Chronique littéraire. Itinéraire d’un juif français ordinaire, par Marc Lumbroso

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L’identité française est au cœur des problèmes de notre pays. Que signifie être Français ? Quel devoir implique cette nationalité ? La question se pose surtout pour ceux qui sont nés hors de France ou dont les parents sont venus d’un autre pays. Il existe beaucoup de Français de papier, qui vivent sur notre sol, ont la carte d’identité, peuvent voter, mais préfèrent et de loin leur seconde nationalité, celle de leurs parents ; ils sont en sécession, selon les propres mots du Président Macron. Or leur poids est de plus en plus important dans notre société et ce problème grandissant sera difficile à résoudre. Peut-être même est-il insoluble.

Les Juifs pourraient faire partie de ce problème : ils ont une religion et des coutumes particulières et surtout possèdent un pays de substitution : Israël. Mais même s’ils sont nés pour une partie d’entre eux en Afrique du Nord, ils ont pour la plupart opté pour la France et se sentent pleinement citoyens de notre pays, même s’ils soutiennent pour la plupart Israël. Nous avons le cas d’Éric Zemmour qui au fil de ses livres qui sont autant de succès, célèbre notre pays et insiste sur le choix qu’il a fait, lui le juif berbère de choisir de s’intégrer dans notre peuple. Les deux allégeances ne sont pas incompatibles loin de là.

Marc Lumbroso vient de sortir un livre décrivant son itinéraire dans un livre paru aux éditions l’Harmattan. Ses ancêtres étaient originaires de Livourne (en Italie), ils avaient émigré à Tunis au dix-neuvième siècle bien avant le protectorat français. Mais la mémoire collective de cette famille garde le souvenir d’une origine encore plus lointaine : les Juifs Livournais descendaient en effet d’israélites chassés du Portugal et d’Espagne vers 1492. M. Lumbroso, né en 1943 à Tunis, est le dernier d’une famille de 3 enfants ; il est né deux ans après la mort à la naissance de son frère et a souffert d’être un enfant de substitution. À peine sorti de l’enfance, Il a perdu sa mère emportée par un cancer à 48 ans. Il a suivi sa scolarité d’abord dans une école de l’alliance israélite puis au lycée Carnot de Tunis et enfin dans un établissement secondaire tenu par les jésuites dont 40% des élèves étaient chrétiens, 30% musulmans et 30% juifs, symbole d’une société tunisienne harmonieuse, malgré l’existence de trois communautés religieuses différentes. De son enfance et de son adolescence, il a gardé un attachement à Israël après une année chez les scouts israélites, une connaissance de l’Hébreu et de sa religion, mais s’il se sent de culture juive, il est plutôt agnostique, laïque et avant tout français. Après le bac obtenu en Tunisie, M. Lumbroso est parti pour Paris effectuer des études à l’institut dentaire où il a rencontré sa femme. Il a fait son service militaire en 1968 avant de retourner terminer sa formation. Il a commencé par la suite une vie professionnelle bien remplie. Il est devenu également adjoint au maire du 16ième arrondissement, il est entré au grand Orient de France et au B’nai B’rith une association laïque juive.

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Le livre de M. Lumbroso est touffu et nullement linéaire, il aborde plusieurs sujets qui finalement convergent pour brosser un portrait de notre pays. À travers les multiples détours et digressions, l’auteur précise son attachement à Israël, même s’il rappelle qu’il ne peut être tenu responsable des décisions, parfois contestables, du gouvernement de ce pays. Il avance néanmoins que l’indignation sur les événements de Cisjordanie et de Gaza est sélective, puisque des massacres bien plus graves perpétrés au Yémen, en Syrie en Iran ou en Irak n’ont aucun écho en France. J’ajouterai à cette liste le massacre ignoble de chrétiens en Afrique. Autre thème largement abordé par M. Lumbroso le problème du multi-communautarisme et de la sécession des musulmans. Il rapporte une anecdote qui lui semble caractéristique de notre époque : une jeune femme lui a demandé de pouvoir se marier voilée, ce qu’il a refusé. Elle a obtenu gain de cause dans une autre mairie de quartier, la loi étant floue sur ce sujet.

