Affaire Théo : Faible mobilisation à Angers. Des réunions à la ZAD

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25/02/2017 – 09h00 Angers (Breizh-Info.com) – Angers, ce 23 février à 18 h. Sur la place du Ralliement, au cœur de la ville, près de 200 personnes – jusqu’à 250 selon les organisateurs – se sont rassemblées pour dénoncer les violences policières et notamment contre Théo – dont la famille est actuellement au coeur d’une enquête pour  suspicion d’abus de confiance et escroquerie .

Cette manifestation été organisée par des collectifs issus des quartiers dits sensibles, et elle réunit pour l’essentiel des personnes qui en sont issues.

Des témoignages « d’exactions policières » annoncés mais des « victimes » introuvables

L’annonce des réunions était alléchante : des victimes de soi-disant « exactions policières » allaient témoigner de leurs mésaventures. En fait, elles se gardent bien de le faire, et ce sont des orateurs de l’association Pas sans nous 49 qui les lisent sur la tribune improvisée constituée par le parvis du grand Théâtre. Volontiers communautariste – les manifestants parlaient plus l’arabe que le français – Pas sans nous 49 est un regroupement de diverses associations de quartier, qui se disent libres et pas subventionnées par la municipalité. Ce collectif fait partie d’une coordination nationale éponyme.

Discrets dans la foule, mais visibles – puisque ce sont quasiment les seuls blancs, à part quelques militants cacochymes de la CGT, Sud, de la Cimade et de la Ligue des droits de l’Homme, quelques jeunes semblent provenir de la ZAD. D’autres sont investis dans les milieux anarchistes locaux – leur navire amiral, le lieu autogéré l’Etincelle, fête cette année ses vingt ans – et nantais.

La manifestation commence par une courte allocution, pas piquée des vers pour la police – complètement absente d’ailleurs de la place et de ses abords. « Nous, habitants des quartiers populaires, avons compris que les dizaines de personnes ont été violées, tuées, frappées ou mutilées par les policiers dans les quartiers ne sont pas des cas isolés (…) les jeunes sont stigmatisés par une partie de la société car ils sont différents (…) il y a très peu de raisons d’espèrer d’une justice qui acquitte les flics pour violences, alors qu’il y a de lourdes condamnations pour les jeunes de nos quartiers (…), comment respecter les lois alors que ceux censés les faire respecter s’assoient dessus ? ».

Avant d’ajouter « les quartiers sont les laboratoires expérimentaux du terrorisme d’État (sic) ».

Des mères de familles principalement d’origine nord-africaine, ainsi que quelques jeunes filles issues des quartiers portent autour du cou ou à la main des pancartes « je suis Zyed », « je suis Théo », et autres noms de « martyrs » des « violences policières ». A vue d’oeil, l’organisation semble reposer sur quelques clans familiaux seulement, tandis que divers membres de bandes locales, bien connus des forces de l’ordre, tournent autour. Il y a aussi quelques « grands frères », rangés ou non de la délinquance, qui se font discrets.

Un jeune noir rappe après les témoignages, qui cela dit ne révèlent pas grand chose – contrôles un peu musclés des CRS, répétés envers ceux qui font partie des bandes de jeunes qui se sont appropriés les quartiers sensibles au détriment de la sécurité et de l’État de droit, accusations de délit de faciès et de « harcèlement » policier, bref, rien qui sorte vraiment de la routine. Quant au rap du jeune homme, tous les clichés y passent, quartiers soudés, violence policière, victimisation, formules toutes faites (« un flic qui tue c’est une bavure / un flic qui viole, un accident / un flic raciste, un dérapage ») censées dénoncer le parti-pris anti-cités de la presse et des instances judiciaires, et ça se finit par un flamboyant « en espérant que la haine parte de là, OK ». Le refrain « trop de violences policières, stop » est repris six ou sept fois par l’assistance, blancs et immigrés mélangés.

« Mobilisés contre la hogra et la hagra »

Du reste, le vocabulaire de la manifestation n’est pas seulement dominé par les éléments de langage classiques des collectifs de quartiers – victimisation par rapport à un soi-disant désinvestissement public pour les quartiers, alors que ceux-ci sont souvent nettement mieux desservis en équipements et transports que bien des campagnes, et par rapport à la colonisation – ou plus récents de l’ultra-gauche. Selon lesquels quartiers sensibles et marginaux de gauche sont tous deux des cibles du systèmes, que ZAD et quartiers sensibles permettent au système de tester la terreur légale sans choquer le reste de la société, que les quartiers connaissent une présence policière permanente et écrasante, alors qu’en réalité les trafiquants y font ce qu’ils veulent, et que bien des cités sont réellement des zones de non-droit.

