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C’est une nouvelle qui vient des profondeurs, à 950 mètres sous la surface. Les premiers récifs artificiels immergés en 2025 dans le canyon du Guilvinec, au large du Finistère, sont désormais colonisés par la faune marine, et les coraux qui y avaient été fixés sont toujours vivants. C’est le principal enseignement de la campagne Redecor (REstauration Des CORaux d’eau froide), menée du 30 juillet au 25 août 2026 à bord de L’Atalante, navire de la Flotte océanographique française, et dont l’Ifremer a présenté les résultats ce 9 septembre.
Moins connus que leurs cousins tropicaux, les coraux d’eau froide colonisent les eaux profondes de la marge continentale de l’Atlantique nord-est, notamment au large des côtes françaises. Découverts il y a un siècle, ces habitats fragiles ont été largement dégradés par le chalutage de fond. Leur restauration est d’autant plus stratégique que ces espèces dites « ingénieures » rendent de multiples services : puits naturels de carbone, réservoirs de biodiversité, nurseries pour des poissons commercialement exploités comme la lingue et l’empereur.
L’interdiction du chalutage de fond a stoppé la pression directe sur ces habitats, mais la croissance de ces coraux — quelques millimètres par an — est trop lente pour espérer un rétablissement spontané. D’où le choix de la restauration active, jugée urgente par Marie-Claire Fabri, ingénieure de recherche en écologie benthique profonde à l’Ifremer et co-cheffe de la mission pour le golfe de Gascogne.
Des boutures de corail fixées sur des coquilles d’huîtres
La technique déployée est inédite. Les équipes ont prélevé, grâce au robot sous-marin ROV Ariane, des colonies de 2 espèces de coraux d’eau froide — Lophelia pertusa et Madrepora oculata — à 950 mètres de profondeur. Remontées à bord, elles sont conservées en aquarium dans une eau de mer à 10 °C et dans le noir, pour reproduire leur milieu naturel. Des branches sont ensuite prélevées pour créer des répliques, fixées sur des coquilles d’huîtres imitant leur support naturel, puis réinstallées sur des récifs artificiels immergés à proximité de leur lieu de prélèvement.
Le bilan de la visite de contrôle est encourageant : les coraux immergés en 2025 sont vivants, et les 9 premiers récifs sont colonisés par de nombreuses espèces — oursins, poissons, crabes, crinoïdes. Franck Lartaud, maître de conférences à l’Observatoire océanologique de Banyuls (Sorbonne Université) et co-chef de mission, pointe toutefois une menace : l’acidification des océans liée au changement climatique, qui pourrait priver les coraux des carbonates nécessaires à la construction de leur squelette et les contraindre à migrer. Des prélèvements d’eau à différentes profondeurs ont d’ailleurs été réalisés pour surveiller la composition de l’eau de mer.
23 nouveaux récifs entre le Guilvinec et le banc de Porcupine
En près d’un mois de mission, 23 nouveaux récifs de restauration ont été immergés : 17 en mer Celtique et 6 dans le golfe de Gascogne. Ces cylindres massifs de 80 cm de haut sur 80 cm de diamètre, pesant 600 kilos, sont éco-conçus à partir d’un béton issu de matériel volcanique, à faible empreinte carbone. Leur structure percée de tunnels offre des abris à la faune. Certains ont été équipés de substrats favorisant l’installation des larves (coquilles d’huîtres, plaques de céramique, tuiles), d’autres de fragments de coraux, et 15 ont été immergés nus pour tester l’efficacité du pré-ensemencement.
La mission s’est concentrée sur 2 sites déjà protégés et à fort potentiel : le banc de Porcupine en mer d’Irlande — une première —, où le chalutage est interdit au-delà de 800 mètres de fond, du 31 juillet au 16 août ; puis le canyon du Guilvinec, zone Natura 2000 interdite aux engins traînants, du 16 au 25 août. Trois autres sites du projet, au large du Royaume-Uni, au nord de l’Écosse et au sud de l’Islande, reçoivent les mêmes récifs, ce qui permettra une comparaison à l’échelle de l’Atlantique nord-est. Le bouturage, lui, reste une spécificité française.
La campagne s’inscrit dans le projet européen REDRESS, lancé en 2024 avec 27 partenaires de 15 pays, dans le cadre de la loi européenne sur la restauration de la nature — laquelle impose de restaurer au moins 20 % des zones terrestres et maritimes de l’Union d’ici 2030, et l’ensemble des écosystèmes dégradés d’ici 2050. Anthony Grehan, chercheur à l’Université de Galway et co-chef de mission pour la mer Celtique, qui collabore avec l’Ifremer depuis 25 ans, décrit ces récifs coralliens comme « des oasis en pleine mer » et fixe l’ambition de long terme : reconstituer la ceinture européenne de coraux d’eau froide, dont une partie a aujourd’hui disparu.
Des analyses génétiques pour réimplanter les bonnes lignées
Dernier volet, plus fondamental : des analyses génétiques permettront de mieux connaître la diversité des populations de coraux, qui se reproduisent à la fois par voie clonale et par voie sexuée, et dont plusieurs lignées coexistent en Atlantique nord-est. L’enjeu, souligné par Sophie Arnaud-Haond, chercheuse en écologie évolutive à l’Ifremer et co-cheffe de mission pour la mer Celtique : réintroduire des boutures issues de différentes lignées pour optimiser la diversité et la pérennité des colonies réimplantées, en privilégiant les mieux adaptées.
L’équipe a également prélevé tissus coralliens et sédiments pour traquer d’éventuels contaminants chimiques, et mis à l’eau des lignes de mouillage équipées de capteurs et de pièges à particules pour suivre le dépôt sédimentaire, la courantologie et les contaminations transitant par le canyon sous-marin du Guilvinec.
Les récifs immergés cette année seront revisités en 2027, lors de la troisième campagne Redecor — menée cette fois depuis un navire irlandais. La campagne 2026 a été financée par l’Union européenne via le projet REDRESS, la Flotte océanographique française, l’Ifremer et Sorbonne Université.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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