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Tout pèlerinage commence par un geste. À Jaffa, c’est un vœu. Sur le pont des Signes du zodiaque, à quelques pas de l’église Saint-Pierre, la tradition veut que le marcheur pose la main sur la plaque de son signe, ferme les yeux face à la Méditerranée et formule un souhait. Notre envoyé spécial Martial Roudier s’est plié au rituel avant d’entamer les 111 km qui séparent le port de Jaffa de la porte de Jaffa, dans les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. Voici le récit des 2 premières étapes de The Way to Jerusalem : une vingtaine de kilomètres jusqu’à Rishon LeZion, puis une douzaine jusqu’à Ramleh.
Tel-Aviv
Jaffa, le port des pèlerins
Le point de départ n’a rien d’anodin. Pendant des siècles, Jaffa fut le port où débarquaient les pèlerins venus d’Occident avant de monter vers Jérusalem. La ville est aussi liée à l’apôtre Pierre : c’est à Jaffa, l’antique Joppé, que les Actes des Apôtres situent la résurrection de Tabitha et la vision qui conduisit Pierre à ouvrir l’Église aux non-Juifs. L’église franciscaine Saint-Pierre, dont la façade ocre domine le vieux port, rappelle cette mémoire.
Le port de Jaffa, où arrivaient les chrétiens pendant les croisades
Juste à côté, dans le jardin qui couronne la colline, se dresse une arche de pierre sculptée, connue sous le nom de « porte de la Foi ». Ses reliefs illustrent des scènes de l’Ancien Testament, dont le sacrifice d’Isaac, le fils qu’Abraham s’apprêtait à offrir à Dieu avant que l’ange n’arrête son bras. Pour un chemin qui mène à Jérusalem, et donc au mont Moriah où la tradition situe ce sacrifice, le symbole est fort.
le port de Jaffa
Une sortie de ville sans antiquité
Il faut ensuite quitter l’agglomération. C’est la seule portion du chemin qui ne suit pas le tracé historique : l’ancienne voie des pèlerins est aujourd’hui recouverte par une autoroute. Les concepteurs de The Way to Jerusalem ont donc dessiné l’itinéraire le plus logique pour un marcheur, à défaut du plus authentique.
Le parcours traverse le marché aux puces de Jaffa, un dédale de ruelles où s’entassent meubles anciens, bibelots et vêtements, puis rejoint la ville de Holon. Les pèlerins y longent le jardin des Femmes et le jardin japonais, avant d’affronter une séquence plus inattendue. Entre Holon et Rishon LeZion, le chemin s’enfonce sur environ 2 km dans les dunes de sable, l’un des derniers vestiges des grandes dunes côtières qui bordaient autrefois la plaine. Les organisateurs l’ont baptisé le « passage du désert ».
Ce début d’itinéraire illustre le parti pris des fondateurs du chemin : faire traverser au pèlerin le bruit et l’agitation des villes, comme un apprentissage du silence intérieur, avant d’atteindre les collines de Judée.
Rishon LeZion, l’étape du sionisme
Au bout d’une vingtaine de kilomètres, voici Rishon LeZion, littéralement « le premier à Sion », d’après un verset du livre d’Isaïe. La ville fut fondée en 1882 par des immigrants juifs venus de l’Empire russe, au moment de la 1re vague d’immigration sioniste. Elle compte parmi les toutes premières colonies agricoles juives de l’époque moderne en Terre sainte.
Très vite en difficulté, les colons furent sauvés par le baron Edmond de Rothschild, qui finança l’installation, la plantation de vignes et la construction d’une grande cave, toujours en activité. Son influence s’étendit à l’école, dont il finança la construction. Selon notre guide, le premier enseignant y faisait cours en français, faute de manuels en hébreu, ce qui en dit long sur l’empreinte de la culture française dans ces premières colonies. L’école de Rishon est pourtant restée dans l’histoire comme l’un des berceaux de l’enseignement en hébreu moderne.
