Il était né, tel Moïse, dans une barcasse en paille qui flottait sur ce qui se nommait alors Persikós kólpos. C’était au temps d’Ulysse, le roi d’Ithaque… Depuis on le surnommait « l’étroit » car il n’avait pas l’esprit très vif. De nos jours, dans la période contemporaine, faire le bilan de ce qui le défavorisait ou, au contraire, allait dans le bon sens, relevait de la géopolitique et de l’ancrage aux valeurs des honnêtes gens.
Dans la germination de l’avancée culturelle nouvelle dite de « l’IA », il était de ceux qui bénissaient les dieux réunis de la Silicon Valley et de Skolkovo. Ces savants venaient de créer les nouveaux moyens de copier tout ce que l’univers comptait de créations et de créatures. L’éducation ignorait cependant qu’un scribouillard nommé Flaubert avait inventé, au temps des machines à vapeur, un Dictionnaire des Idées reçues… qui, sans le savoir, relevait d’internet : « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe ». Ledit scribouillard n’avait d’ailleurs pas pu terminé son ouvrage.
« L’ étroit » s’était enflammé tout de suite pour un animal politique sorti tout droit d’un bataillon de migrants. Il avait tout de suite pris parti pour ce « Bison fuité » qui venait heureusement d’échapper à la mort… Mais désormais il avait un peu « viré de bord » devant la platitude de ce « fuité » qui promettait un jour d’effacer la Perse de l’histoire du monde… et le lendemain se rabibochait avec les maudits… ignorant s’ils avaient ou pas leur « bombe atomique ». Finalement, restait le « Bison », perclu d’infantilisme, faisant joujou avec des machines volantes.
Désormais, le problème était de remettre en marche son très court esprit d’analyse. Les propositions des multiples candidats au pouvoir suprême… c’est-à-dire au pouvoir de nommer qui leur plaît au château de Versay ou de présider au destin des bijoux de la couronne de France… cela était débattu durant des après-midis et des soirées entières et le faisait fuir de devant son écran. Il leur préférait les très graves documents sur la zoologie sauvage — en dépit des sous-marinades qui lui déplaisaient tout autant. Il n’avait jamais compris le plaisir d’aller renifler la queue des requins en attendant de leur donner (aux requins) la portion convenu de bras, de jambe ou de breloques pendantes.
Parvenu aux frontières de l’existence, il revoyait les différentes époques qu’il avait vécues… Il en concluait que la pureté c’est comme l’amour, quelque chose « dont il faut avoir envie »… et, comme le dit très justement Jankélévitch, dans un texte paru en 1948, « Tout allait mieux sous l’Occupation », disputant de qui avait collaboré ou pas : « la volonté de pureté, si elle existait, serait notre seule inspiration vraiment nécessaire et suffisante ; et c’est parce que cette volonté n’existe pas que la casuistique hitlérophile a été rendue possible et que, les journalistes ergotant misérablement sur ce qui est, après tout, l’honneur ou le déshonneur de chaque Français, M. Sacha Guitry a pu redevenir un grand homme et Ferdonnet un patriote… » Tout ceci avait trait à une période que la jeunesse ignorait dorénavant, continuant d’admirer le collabo Jean-Sol Partre (ainsi nommé par mon voisin de palier) qui était passé par là, se dédouanant comme il est dit dans « L’Ecume des jours »… enfin presque.
MORASSE
Illustration : DR
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