Le FLNC-UC aura réussi son coup en plaçant la Corse au centre du débat public en ce début de mois d’août. La réalité locale ne plaide cependant pas en faveur de l’organisation clandestine.
D’une part, cette conférence de presse virile arrive à quelques jours (8 & 9 août) des Ghjurnate Internaziunale di Corti qui permet à Nazione, la branche légale « soeur » du FLNC-UC de faire sa rentrée politique. Avec un tel ramdam, Nazione sait désormais qu’elle aura la foule des journalistes français et internationaux à son évènement, guettant la moindre déclaration d’un responsable nationaliste voire l’apparition d’hommes cagoulés garant d’une bonne photo à envoyer à la rédaction. Or, sans cette conférence de presse opportune des clandestins, les Ghjurnate n’auraient pas attiré grand monde cette année. A part quelques Armoricains en vadrouille puisque l’indépendantisme breton sera représenté, cette année encore, par Douar & Frankiz, l’une des branches les plus intéressantes du nationalisme breton de gauche.
Coincé entre le Simeonisme et Core in Fronte
Manque de public initialement prévu car Nazione est en crise. Le parti a perdu une grande partie de son influence et de ses militants au profit des autonomistes d’un côté et du parti nationaliste plus à gauche et plus actif Core in Fronte de l’autre, parti dont le triomphe de Paul-Félix Benedetti aux dernières élections municipales à Sartène a montré le leadership dans le camp radical et donné une sérieuse claque à Nazione.
Or, de son côté, le parti continue de se déchirer. En juillet, Josepha Giacometti-Piredda, élue à l’Assemblée de Corse, a annoncé son retrait des instances de Nazione suite à des différents sur la stratégie électorale (y aller seuls en entre indépendantistes ou s’allier avec des autonomistes), sur le plan d’autonomie (le rejet virulent du plan par le FLNC est la réponse ferme et définitive de l’organisation clandestine à cette question qui aura provoqué bien des discussions au sein de Nazione) mais également sur la présence et l’influence au sein du Parti de personnages controversés.
…et l’on reparle de « dérive mafieuse »
Cette question remet en pleine lumière un problème intrinsèque à Nazione : son rapport avec le milieu criminel et sa propension aux « petits arrangements » avec la pureté révolutionnaire requise. Nées des amitiés de prison notamment autour du clan Pieri (« Le Vieux »), le mélange des genres à toujours survolé cette branche du nationalisme corse qui a du mal à se dépêtrer de certaines porosités…tout en dénonçant publiquement mafia et trafic de drogue par ailleurs !
La dernière vidéo du FLNC-UC ne devrait pas faire taire les suspicions à ce sujet car le groupe clandestin s’en prend, sans les nommer, aux collectifs anti-mafia qui sont nés sur l’île depuis quelques années et demandent la mise en place d’une justice d’exception pour les criminels arrêtés et condamnés. Cette allusion à peine voilée a été remarquée par tous les observateurs attentifs de la vie insulaire.
Mais qui sont les « envahisseurs non-corses » ?
Un autre sujet polémique né de cette conférence de presse clandestine est la phrase sur les « envahisseurs non-corses » dont « une grande majorité de Français » appelés à « rester chez eux ». Cette phrase a un avantage certain : chaque branche du nationalisme radical comprendra ce qu’il souhaite y comprendre. La bonne vieille rhétorique anti-française du « colon fora » est respectée et les nationalistes qui commencent à trouver que les étrangers hors-gaulois sont de plus en plus nombreux y trouveront également une éventuelle petite allusion.
L’ambigüité de la phrase montre surtout l’embarrassement du mouvement national corse traditionnellement d’essence tiers-mondiste et anti-colonial (n’oublions pas que le nom FLNC est une référence directe au FLN algérien des années 50-60) face à l’immigration extra-européenne qui commence à devenir un sujet brûlant sur l’île. Le couple FLNC/Nazione a bien remarqué la montée en puissance des identitaires de Palatinu et les scores stratosphériques de Marine Le Pen et du RN dans la plupart des communes et circonscriptions. Lors des dernières législatives, le RN était tout de même au second tour dans les quatre circonscriptions ! Et cette adhésion au discours RN n’est pas, en Corse, corollé à l’amour du drapeau bleu-blanc-rouge et à la « France Rose » (l’ancien empire colonial sur les cartes anciennes) chère à Jean-Marie Le Pen, mais bien à un autre ressort.
Face à cette nouvelle donne, le FLNC, par sa phrase-choc, a voulu montrer qu’il a cette notion d’immigration en tête et que le « communauté de destin » pouvait rester dans les poubelles des 80’s même si les chiens de garde de la gauche nationalo-tiers-mondiste voulaient surtout conserver la vieille ritournelle anti-« gauloise » de peur d’ouvrir la boîte de Pandore.
Malin mais pas sûr que cela suffise pour faire rentrer de nouveaux soldats au FLNC. Les autonomistes sont solidement installés au pouvoir sur l’île et le fameux plan d’autonomie issu des discussions de Beauvau rejeté par le FLNC est surtout dépendant des prochaines élections présidentielles. Et puis Nazione n’a toujours pas résolu ses problèmes internes et sa perte de vitesse face aux autonomistes et à Core in Fronte.
En attendant, cette conférence de presse sert surtout au mouvement à remobiliser les troupes en recyclant les vieux 45T de l’indépendantisme corse qui peine un peu à se renouveler.
Il ne faudrait cependant pas que la classe politique hexagonale et surtout les instances décisionnelles parisiennes se détournent de la « question corse » avec le mépris dont elles sont coutumières. Car la question corse renaîtra toujours et, parfois de façon très violente, si elle n’est pas traitée avec l’intelligence qui prévaut notamment en ce qui concerne la langue, le logement et l’immigration, qu’elle soit française ou non.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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