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Ce sont les 2 dernières étapes. Après 4 jours de marche depuis Jaffa, sur les bords de la Méditerranée, notre envoyé spécial Martial Roudier et ses compagnons de route ont quitté les collines de Judée pour rejoindre Jérusalem. Leur chemin les a menés d’une abbaye bénédictine du XIIe siècle aux ruines d’une forteresse croisée, d’un village associé à la Vierge Marie au cimetière national israélien, et finalement jusqu’au Saint-Sépulcre.
Abou Gosh, une abbaye française en Terre sainte
La 5e nuit se passe à l’abbaye bénédictine Sainte-Marie de la Résurrection, à Abou Gosh. Au lever du jour, les chants d’oiseaux dans le jardin sont les seuls bruits. La végétation, le calme du lieu et la simplicité de l’accueil monastique offrent une pause appréciable avant de repartir vers Jérusalem.
C’est le frère Olivier qui nous reçoit. L’abbaye a un statut particulier : elle appartient au domaine national français en Terre sainte. Les pèlerins peuvent y dormir selon les places disponibles et cuisiner eux-mêmes dans une petite cuisine. Moines et moniales y vivent en 2 communautés distinctes, unies par la prière et la règle monastique.
Le frère Olivier accueillant les pèlerins
L’église romane, élevée au XIIe siècle, est remarquablement bien conservée. Ses fresques médiévales retiennent immédiatement l’attention. Elles rappellent qu’à l’époque les églises étaient couvertes de couleurs et de scènes peintes. Elles portent aussi la trace des violences de l’histoire : de nombreux visages ont été grattés volontairement par des iconoclastes musulmans, pour qui la représentation des figures sacrées était inacceptable. Même mutilé, l’ensemble donne une idée saisissante de ce à quoi ressemblait une église au Moyen Âge.
Sous l’église, une crypte occupe un ancien réservoir romain. De lourdes arches portent des voûtes de pierre, et une source coule toujours au centre de cette salle souterraine. Après la lumière des fresques, le lieu est sobre et propice au recueillement.
Belmont, sentinelle croisée sur la route de Jérusalem
En quittant Abou Gosh, l’itinéraire longe les ruines de Belmont, une forteresse croisée bâtie sur les hauteurs. Au XIIe siècle, la région dépend en grande partie des Hospitaliers, l’ordre religieux et militaire qui possède alors des terres à Abou Gosh. Le château se développe sous leur autorité. Depuis cette crête, on surveillait les vallées voisines et les routes qui montaient vers Jérusalem.
Pour les pèlerins de l’époque, la Terre sainte n’avait rien d’une randonnée spirituelle. Après des semaines de traversée et de marche depuis l’Europe, il restait à parcourir des routes exposées aux attaques et aux pillages. Les forteresses et leurs garnisons chrétiennes devaient sécuriser ces trajets, sans jamais pouvoir le garantir. Les croisades étaient une affaire de foi, mais aussi de contrôle des routes et des territoires.
Belmont n’a pas survécu à l’effondrement du royaume latin dans la région. Les troupes de Saladin prennent le site en 1187, et les fortifications franques sont détruites quelques années plus tard. Il reste assez de vestiges pour mesurer l’importance de ces places fortes, dans un pays où chaque vallée et chaque passage avaient une valeur militaire.
Pins, incendies et déchets dans les collines
Après Belmont, un long sentier aménagé descend à travers des collines où pousse une majorité de pins au milieu des chênes verts. La plupart ont été plantés grâce au Fonds national juif, pour reboiser les reliefs et freiner l’érosion des sols. La rareté de l’eau, problème majeur de la région, se lit dans ce paysage.
Ce reboisement a ses limites. Le pin brûle facilement et peut propager des incendies capables de détruire en quelques heures des années de travail. Sa croissance rapide se fait au détriment d’autres essences et appauvrit la diversité végétale. Les forestiers doivent aujourd’hui concilier reboisement, prévention des feux et protection des milieux naturels.
Un point noir assombrit toutefois la marche. Depuis Jaffa, et jusque dans les coins les plus isolés, les pèlerins ont trouvé des déchets abandonnés dans la nature. Le contraste avec la beauté des paysages est frappant. Le message de Martial Roudier aux futurs marcheurs de cet itinéraire est simple : ne laisser aucun déchet derrière soi.
