Un décret publié au Journal officiel le 22 août, pris la veille, ouvre la voie à un nouvel abaissement de la prise en charge par l’Assurance maladie des soins dentaires courants. À compter du 1er janvier 2027, la part remboursée par la Sécurité sociale pourra descendre jusqu’à 40%, contre 60% actuellement, la fourchette de participation restant à la charge de l’assuré ou de sa complémentaire étant désormais fixée entre 50% et 60%. Le taux précis reste à déterminer par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie, le gouvernement ayant initialement évoqué en juillet un recul plus mesuré, de 60% à 50%.
Cette réforme s’ajoute à une première baisse déjà opérée en octobre 2023, lorsque la prise en charge des soins dentaires courants était passée de 70% à 60%. Si le taux plancher de 40% était retenu, la couverture publique de ces soins aura ainsi reculé de 30 points en un peu plus de 3 ans — une trajectoire qui, année après année, éloigne un peu plus l’Assurance maladie du financement réel des soins du quotidien, dans un pays qui continue pourtant de compter parmi les plus taxés au monde.
Dentiste, transports sanitaires, médicaments : la liste s’allonge
Le dossier dentaire n’est que la partie la plus visible d’un ensemble de mesures annoncées en juillet par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, présentées comme des économies ciblées. Selon le cabinet du Premier ministre, les transports sanitaires verront leur remboursement passer de 55% à 50%. Les médicaments jugés à service médical rendu faible par la Haute Autorité de santé — Bétadine, Gaviscon, bains de bouche — tomberont à 5% de prise en charge contre 15% aujourd’hui, tandis que ceux à service médical rendu moyen, comme certains laxatifs, passeront de 30% à 15%.
L’ensemble de ces mesures doit permettre à l’Assurance maladie de dégager 1,4 milliard d’euros d’économies, dont 300 millions sur les seuls médicaments. Un montant que le gouvernement présente comme nécessaire à la maîtrise des déficits publics — alors même que la pression fiscale et sociale pesant sur les ménages et les entreprises françaises reste l’une des plus lourdes d’Europe, sans que cela empêche l’État de continuer à rogner, année après année, sur les prestations censées être son contrepartie.
Un transfert de charge vers les mutuelles, et donc vers les ménages
Ces baisses ne se traduisent pas mécaniquement par une hausse immédiate du reste à charge pour les assurés disposant d’une mutuelle responsable, le ticket modérateur étant habituellement pris en charge par leur complémentaire. Mais elles augmentent d’autant la part financée par les organismes complémentaires, qui pourraient être conduits à réviser leurs tarifs. Éric Chenut, président de la Mutualité française, a jugé sur France Inter qu’on ne pouvait pas imaginer des transferts de cette ampleur sans conséquences sur les cotisations. L’association Que Choisir Ensemble avait déjà relevé en avril des augmentations généralisées, parfois très importantes, des tarifs des complémentaires santé, en dépit d’un dispositif de gel prévu pour 2026.
UFC-Que Choisir estime pour sa part que ce transfert vers les complémentaires pourrait renchérir le coût global de la couverture santé, en particulier pour les ménages ne bénéficiant pas de la complémentaire santé solidaire — soit, en creux, les classes moyennes qui financent déjà le système par leurs impôts et cotisations sans bénéficier des dispositifs de solidarité renforcée.
Des protections maintenues pour certains publics, une cure thermale épargnée
Le décret ne remet pas en cause la prise en charge à 100% des soins liés à une affection de longue durée, ni les règles spécifiques applicables aux bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire. Le dispositif « 100% santé » et les rendez-vous de prévention « M’T dents » restent également maintenus. Seul le secteur du thermalisme échappe finalement à un tour de vis pourtant envisagé à l’automne 2025 : les taux de remboursement des cures restent inchangés — 100% pour les curistes en ALD, 65% pour les autres — la revalorisation des tarifs ayant simplement été suspendue en raison du contexte budgétaire, selon le Conseil national des établissements thermaux.
Reste que la fixation du taux définitif pour le dentaire, entre 50% et 40%, déterminera l’ampleur réelle du désengagement de la Sécurité sociale sur ce poste. Une nouvelle étape dans un mouvement de transfert de charges qui, à force de petites coupes annoncées comme ciblées, dessine un système de santé où l’on paie de plus en plus pour, mécaniquement, être de moins en moins couvert.
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