Bruno Retailleau quitte la présidence des Pays de la Loire et créé une intense polémique

09/09/2017 – 07h30 Nantes (Breizh-Info.com) – La Région Pays de la Loire est en émoi. Les hommes politiques de tous bord comment en effet depuis ce matin un chamboulement majeur dans la vie politique de cet ensemble bâtard composé notamment d’une partie de la Bretagne. Le président de région, Bruno Retailleau, a en effet décidé de démissionner de son poste de président de région. Dans le cadre de la loi sur le non-cumul des mandats, il va privilégier son mandat de sénateur et le rôle de président du groupe des Républicains. Un choix duquel il est s’est longuement expliqué dans un texte publié sur les réseaux sociaux. Mais la polémique ne risque pas de s’éteindre de si tôt.

Réactions logiquement très dures à gauche…

Christophe Clergeau, son adversaire lors des dernières élections, ne s’est pas privé du plaisir de critiquer le choix de Bruno Retailleau : « Ce dénouement était malheureusement attendu. Bruno Retailleau s’est servi de la région et des Ligériens au lieu de les servir. Il a utilisé sa fonction comme un marchepied national au détriment des Pays de la Loire. Cette façon de faire de la politique comme hier est exactement ce que les électeurs ne veulent plus. » Et le socialiste n’hésite pas à parler d’un « abandon de poste ».

Après un long inventaire de ce qu’il considère comme des erreurs de la majorité depuis deux ans, il conclut logiquement en se donnant le beau rôle : « Pour ce qui nous concerne, élus du groupe socialiste, écologiste, radical et républicain, nous sommes toujours là, nous sommes à notre poste de travail, nous poursuivons notre action au service des habitants de la région, à 100 % pour les Pays de la Loire ! » (Pour mémoire, Christophe Clergeau, ancien vice-président du conseil régional, n’avait pas réussi à conserver la région à gauche aux dernières élections.)

Pour les élus écologistes, « ce départ fragilise son équipe et provoque un grand remue-ménage à la Région. » Et les écologistes ne manquent pas de rappeler que Bruno Retailleau avait déjà abandonné un mandat par le passé : « Après avoir lâché la présidence de la Vendée, Bruno Retailleau lâche cette fois celle de la Région seulement vingt mois après son élection. »

… et à droite !

« Trahir un jour, trahir toujours… » Comme un écho au reproche des Écologistes, Philippe de Villiers n’a pas ménagé son ancien héritier.  « Bruno Retailleau vient de trahir son engagement lorsqu’il s’est présenté aux suffrages il y a deux ans » assène le président du Puy-du-Fou avant d’enfoncer le clou : « Il court après les vanités médiatiques. C’est l’ivresse de la capitale, l’ivresse de la lumière, l’explosion de l’ego. »

Voilà une attaque violente qui fera plus mal à Bruno Retailleau que celles, attendues et convenues, de la gauche.

A droite, toujours, le communiqué du Front national est lui aussi bien senti. Son titre annonce directement la couleur : « Monsieur Retailleau préfère les lambris dorés du Sénat ».

« Encore une fois, Monsieur Retailleau abandonne une collectivité territoriale, apres le Département c’est autour de la Région. Bruno Retailleau démissionne de la présidence du conseil régional des Pays de la Loire moins de deux ans après avoir été élu. […] Cette démission va provoquer de puissants remous au sein de la majorité régionale, notamment à cause des centristes, qui préféraient François Pinte ou Paul Jeanneteau à madame Morançais. Etait-ce vraiment le moment opportun ? Entre les difficultés de nos agriculteurs, de nos TPE-PME, de la ruralité, les incertitudes quant aux dossiers décisifs pour la région, comme STX et à Notre-Dame-des-Landes, le moment est plutôt mal choisi.

D’aucuns ne manqueront pas de noter une certaine similitude de comportement tout au long de sa carrière politique, abandonnant ainsi la région pour se consacrer à une carrière parisienne. Quelle sera la prochaine étape ? […]

Dès la campagne des régionales, le FN avait parié qu’il démissionnerait. Pari tenu. »

Un long texte de justification

Bruno Retailleau a posté en fin de journée un texte de justification, arguant qu’il conserve son ancrage au sein de la région Pays de la Loire (en tant que simple conseiller) et que son rôle de sénateur lui permettra de défendre les intérêts des Ligériens.