La descente laisse place à une montée tout aussi exigeante. Les kilomètres s’accumulent dans les jambes, mais Jérusalem se dessine déjà à l’horizon.
Ein Karem, sur les pas de Marie
La halte suivante est l’église de la Visitation, à Ein Karem. Elle a été reconstruite au XXe siècle par l’architecte italien Antonio Barluzzi, auteur de nombreux sanctuaires de Terre sainte. Elle commémore la rencontre, racontée par l’Évangile, entre Marie et sa cousine Élisabeth, alors enceinte de Jean-Baptiste.
Peintures et détails d’architecture méritent qu’on prenne son temps. Les plus attentifs repéreront même, dans une fresque, un petit détail qui ressemble à un clin d’œil personnel de l’architecte. Quelques centaines de mètres plus loin, le couvent des sœurs de Sion accueille les marcheurs pour la nuit.
La forêt de Jérusalem, dernière crête
La 6e et dernière étape fait 10 km. Il reste une crête à franchir avant d’entrer dans la ville. Le chemin quitte Ein Karem, village des collines à l’ouest de Jérusalem, traverse la forêt de Jérusalem, puis les quartiers modernes, jusqu’à la porte de Jaffa.
Une ultime montée mène au mont Herzl. La fatigue rend les conversations plus rares, chacun avance à son rythme dans ses pensées. La bonne humeur, elle, n’a pas faibli. En 6 jours, une vraie complicité s’est créée entre ces pèlerins venus de pays différents.
Le mont Herzl, mémoire de l’État d’Israël
Le mont Herzl abrite le cimetière national d’Israël. Responsables politiques et grandes figures de l’histoire du pays y reposent, ainsi que Theodor Herzl, le fondateur du sionisme moderne. Le lieu montre à quel point l’État d’Israël s’est construit sur la mémoire de ceux qui l’ont fondé et défendu.
Un autre monument retient l’attention : le mémorial dédié aux Juifs éthiopiens morts sur la route d’Israël. Animée par sa tradition religieuse et l’espoir de rejoindre la terre promise, cette communauté a parcouru des milliers de kilomètres dans des conditions souvent tragiques. Son arrivée, notamment grâce aux grands ponts aériens des années 1980 et 1990, reste l’un des épisodes marquants de l’immigration juive récente. Elle montre aussi la force des récits bibliques, capables de donner un cap à tout un peuple à travers les siècles.
Les Français de l’Alya
Pendant le voyage, les pèlerins ont rencontré plusieurs Français installés en Israël. Ils donnent tous 2 raisons à leur départ. La première est le désir de vivre pleinement leur judaïsme sur une terre à laquelle ils se sentent liés par l’histoire et la foi. La seconde, pour certains, est le sentiment de ne plus être en sécurité en France, qu’ils attribuent à l’immigration et à l’insécurité.
Un morceau de France en Terre sainte
Les chiffres du ministère israélien de l’Alya et de l’Intégration confirment cette tendance. En 2025, environ 22 400 personnes ont immigré en Israël, dont quelque 3 350 venues de France, contre environ 2 230 en 2024. Les départs de France ont donc nettement augmenté, alors que le total des arrivées dans le pays a baissé par rapport à l’année précédente. Chaque installation correspond à une histoire familiale, à des convictions et parfois à des inquiétudes. L’Alya n’est pas qu’une donnée démographique : elle fait partie de la construction de la société israélienne actuelle.
Une ville qui pousse en hauteur
Jérusalem se dévoile progressivement. Pour la première fois depuis le départ, les Juifs religieux sont nombreux dans les rues, avec les chapeaux noirs et les papillotes des communautés orthodoxes. Un homme prie, les tefillins attachés au bras gauche par des lanières de cuir : ce sont de petits boîtiers qui renferment des passages de la Torah. Ici, la pratique religieuse occupe l’espace public bien plus qu’ailleurs.
