« Il n’y a pas plus d’immigrés en France que dans les années 1960 », « l’immigration n’augmente plus depuis un siècle », « la France a toujours été une terre d’accueil »… Ces affirmations sont légion dans le débat public. Répétées à l’envi, elles finissent par s’imposer et façonner l’opinion. Pourtant, les données de l’Insee dessinent une réalité bien différente. Si le mensonge prend l’ascenseur quand la vérité prend l’escalier, l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) presse le pas pour rétablir les faits.
Qu’est-ce que l’Observatoire de l’immigration et de la démographie ?
Fondé en 2020, l’OID est un laboratoire d’idées français spécialisé dans l’analyse des dynamiques migratoires à partir des données statistiques officielles. Cet organisme associatif est dirigé par Nicolas Pouvreau-Monti, diplômé de Sciences Po et ancien consultant pour le ministère de l’Intérieur. À travers ses études et ses notes de synthèse, l’OID ambitionne d’apporter une « vision rationnelle et dépassionnée » à un débat public souvent polarisé. Avec plus d’une quarantaine d’études à son actif, ses travaux ont alimenté une dizaine de rapports parlementaires. L’organisation a également signé un ouvrage de référence : Immigration, mythes et réalités (Éditions Fayard, avril 2026).
Pour appuyer ses thèses, l’OID compile et réorganise les données d’organismes de référence comme l’INSEE, l’INED ou les différents ministères. L’association mise sur des visuels explicites et des formats courts pour maximiser l’impact de ses messages auprès du grand public. Ses derniers chiffres clés interpellent :
« La population immigrée présente en France a augmenté de 80% depuis l’an 2000
Cela représente 8 millions de personnes nées étrangères à l’étranger et vivant en France.
PublicitéLa France compte également 8 millions d’enfants d’immigrés (la « deuxième génération »).En tout, près d’un quart des habitants – 16 millions de personnes – sont immigrés ou enfants d’immigré.
Les origines des immigrés présents en France changent également, passant de 2/3 d’européens dans les années 1960 à 2/3 extra-européens aujourd’hui. »
Trois scénarios pour la France de 2100
Sa dernière étude, intitulée Les scenarios démographiques de la France au XXIè siècle, analyse les mutations à long terme du peuplement français à l’horizon 2100. Les auteurs évaluent l’impact des flux d’entrées et des taux de fécondité sur la composition future de la population, tout en précisant avoir retenu « des hypothèses méthodologiques prudentes, pouvant conduire à minorer les perspectives réelles d’évolution ». Le rapport dégage trois trajectoires distinctes, qui dépendront directement des choix politiques de régulation :
• Dans un scénario « haut », qui se dessine si l’immigration poursuit sa dynamique : (350 000 entrées permanentes par an. Il s’agit d’une estimation correspondant à la poursuite des dynamiques migratoires engagées en France, marquées par des niveaux d’arrivées historiquement élevés et une tendance haussière dessinée depuis 25 ans)
➢ Les personnes d’origine extra-européenne deviennent majoritaires dans les naissances peu après 2040 ;
➢ Elles deviennent majoritaires dans la population totale au milieu des années 2070 ;
➢ Les personnes sans ascendance migratoire deviennent minoritaires vers 2050.• Dans un scénario « intermédiaire », marqué par une baisse modérée de l’immigration : (250 000 entrées permanentes par an. Estimation correspondant à une baisse modérée des nouveaux flux migratoires, au regard des éléments partagés plus haut dans l’étude. En ne se fondant que sur l’immigration légale, l’OCDE comptabilisait déjà autour de 300 000 entrées permanentes en 2024).
➢ Les personnes d’origine extra-européenne deviennent majoritaires dans les naissances peu après 2050 ;
➢ Elles deviennent majoritaires dans la population totale autour de l’année 2090
➢ Les personnes sans ascendance migratoire deviennent minoritaires vers 2060.• Dans un scénario « restrictif », où l’immigration non-européenne est fortement limitée : (Immigration extra-européenne divisée par 4 par rapport au scénario intermédiaire. Cette configuration correspondrait à une restriction drastique des flux migratoires extraeuropéens, les flux intra-UE demeurant libres sur le continent).
➢ La part de personnes d’origine extra-européenne progresse jusqu’à environ 30 % de
la population générale, puis se stabilise. Elle demeure minoritaire à long terme.
L’avenir démographique, un choix éminemment politique
En projetant ces trajectoires jusqu’à l’horizon 2100, les travaux de l’OID mettent en lumière une réalité mathématique souvent éludée : la démographie française n’est pas figée, elle dépend de choix structurels profonds. Loin des slogans et des postures idéologiques, ces projections rappellent que l’évolution de la composition de la population n’est pas une fatalité biologique, mais le reflet direct des politiques publiques adoptées aujourd’hui.
L’analyse de l’OID démontre ainsi que l’immobilisme en matière de politique migratoire ou des réformes doucereuses (le scénario intermédiaire) conduiront inévitablement à des mutations majeures du peuplement français d’ici le milieu ou la fin du siècle. À l’inverse, une stabilisation démographique des populations étrangères présentes dans l’Hexagone ne pourrait résulter que d’une rupture politique majeure, nécessitant de redéfinir les équilibres entre souveraineté nationale et engagements européens et internationaux.
Au-delà des polémiques, cette étude pose une question de fond aux décideurs et aux citoyens : quel visage la France souhaite-t-elle se donner pour le siècle à venir ? Le débat est posé, chiffres à l’appui.
Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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