Les Gaulois n’étaient décidément pas les barbares chevelus de l’imagerie scolaire. Les fouilles menées cet été sur l’oppidum de Corent (Puy-de-Dôme), à une demi-heure au sud de Clermont-Ferrand, viennent d’en apporter une nouvelle preuve éclatante : l’archéologue Matthieu Poux, qui explore le site depuis 25 ans, estime y avoir découvert ce qui pourrait être le plus grand atelier monétaire connu — non seulement de l’Europe celtique, mais de l’ensemble du monde antique. Un établissement où, dans les décennies précédant la guerre des Gaules (58-51 avant notre ère), les Arvernes auraient frappé leurs statères d’or et d’argent, ces monnaies abondamment diffusées à travers la Gaule.
Un bâtiment de pierre aux allures méditerranéennes
Sur environ 500 m2, les équipes du spécialiste du monde gallo-romain de l’université Lyon-II — une centaine d’étudiants et de bénévoles qui ont affronté tour à tour canicules et pluies diluviennes — ont dégagé les vestiges d’un édifice hors norme : un mur épais de 1 à 2 mètres, long d’au moins 40 mètres, percé d’un passage étroit et bordé d’un alignement de petites cellules équipées de foyers ou de fours, et alimentées en eau. Le bâtiment prolonge un atelier spécialisé dans les monnaies de bronze exhumé en 2024 — mais quand celui-ci présentait une structure en bois typiquement gauloise, le nouvel édifice est bâti en pierre, dans une facture qui évoque l’architecture méditerranéenne.
Détail révélateur : contrairement à 2024, où ratés de fabrication et chapelets de flans inachevés abondaient, pas le moindre rebut métallique cette année — seulement quelques paillettes d’or et d’argent accrochées aux outils retrouvés, petites enclumes, ciselets et marteaux. Tout indique un établissement au contrôle draconien, où pas une once de métal précieux ne devait se perdre — au point que l’archéologue imagine qu’on fouillait les poches des ouvriers chaque soir.
Le disque de plomb qui trahit la frappe de l’or
La pièce maîtresse de la campagne est un disque monétaire en plomb portant l’empreinte de 2 poinçons d’une variante de statère bien connue en territoire arverne, dite « à l’aurige et roues quadripartites » : sous grossissement s’y devinent une échine de cheval, un cavalier et un début de roue de char, et au revers une tête bouclée stylisée figurant l’autorité émettrice. Or ces motifs ne se rencontrent que sur les monnaies d’or et d’argent de l’époque — la preuve recherchée que Corent ne se contentait pas du bronze local.
Selon la numismate Katherine Gruel (CNRS-ENS), qui a participé aux fouilles, ce type de disque — dont un seul autre exemplaire gaulois est connu, trouvé à Grenoble — servait à tester l’efficacité de la frappe et à faire valider l’effigie par le commanditaire avant de lancer la production. Les empreintes du disque de Corent ont ensuite été défigurées au burin, pour interdire tout moulage frauduleux : la lutte anti-fausse monnaie ne date pas d’hier. Autres témoins du professionnalisme des artisans : un rare petit poinçon de bronze où se devine un visage stylisé, et des pierres polies dont l’usure suggère que chaque pièce était arasée en fin de chaîne pour faire le juste poids. La présence de nombreux silex — utilisables, mélangés à du sel, pour séparer l’or de l’argent dans l’électrum — laisse même penser que le site maîtrisait toute la chaîne, du minerai brut au produit fini.
Corent, capitale de Vercingétorix ?
Au-delà de la prouesse technique, la découverte pèse dans un vieux débat entre archéologues : celui du statut respectif de Corent, de Gergovie et de Gondole avant la conquête romaine. Matthieu Poux en est convaincu de longue date : c’est Corent, avec son vaste sanctuaire, son quartier artisanal, sa place publique et son hémicycle d’assemblée, qui était la véritable capitale des Arvernes — et non Gergovie, distante de 7 kilomètres, où Vercingétorix infligea sa fameuse défaite à César en 52 avant notre ère, quelques mois avant Alésia. Le chef gaulois aurait précisément vidé sa capitale pour concentrer ses forces à Gergovie et éviter que le Romain ne fasse main basse sur ses richesses, comme il l’avait fait à Bourges. Découvrir qu’on battait monnaie précieuse à Corent renforcerait singulièrement la thèse. Après la victoire romaine, les 2 oppidums s’effaceront au profit d’Augustonemetum, la future Clermont-Ferrand.
L’enquête ne fait que commencer — et elle a un coût. Le site a été recouvert pour le protéger des pilleurs jusqu’à la prochaine campagne, et l’équipe cherche des fonds : entre 50 000 et 60 000 € pour analyser correctement les trouvailles de cet été, et au moins autant pour poursuivre les fouilles sur une autre zone du plateau à l’été 2027, en complément des financements de l’État et du département, propriétaire du parc archéologique de Corent — ouvert gratuitement au public. Avis aux mécènes épris de nos racines celtiques.
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.