Des concepts politiques propres au nord de l’Afrique, notamment à l’Algérie, s’y retrouvent aussi. Ce qui est logique – nombre de participants sont originaires de l’Algérie, et ce n’est pas seulement valable à Angers, mais aussi à Nantes, Besançon ou Montpellier. Il y a un fait social ethnique, communautaire voire religieux – nombre de participantes sont voilées – indéniable dans toutes ces manifestations officiellement estampillées laïques, ouvertes et citoyennes.

« Nous sommes mobilisés contre la hogra, mais aussi la hagra », nous explique un manifestant. Qu’est-ce que c’est que ça ? La hogra est le mépris de l’État envers les individus en général, et il est exercé à travers ses institutions, sa police, sa bureaucratie. La hagra, c’est l’expression individuelle de ce mépris.

Petit cas pratique : « une patrouille de police, dans la cité, trouve que ta bande de potes ne lui revient pas et décide de la fouiller. Un policier te traite de petit con, te fouille, et te palpe les parties à travers ton caleçon ; il te montre son mépris, ça c’est la Hagra. Ensuite, tu décides de porter plainte pour les insultes et l’attouchement. La justice estime que le policier n’a fait que son travail et refuse de poursuivre ; cette fois, ce sont les institutions de l’État qui te crachent dessus, qui te disent que t’es un sous-citoyen. Là, c’est la hogra ».

Quant au mépris souverain que trafiquants et délinquants des cités ont pour l’immense majorité des habitants de leurs quartiers, il n’a pas de nom. Donc il n’existe pas.

Une réunion « contre les violences policières » sur la ZAD

Par ailleurs, du 17 au 19 février, à la Wardine, un lieu « autogéré » à l’est de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes se sont tenues des rencontres sur la violence policière. Il s’agit d’un lieu strictement interdit aux journalistes…et aux chiens.

Outre des militants de l’ultra-gauche rennaise, nantaise, angevine ou encore parisienne, elles ont réuni des lycéens nantais issus de quartiers sensibles (notamment des quartiers nord et de Bellevue) et des représentants des quartiers sensibles de plusieurs villes.

L’objectif affiché, au-delà de l’affaire Théo, était de créer des passerelles entre les quartiers « sensibles » et le mouvement voulu par l’ultra-gauche afin de saboter les élections présidentielles et le fonctionnement de l’Etat d’urgence.

Seules les forces de l’ultra-gauche sont en nombre insuffisant, par rapport aux CRS que le gouvernement peut faire arriver par centaines dans les villes de province, particulièrement sensibles comme Nantes . Elles ont besoin des bandes des quartiers sensibles, mobiles, jeunes et motivées, pour y arriver.

Ces dernières y trouvent aussi leur compte, ainsi que les inévitables dealers, qui « tiennent » les quartiers et que ces bandes servent : les émeutes permettent les pillages, comme au printemps dernier, et tandis que la police est occupée à sécuriser les centre-villes, elle n’est pas dans les quartiers à gêner le très lucratif commerce de la drogue.

« Nous ne nous ferons pas manipuler », nous assurait ainsi très récemment Farid (*), qui fait partie d’une bande armée dans un quartier sensible de l’ouest de Nantes. « Mais suite aux entrevues de la Wardine, et à d’autres contacts, il y a des gens dans les quartiers nantais qui sont prêts à se soulever contre la police et à descendre en ville ». Moins évidente à Rennes où il n’y a pour ainsi dire aucun contact entre la fac et la cité sensible de Villejean – sinon une fois de plus à travers la ZAD et plusieurs anciens délinquants de la région parisienne, issus de l’immigration, et installés en marge de celle-ci, la convergence est réelle à Nantes et se met en place à Angers.

Comme à l’ouest de Nantes en fin de semaine, où des voitures ont déjà brûlé aux Dervallières, à Bellevue, au Breil-Malville, certains quartiers d’Angers tentent de s’y mettre : trois se distinguent : la Roseraie, où quatre voitures ont brûlé le week-end dernier, Savary, où cinq jeunes avaient été interpellés par la police le même week-end après avoir acheté de l’acide chlorhydrique pour confectionner des explosifs artisanaux. A Belle-Beille enfin, la semaine dernière, une vingtaine de jeunes avaient bloqué le véhicule de service d’un agent de contrôle des bus, qui avait été chahuté. Mardi 21 dans l’après-midi, à l’arrêt Istia, c’est un explosif artisanal constitué d’acide chlorhydrique qui a été jeté sur un bus.

Du reste, comme Nantes, une ville où il ne fait pas si bon vivre, à Angers, l’image d’une ville calme, provinciale et bourgeoise ne correspond plus à la réalité. La situation s’y est considérablement dégradée, et à la saint Sylvestre, ce sont près de quarante voitures qui y ont brûlé, selon des chiffres officieux que les autorités se sont bien gardées de publier. Soit autant que dans l’agglomération de Nantes, qui est deux fois plus importante.

Louis Moulin

Photo : breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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