« Choisir de rester Président du Conseil régional eut été un choix exclusif, ne me permettant plus d’être parlementaire, Président du groupe majoritaire au Sénat, et donc de peser à Paris sur les grandes décisions qui engagent l’avenir des Pays de la Loire, comme je crois l’avoir fait sur un certain nombre de dossiers majeurs: l’obtention auprès du Gouvernement de la renégociation du contrat de plan Etat-Région sur le désenclavement ferroviaire ou la téléphonie mobile, le lancement des études pour la réalisation des nouveaux franchissements de la Loire ou même le combat que j’ai mené pour préserver l’ancrage de STX dans notre région.

A l’inverse, demeurer parlementaire me permet de continuer à servir les Ligériens à la Région, en tant que conseiller régional puisque la loi m’y autorise, mais aussi au Sénat, auprès des grandes institutions de notre République. »

Et Bruno Retailleau n’a pas manqué d’apporter son soutien à sa remplaçante : Christelle Morancais.

« Vice-Présidente du Conseil régional en charge de l’emploi et de la formation, dirigeant une entreprise de 350 salariés et élue de terrain, Christelle Morancais est une battante, c’est une femme qui connait les réalités concrètes vécues sur nos territoires. Issue de la société civile, appartenant à une nouvelle génération d’élus, elle incarne pleinement le renouvellement que beaucoup d’entre vous attendent et ont exprimé lors des derniers scrutins. Christelle Morancais a toute ma confiance pour devenir la première Présidente de la Région des Pays de la Loire. Je ne ménagerai pas mon soutien pour qu’elle puisse réussir sa nouvelle mission. »

Les premières journées de transition risquent d’être compliquées.

Crédit photo : DR
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  • Pschitt

    Les lamentations de la gauche et de l’extrême-droite sont des larmes de crocodile : dirait-on pas qu’ils sont très attristés par le départ de M. Retailleau, dont ils disaient pis que pendre l’instant d’avant ? En fait, ils sont figés dans une attitude d’opposition mécanique : on comprend pourquoi le FN stagne et pourquoi le PS a perdu la région !
    Vous avez signalé les réactions des opposants, pas celles des partisans — peut-être parce qu’elles s’expriment plus en coulisse que publiquement. Mais dans le fond, elles sont encore pire puisque la droite locale et régionale montre une fois de plus son incapacité à « faire monter » des talents neufs. Qu’avait à proposer la droite nantaise ? François Pinte, fils d’un ancien député-maire RPR de Versailles qui a toujours soutenu activement l’immigration et dont la seule oeuvre intellectuelle se résume à un livre contre le FN. Parachuté à Nantes il y a déjà longtemps, François Pinte n’y a pas du tout fait ses preuves mais s’accroche quand même…
    Quoi qu’on puisse en penser, M. Retailleau, lui, avait montré sa capacité d’organisateur et de meneur d’hommes avant de faire de la politique. On comprend que sa succession soit difficile !

    • Richard Coeur

      Le FN ne sait pas qu’on dit « pari gagné », par « pari tenu » quand on gagne un pari… ;)

  • Gwendal Pennanech

    Intense polémique ? Je dirais plutôt « Storm in a tea cup »

  • Toulic

    Ces pays de Loire’ sont une honte pour la démocratie.
    Comment peut on assumer que Angers c’est l’Anjou..et que Nantes alors ce n’est pas la Bretagne ?!..
    En finir avec l’hypocrisie et rassembler ds un Val de loire cohérent Angers-Le Mans-Tours-Orléans , Nantes en Bretagne, et la Vendée (bas-poitou) en Poitou-Aquitaine.

    • Richard Coeur

      C’est la plaie du centralisme français et de la vue Parisienne de la France comme devant avoir de grandes régions pour s’intégrer avec l’Allemagne dans « Grosseuropa »…

    • Pschitt

      Le cas de la Vendée est tout de même complexe. La Plaine est incontestablement poitevine, le Bocage est… bocain. Il était représenté aux Etats-généraux par des députés des Marches de Bretagne. Le pays de Charette couvrait sans conteste le bocage mais aussi le pays de Retz et le vignoble. La plupart des départements ont été créés naturellement autour d’un chef-lieu préexistants. Pas la Vendée où La-Roche-sur-Yon est pratiquement une création moderne (le premier chef-lieu était Fontenay). Peut-être faudrait-il laisser la population du Bocage choisir son rattachement régional. Et si elle choisissait la Bretagne, ce serait un honneur pour celle-ci !

  • Richard Coeur

    Autrement dit, il a choisi de garder positions (et salaires et retraites) plutôt qu’une…

    On continue d’attendre une vrai loi de non-cumul qui les interdirait sans exceptions.