Un salarié sur 5 aide un proche malade, handicapé ou âgé. Pour beaucoup, ce rôle dure des années et pèse lourd. C’est ce que montre la 4e édition du Baromètre Aider & Travailler, réalisée par le cabinet Interfacia et publiée le 1er octobre avec un livre blanc. Selon l’enquête, 85 % des salariés aidants estiment que leur rôle a des conséquences négatives sur leur santé.
14 heures par semaine pendant des années
L’aide à un proche s’inscrit dans la durée. 55 % des salariés aidants interrogés le sont depuis au moins 6 ans, et 28 % depuis plus de 10 ans. Ils y consacrent en moyenne 14 heures par semaine, l’équivalent de 2 journées de travail. Cette aide a aussi un coût : 2 aidants sur 3 y dépensent entre 150 et 500 euros par mois.
Le travail en pâtit. 65 % des salariés aidants disent que leur situation a des effets négatifs sur leur activité professionnelle, d’abord sur leur capacité à s’organiser (69 %), mais aussi sur leur rémunération (47 %) et leur évolution de carrière (43 %). Les collègues sont touchés aussi : 62 % de ceux qui travaillent avec un aidant constatent un impact sur leur propre travail. Côté RH, on cite surtout des effets sur le climat social des équipes, l’absentéisme et la charge de travail des collègues.
Le rôle d’aidant n’a pas que des effets négatifs : 89 % des aidants estiment avoir acquis de nouvelles compétences, ce que confirment 84 % de leurs collègues et managers.
La parole se libère, mais pas toujours
Les aidants parlent davantage de leur situation au travail. En 3 ans, la part de ceux qui n’en parlent à personne est tombée de 25 % à 7 %. Le manager direct est devenu leur premier interlocuteur (54 %), loin devant les collègues (32 %) et le service RH (25 %). Mais 27 % ressentent encore une gêne, par crainte d’exposer leur vie privée ou de paraître moins disponibles.
Le livre blanc illustre cette prudence par le témoignage de Laurent Manchon, président de l’Association des aidants familiaux du Finistère. Selon lui, les aidants se confient facilement aux associations, beaucoup moins à leur employeur, et certains taisent leur situation lors d’un recrutement. Il raconte l’avoir vécu : un maire avait aménagé son poste pour qu’il puisse accompagner son fils ; 6 ans plus tard, son successeur y a mis fin, et Laurent Manchon a dû démissionner. Il regrette aussi que les politiques publiques se concentrent sur la perte d’autonomie liée à l’âge, alors que le handicap ou la maladie chronique d’un proche peut durer des dizaines d’années de vie active : « On nous parle de bien vieillir, pas de bien vivre ».
La souplesse plutôt que le temps partiel
Les aidants restent de plus en plus à temps plein : c’est le cas de 91 % d’entre eux, contre 74 % en 2023. Le développement du télétravail et des horaires souples y contribue sans doute. Quand le temps partiel subsiste, il est presque toujours subi : 93 % des aidants concernés disent y être contraints.
Leur première attente est claire : 61 % citent les horaires aménagés, ou la possibilité de les modifier, comme ce qui facilite le plus leur maintien en emploi, devant la souplesse dans la prise des congés payés (38 %). Pourtant, seuls 40 % ont pu aménager leur temps de travail, et ces mesures n’arrivent qu’au 3e rang des dispositifs mis en place par les entreprises.
Des RH mieux informées, mais peu d’actions
Les services RH connaissent mieux le sujet qu’il y a 3 ans, et l’aidance figure désormais dans le dialogue social de 72 % des organisations. Mais 81 % des RH interrogés n’ont mis en place aucune action, et 97 % n’ont rien prévu pour favoriser le dialogue entre salariés aidants et non-aidants. Du côté des managers et des collègues, 76 % disent avoir besoin d’être accompagnés sur le sujet. Or l’enjeu va grandir : 71 % des collègues et managers non-aidants jugent probable, voire certain, de le devenir dans les 5 prochaines années.
Pour les petites entreprises, le défi est encore plus grand. Dans le livre blanc, la députée du Finistère Mélanie Thomin, présidente de l’ANPP-Territoires de projet, rappelle que dans les territoires ruraux, un rendez-vous médical peut demander une demi-journée de route. Comme beaucoup d’employeurs locaux sont de petites entreprises ou des collectivités sans service RH, elle plaide pour des solutions mutualisées à l’échelle du bassin de vie.
Le baromètre repose sur une enquête en ligne ouverte, menée depuis 2017. En 2026, 358 réponses ont été retenues. Les résultats ont été redressés pour corriger la structure de l’échantillon, mais les auteurs reconnaissent que ce type d’enquête comporte des biais de sélection.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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