernière les « buzinões » — des cortèges roulant au pas en klaxonnant — qui ont paralysé plusieurs axes majeurs, dont le pont du 25-Avril à Lisbonne. Un convoi a également bloqué les accès routiers proches de la grande raffinerie de Sines. Pour la sociologue Naomi Hossain, de l’université de Londres, cette inflation incontrôlée pousse les électeurs vers la droite : les gouvernements centristes se montrent incapables de protéger les populations contre ces chocs, et l’absence d’alternative crédible à gauche alimente les courants populistes.

Syrie : des hausses allant jusqu’à 40 % d’un coup

En Syrie, l’annonce d’une hausse temporaire pouvant atteindre 40 % sur l’essence, le gazole et les autres produits pétroliers a jeté la population dans la rue en quelques heures : places occupées, axes bloqués, pneus enflammés dans plusieurs villes. Un homme a menacé de s’immoler avant d’en être empêché par la foule. Le gouvernement affirme n’avoir pas eu d’autre choix, la guerre ayant fait exploser ses coûts d’approvisionnement.

Subventionner ou laisser flamber, le dilemme des États

Derrière ces scènes se pose partout la même question : vaut-il mieux répercuter les hausses sur des populations inflammables, au risque d’accélérer l’inflation, ou gonfler subventions et aides, au prix d’une dette accrue et d’une possible déstabilisation des monnaies nationales ? Sana Jaffrey, chercheuse à l’Université nationale australienne, s’interroge sur la capacité budgétaire réelle du monde en développement à absorber cette crise géopolitique — et prévient que son épuisement finira par se répercuter sur les marchés financiers mondiaux, donc sur tout le monde. Le répit n’est pas en vue : Goldman Sachs anticipe un Brent au-delà des 120 dollars au 4e trimestre si les perturbations dans le détroit d’Ormuz persistent.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “Pétrole à plus de 100 dollars : de Djakarta à Lisbonne, la colère de la rue s’étend”

  1. Hadrien Lemur dit :

    Et pendant ce temps là, la Libye, l’Iran ou le Venezuela affichent des prix à la pompe de l’ordre de moins de 0.5 $ le litre. Pour l’Iran c’est à part mais pour les autres et bien qu’ils soient producteurs on peut se poser des questions. Et pour l’éthanol de nos stations, les betteraves transitent par le détroit d’Ormuz peut-être ?

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