En conclusion, l’essai de M. Lumbroso est intéressant, car il relativise le choix d’une partie des intellectuels musulmans de dénigrer et de critiquer leur propre pays. Une autre voie est possible

L’identité française est au cœur des problèmes de notre pays. Que signifie être Français ? Quel devoir implique cette nationalité ? La question se pose surtout pour ceux qui sont nés hors de France ou dont les parents sont venus d’un autre pays. Il existe beaucoup de Français de papier, qui vivent sur notre sol, ont la carte d’identité, peuvent voter, mais préfèrent et de loin leur seconde nationalité, celle de leurs parents ; ils sont en sécession, selon les propres mots du Président Macron. Or leur poids est de plus en plus important dans notre société et ce problème grandissant sera difficile à résoudre. Peut-être même est-il insoluble.

Les Juifs pourraient faire partie de ce problème : ils ont une religion et des coutumes particulières et surtout possèdent un pays de substitution : Israël. Mais même s’ils sont nés pour une partie d’entre eux en Afrique du Nord, ils ont pour la plupart opté pour la France et se sentent pleinement citoyens de notre pays, même s’ils soutiennent pour la plupart Israël. Nous avons le cas d’Éric Zemmour qui au fil de ses livres qui sont autant de succès, célèbre notre pays et insiste sur le choix qu’il a fait, lui le juif berbère de choisir de s’intégrer dans notre peuple. Les deux allégeances ne sont pas incompatibles loin de là.

Marc Lumbroso vient de sortir un livre décrivant son itinéraire dans un livre paru aux éditions l’Harmattan. Ses ancêtres étaient originaires de Livourne (en Italie), ils avaient émigré à Tunis au dix-neuvième siècle bien avant le protectorat français. Mais la mémoire collective de cette famille garde le souvenir d’une origine encore plus lointaine : les Juifs Livournais descendaient en effet d’israélites chassés du Portugal et d’Espagne vers 1492. M. Lumbroso, né en 1943 à Tunis, est le dernier d’une famille de 3 enfants ; il est né deux ans après la mort à la naissance de son frère et a souffert d’être un enfant de substitution. À peine sorti de l’enfance, Il a perdu sa mère emportée par un cancer à 48 ans. Il a suivi sa scolarité d’abord dans une école de l’alliance israélite puis au lycée Carnot de Tunis et enfin dans un établissement secondaire tenu par les jésuites dont 40% des élèves étaient chrétiens, 30% musulmans et 30% juifs, symbole d’une société tunisienne harmonieuse, malgré l’existence de trois communautés religieuses différentes. De son enfance et de son adolescence, il a gardé un attachement à Israël après une année chez les scouts israélites, une connaissance de l’Hébreu et de sa religion, mais s’il se sent de culture juive, il est plutôt agnostique, laïque et avant tout français. Après le bac obtenu en Tunisie, M. Lumbroso est parti pour Paris effectuer des études à l’institut dentaire où il a rencontré sa femme. Il a fait son service militaire en 1968 avant de retourner terminer sa formation. Il a commencé par la suite une vie professionnelle bien remplie. Il est devenu également adjoint au maire du 16ième arrondissement, il est entré au grand Orient de France et au B’nai B’rith une association laïque juive.

Le livre de M. Lumbroso est touffu et nullement linéaire, il aborde plusieurs sujets qui finalement convergent pour brosser un portrait de notre pays. À travers les multiples détours et digressions, l’auteur précise son attachement à Israël, même s’il rappelle qu’il ne peut être tenu responsable des décisions, parfois contestables, du gouvernement de ce pays. Il avance néanmoins que l’indignation sur les événements de Cisjordanie et de Gaza est sélective, puisque des massacres bien plus graves perpétrés au Yémen, en Syrie en Iran ou en Irak n’ont aucun écho en France. J’ajouterai à cette liste le massacre ignoble de chrétiens en Afrique. Autre thème largement abordé par M. Lumbroso le problème du multi-communautarisme et de la sécession des musulmans. Il rapporte une anecdote qui lui semble caractéristique de notre époque : une jeune femme lui a demandé de pouvoir se marier voilée, ce qu’il a refusé. Elle a obtenu gain de cause dans une autre mairie de quartier, la loi étant floue sur ce sujet.

En conclusion, l’essai de M. Lumbroso est intéressant, car il relativise le choix d’une partie des intellectuels musulmans de dénigrer et de critiquer leur propre pays. Une autre voie est possible

Christian de Moliner

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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