Les quartiers périphériques ressemblent à un vaste chantier. De grands immeubles sortent de terre, beaucoup encore sous échafaudages. Le relief, le manque de terrain et la croissance de la population obligent la ville à construire en hauteur. Pendant toute la traversée, les marcheurs ont vu des grues partout, signe d’une forte demande de logements et d’infrastructures.
Les rues s’animent, et le marché Mahane Yehuda plonge les pèlerins dans la vie de la ville : étals colorés, épices, fruits, légumes et spécialités locales, au milieu des habitants et des touristes. La rue de Jaffa, l’une des grandes artères de Jérusalem, mène ensuite vers la vieille ville.
La porte de Jaffa et le dernier tampon
Voici enfin la porte de Jaffa, l’une des principales entrées des remparts. Comme d’autres portes de la vieille ville, elle oblige à passer en chicane, un tracé conçu pour casser l’élan d’éventuels assaillants. Elle sépare la Jérusalem moderne de la ville historique.
Depuis le départ, chaque pèlerin porte un passeport de voyage tamponné à chaque étape, sur le modèle de la crédentiale des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ici, la coquille est remplacée par une palme, ancien symbole chrétien associé à l’entrée de Jésus à Jérusalem. À la porte de Jaffa, le dernier tampon vient valider les 6 étapes, les kilomètres parcourus et les rencontres faites en route. Pour beaucoup, le moment est émouvant.
Soldats, impacts de balles et mémoire des attentats
Jérusalem n’est pas seulement une ville sainte. Dans les rues, on croise des soldats en uniforme, souvent très jeunes, et des civils armés. Cette présence sécuritaire se voit sans peser en permanence sur l’ambiance. Elle fait partie du quotidien d’une ville où la sécurité reste une préoccupation constante.
Les traces de la guerre sont encore visibles. La porte de Sion porte toujours les impacts de balles des combats de 1948. L’hôtel King David, aujourd’hui palace de luxe, a été en juillet 1946 la cible d’un attentat de l’Irgoun, organisation armée sioniste. Une aile du bâtiment, qui abritait l’administration du mandat britannique, avait été détruite, faisant de nombreuses victimes. La ville a ensuite été au cœur des différentes Intifadas. Religion, politique et identité nationale s’y croisent, jusqu’à l’affrontement parfois.
Jérusalem a même donné son nom à un trouble psychique : le syndrome de Jérusalem. Rare et dont la définition médicale fait débat, il désigne des troubles psychiques intenses qui apparaissent chez certains visiteurs, liés à la ville et à sa charge religieuse.
Le Saint-Sépulcre, terme du chemin
Passée la porte de Jaffa, les ruelles étroites de la vieille ville succèdent aux grandes avenues. Boutiques, échoppes et passages voûtés forment un labyrinthe où se mêlent habitants, commerçants, pèlerins et touristes. Le chemin se termine à l’église du Saint-Sépulcre, l’un des lieux les plus sacrés de la chrétienté. Elle réunit, selon la tradition, le Golgotha, où Jésus a été crucifié, et le tombeau où son corps a été déposé.
La porte de Jaffa à Jérusalem, objectif du pèlerinage
À l’intérieur, les fidèles prient, touchent les pierres et attendent parfois longtemps pour approcher les lieux les plus vénérés. Plusieurs Églises chrétiennes se partagent le sanctuaire, et cette cohabitation dit à elle seule la complexité de Jérusalem. Même un visiteur non croyant ressent la force du lieu. Jésus occupe aussi une place dans les traditions juive et musulmane, avec un statut et un sens très différents d’une religion à l’autre, ce qui n’a jamais effacé les désaccords théologiques ni les conflits.
L’intérieur de la Tour de David
Jérusalem ne se résume pas à la foi. La ville a été fortifiée, conquise, disputée et reconstruite à de multiples reprises. Croisades, changements de souverains, guerres du XXe siècle et tensions actuelles l’ont façonnée autant que les traditions spirituelles qui l’ont rendue célèbre. Après 6 jours de marche depuis Jaffa, les pèlerins y arrivent fatigués et chargés de rencontres et d’histoires partagées en chemin. Ils repartent avec un passeport couvert de tampons, dont le dernier porte une palme.
Martial Roudier
Photo d’illustration : Breizh-info.com et Martial Roudier (TDR)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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