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Il y a des titres qui disent tout. La Terre et le Sang : 2 mots qu’une partie de la critique parisienne prononce du bout des lèvres, comme s’ils sentaient la poudre. Le plus étonnant est de les voir réunis à l’affiche d’une série du service public. Diffusée depuis le 9 octobre sur France 2 et sur france.tv, cette mini-série de 6 épisodes raconte une histoire vieille comme la Méditerranée : celle d’un homme qui veut briser la chaîne de la vengeance et que sa terre rattrape. C’est l’une des plus belles surprises de la fiction française cette année.
Un réveil après 10 ans
Anto Natali est policier à Paris, mais il est corse avant d’être parisien. Enfant, il a juré à son frère, tué dans un règlement de comptes, de sortir les siens de la spirale des représailles qui ronge la famille depuis des générations. Devenu adulte, il revient sur l’île avec sa femme Vanina pour reprendre le domaine viticole familial et tourner la page. Une embuscade la rouvre aussitôt : son père est abattu, et Anto plonge dans le coma.
Il se réveille 10 ans plus tard. Sa femme a appris à vivre sans lui. Son fils Santu, qu’il a quitté enfant, est devenu un adolescent qui n’a qu’une idée en tête, venger les Natali. Anto retrouve une terre qu’il connaît sans la reconnaître : la maison, les vignes, les clans, les alliances. Tout semble figé par le sang versé.
Le procédé du coma pourrait passer pour une facilité de scénariste. C’est en réalité l’idée la plus forte de la série. Anto a dormi 10 ans, la vendetta, elle, a continué de grandir. Il ne revient pas dans le passé, il découvre que le passé a eu un enfant. Le cœur du récit n’est donc pas la vengeance elle-même, mais la transmission : ce qui passe d’un père à un fils quand le père n’est plus là pour choisir ce qu’il transmet.
Une Corse sans carte postale
Ange Basterga a créé la série avec Pierre-Marie Mosconi, l’a écrite avec eux et Emmanuelle Michaux, et en a réalisé les 6 épisodes. Il filme la Corse comme on filme un personnage. La lumière est dure sur les vignes, la montagne surplombe la mer, les maisons de pierre gardent leurs secrets derrière des volets clos. La beauté du décor et la noirceur des haines forment le contraste qui traverse toute l’œuvre.
On est loin du soleil de catalogue. On est aussi loin de la Corse des fictions policières, réduite à ses cagoules et à ses voitures piégées. Mafiosa avait imposé, il y a près de 20 ans, la criminalité insulaire à la télévision française, et Thierry Neuvic y jouait déjà. Plaine orientale a creusé plus récemment le lien entre territoire et pouvoir. La Terre et le Sang revendique cet héritage mais le déplace. La mécanique criminelle n’est plus qu’un décor : le drame est celui d’une famille, de sa mémoire et de sa terre.
La série fait un choix rare, celui de laisser parler la langue corse. Des dialogues entiers se jouent en corse, et de nombreux rôles sont tenus par des comédiens de l’île. Quelques spectateurs s’en sont plaints, comme s’il fallait sous-titrer un peuple pour qu’il ait le droit d’exister à l’écran. C’est pourtant là que la série sonne le plus juste. Une famille corse qui se déchire en corse, cela s’appelle la vérité. En Bretagne, où l’on sait ce que vaut une langue que l’on a voulu faire taire, on ne peut qu’applaudir.
Neuvic, Giocante, et l’ombre immense de Karyo
Thierry Neuvic tient la série sur ses épaules. Son Anto est un homme massif et blessé, qui se tait plus qu’il ne parle. Il veut protéger les siens et sait que la protection, sur cette terre, passe parfois par ce qu’il a juré de ne jamais faire. Vahina Giocante donne à Vanina une intensité sourde, celle d’une femme qui a porté seule le poids de 10 années de deuil sans mort. Le jeune Basile Larie, dans le rôle de Santu, incarne la relève : même sang, même terre, autre époque. Autour d’eux, Stanley Weber, Laetitia Eïdo, Jean-Philippe Ricci, Anna Filippi et Pierre-Marie Mosconi lui-même composent les clans, les fidélités et les fractures.
Et puis il y a Tchéky Karyo. En patriarche Charles Luciani, il impose une autorité presque immobile, faite de regards et de silences plus que de mots. C’est l’une de ses dernières apparitions à l’écran, et le premier épisode lui est dédié. La présence de ce visage de pierre, qui a traversé 40 ans de cinéma français, donne à la série une gravité supplémentaire, celle des adieux.
Une tragédie au sens ancien
Ce qui frappe, au fil des épisodes, c’est que la série refuse de juger. Elle ne caricature pas la Corse en terre de barbares, et elle n’oppose pas une modernité éclairée à un archaïsme qu’il faudrait abolir. Elle prend au sérieux ce qui fait tenir une famille : l’honneur, la parole donnée, la mémoire des morts, l’attachement à une terre que l’on cultive de père en fils. Elle montre aussi comment ces mêmes liens peuvent devenir un piège.
C’est une tragédie au sens grec du terme : chacun croit reprendre en main son destin alors que chaque geste le ramène vers l’histoire qu’il voulait fuir. La question qui court jusqu’au dernier épisode n’a rien de télévisuel. Un homme peut-il interrompre ce qui le dépasse depuis toujours ? Sauver son fils sans renier les siens ? Et rester fidèle à sa terre sans lui sacrifier ses enfants ?
Quelques réserves, et l’envie de revoir
Tout n’est pas parfait. Quelques rebondissements se devinent un épisode à l’avance, certaines ellipses sont un peu abruptes, et des personnages auraient mérité d’être plus creusés. La très belle musique de Pierre Gambini, nourrie de polyphonies et d’accents insulaires, souligne parfois trop des émotions qui se suffisaient à elles-mêmes. Un peu plus de silence aurait laissé les images respirer. La dernière partie, enfin, s’essouffle légèrement.
Ces défauts sont ceux d’une série qui préfère le mouvement à la démonstration, l’émotion au calcul. Ils pèsent peu face à l’ensemble : une écriture ambitieuse, une mise en scène inspirée, une distribution de premier plan et une identité forte. Une série produite en Corse, par des Corses, sur la Corse, qui ne demande pardon à personne d’exister et que l’on peut regarder d’une traite sans honte.
La Terre et le Sang, mini-série en 6 épisodes créée par Ange Basterga et Pierre-Marie Mosconi, réalisée par Ange Basterga. Avec Thierry Neuvic, Vahina Giocante, Tchéky Karyo et Basile Larie. Disponible sur france.tv.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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