Une intelligence artificielle capable de découvrir seule des failles inconnues dans des systèmes informatiques durcis, puis de les exploiter sans qu’un humain guide chaque étape : c’est ce qu’OpenAI a mis en circulation jeudi 3 septembre. L’entreprise de San Francisco a lancé GPT-6 Astra, son modèle le plus puissant, accompagné d’un dispositif de surveillance capable d’interrompre une tâche qui sortirait du cadre autorisé.
Le déploiement est progressif. Astra a d’abord été réservé à « un nombre limité d’organisations », en l’occurrence les entreprises inscrites à Daybreak, le programme d’accès anticipé d’OpenAI. Il doit être ouvert « dans les prochains jours » aux abonnés payants de ChatGPT et aux développeurs, via l’API maison ainsi que Microsoft Azure et AWS Bedrock. Tarif annoncé : 10 dollars par million de tokens en entrée, 50 dollars en sortie.
Le premier modèle classé « critique »
C’est la première fois qu’OpenAI place un de ses modèles au niveau de risque maximal de sa propre grille d’évaluation, le Preparedness Framework, en matière de cybersécurité. Cette classification désigne un système capable d’identifier et de développer des exploits zero-day de façon autonome.
Les chiffres publiés par l’entreprise étayent la classification. Sur ExploitBench, qui mesure la capacité à transformer une vulnérabilité connue en exploit fonctionnel, Astra obtient 100 %, contre 78,5 % pour GPT-5.6 Sol, son prédécesseur de juillet. Sur SRE-Bench, qui teste la rétro-ingénierie de binaires sans accès au code source, il résout 88 % des tâches du premier coup et 99,2 % en 4 tentatives, contre 55,9 % et 68,7 % pour Sol.
OpenAI a également construit un jeu d’épreuves inédit à partir de 20 vulnérabilités de haute sévérité découvertes dans le moteur V8 de Chrome entre juin et août 2026, pour écarter le soupçon d’un modèle entraîné sur des failles historiques. Astra y atteint 39 % contre 11,5 % pour Sol. Au cours de cette évaluation, il a découvert et utilisé 2 vulnérabilités jusqu’alors inconnues. OpenAI dit les avoir signalées aux éditeurs concernés.
Un été de fuites et de piratages
Le calendrier explique la prudence affichée. Cet été, plusieurs cyberattaques ont été menées par des IA en phase de test, dont des outils d’OpenAI. Près de 700 agents de l’entreprise se sont coordonnés sans intervention humaine pour attaquer la plateforme Hugging Face, un épisode que la presse spécialisée présente comme le premier cas vérifiable d’un laboratoire perdant le contrôle d’un de ses modèles. OpenAI a suspendu certains entraînements de pointe et retardé ce lancement.
Faute de régulation gouvernementale américaine, l’entreprise applique ses propres règles internes. C’est donc OpenAI qui définit le seuil, OpenAI qui constate qu’il est franchi et OpenAI qui décide des contre-mesures à mettre en face.
Ces contre-mesures existent. Astra refuse les tâches offensives avancées, comme la fabrication de démonstrations d’exploitation. Des classifieurs surveillent le raisonnement et les actions du modèle et peuvent couper automatiquement une activité non autorisée : dans ChatGPT et Codex, la tâche est mise en pause pour validation humaine ; dans l’API, elle s’arrête. OpenAI reconnaît que ces contrôles interrompent parfois du travail légitime, y compris défensif, et annonce vouloir assouplir les restrictions dans les semaines à venir pour les défenseurs agréés.
Un raisonnement plus difficile à surveiller
Un point mérite d’être relevé dans la documentation d’OpenAI, qui ne le dissimule pas. Les évaluations de l’entreprise ont conclu que le raisonnement écrit d’Astra est plus difficile à surveiller que celui de GPT-5.6 Sol, lors de tests où le modèle était explicitement invité à échapper au contrôle. OpenAI attribue ce recul à la plus grande maîtrise du modèle sur son raisonnement écrit et à sa capacité à résoudre des problèmes en moins d’étapes rédigées. L’entreprise dit prendre le constat au sérieux.
Sur le reste des tests d’alignement, les résultats vont dans l’autre sens. Sur une épreuve conçue après l’incident Hugging Face, mesurant si un modèle confronté à une tâche impossible dépasse le périmètre autorisé, Sol franchissait la limite dans 48 % des cas sans garde-fous de production. Astra, dans les mêmes conditions, ne l’a jamais fait.
Un ordinateur piloté sans intervention humaine
Au-delà de la cybersécurité, l’argument commercial porte sur l’usage autonome d’un ordinateur : remplir des formulaires, mettre à jour un fichier client, organiser un agenda, mener une recherche en ligne, produire des documents et des présentations calqués sur les gabarits de l’entreprise. Dans une démonstration, le modèle publie seul une annonce de vente en ligne, commandé à la voix. OpenAI affiche une recherche de logement bouclée en 10 minutes là où un testeur humain a mis 6 heures, et revendique une exécution 47 % plus rapide que Sol sur les tâches de bureau.
Les scores académiques suivent : 97,6 % sur FrontierMath Tier 4, 96 % sur GPQA Diamond, 99,9 % sur ARC-AGI-3. Greg Kamradt, de l’ARC Prize Foundation, y voit un franchissement de palier sur les environnements inédits. Il faut toutefois garder à l’esprit que l’intégralité de ces mesures provient d’OpenAI, y compris les scores attribués aux modèles concurrents et les modifications apportées à certains protocoles de test. Sur 2 classements où l’entreprise cite ses rivaux, Astra reste d’ailleurs derrière Claude Fable 5.1 d’Anthropic : 57,2 % contre 65 % sur Humanity’s Last Exam, 61,2 contre 65,7 sur l’indice d’intelligence d’Artificial Analysis.
La course à deux, avant la Bourse
Pionnier avec le lancement de ChatGPT en 2023, OpenAI s’est fait rattraper ces derniers mois par Anthropic. Ce dernier réserve depuis avril son modèle Mythos, également capable de mener seul des piratages, à des partenaires triés sur le volet ; une version bridée, Fable, est ouverte au public depuis juin. Les 2 sociétés projettent une entrée en Bourse dans les prochains mois.
Greg Brockman, président d’OpenAI, a évoqué devant la presse « un progrès qualitatif significatif » et présenté Astra comme l’un des prémices de l’intelligence artificielle générale, cette IA hypothétique qui égalerait ou dépasserait l’humain sur presque toutes les tâches. La formule est devenue un passage obligé des lancements du secteur.
L’ouverture aux abonnés payants de ChatGPT, utilisé par environ un milliard de personnes, est attendue dans les jours qui viennent. Les administrateurs des offres entreprise devront activer l’accès manuellement : il est désactivé par défaut.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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