La visite conduit aussi à la maison associée à la création du drapeau israélien. Le dessin actuel, une étoile de David bleue entre 2 bandes bleues sur fond blanc, a été préféré au projet de Theodor Herzl, le père du sionisme politique, qui imaginait un drapeau blanc frappé de 7 étoiles d’or. Ses bandes bleues reprennent celles du tallit, le châle de prière que les juifs pratiquants posent sur leurs épaules. Selon la tradition locale, ce drapeau fut hissé pour la première fois à Rishon LeZion en 1885.
C’est la seule étape du pèlerinage où il est question du sionisme. Cela fait partie de l’histoire du pays : impossible de faire l’impasse.
Vers Ramleh, la ville des califes
Le lendemain, l’étape est plus courte : 12 km à peine, en passant par la ville de Beer Yaakov. De quoi laisser le temps de découvrir une ville où se superposent 13 siècles d’histoire, des califes omeyyades aux soldats de Bonaparte.
Ramleh est présentée comme la seule ville d’Israël fondée par des musulmans. Au début du VIIIe siècle, le prince omeyyade Sulayman ibn Abd al-Malik, futur calife, la fait bâtir dans la plaine côtière, sur la route reliant l’Égypte à Damas, pour en faire la capitale de la province de Palestine. Son nom vient de l’arabe raml, le sable. La ville prospère rapidement et devient un carrefour commercial majeur.
Haroun al-Rachid, Saladin et les sultans mamelouks y ont laissé leur empreinte. Les croisés aussi : Ramleh fut le théâtre de plusieurs batailles entre Francs et Égyptiens au début du XIIe siècle, et Richard Cœur de Lion y installa son armée pendant la 3e croisade, sur la route de Jérusalem qu’il ne put jamais prendre. En 1799, Napoléon Bonaparte y fait étape au cours de sa campagne d’Orient, alors qu’il marche sur Saint-Jean-d’Acre.
En barque sous les arches
La visite commence sous terre, à la piscine des Arches. Ce vaste réservoir souterrain, construit à l’époque abbasside à la fin du VIIIe siècle, sous le règne d’Haroun al-Rachid, alimentait la ville en eau. Ses voûtes, portées par une succession d’arcs en ogive, comptent parmi les plus anciens exemples de cet élément architectural, que l’on retrouvera plus tard dans l’art gothique. Particularité du lieu : on le visite en barque, en glissant sur l’eau au plus près des voûtes.
La Tour blanche
Au cœur de la vieille ville, le complexe de la Mosquée blanche témoigne de la splendeur de la cité omeyyade. Construite une première fois au VIIIe siècle, la mosquée fut remaniée sous Saladin, à la fin du XIIe siècle, puis à l’époque mamelouke. Il n’en reste aujourd’hui que des vestiges.
Le monument le plus spectaculaire est la Tour blanche, haute d’une trentaine de mètres, achevée en 1318 sous le sultan mamelouk al-Nasir Muhammad ibn Qalawun. Sa fonction reste débattue : tour de guet offrant une vue de la Méditerranée aux premiers reliefs de Judée, ou minaret d’où le muezzin appelait à la prière. Elle demeure l’emblème de la ville.
Le musée archéologique de Ramleh complète la découverte, avec notamment une impressionnante collection de pièces d’or mises au jour lors des fouilles, qui témoignent de la richesse de la cité.
Joseph d’Arimathie et Napoléon
Ramleh est aussi une étape chrétienne. Une tradition ancienne identifie la ville à Arimathie, la patrie de Joseph d’Arimathie, ce notable qui, selon les Évangiles, obtint de Ponce Pilate le corps de Jésus pour l’ensevelir dans son propre tombeau.
Au XVe siècle, les franciscains y fondent un hospice pour accueillir les pèlerins catholiques débarqués d’Europe, qui faisaient étape à Ramleh après Jaffa, exactement comme le font aujourd’hui les marcheurs de The Way to Jerusalem. Le lieu est associé à Joseph d’Arimathie à partir du XVIe siècle. L’église actuelle, consacrée à saint Nicodème et saint Joseph d’Arimathie, date du début du XIXe siècle et abrite peintures, sculptures et vitraux. Selon la tradition franciscaine, Bonaparte y aurait passé une nuit en 1799.
La ville compte aussi un monastère grec-orthodoxe dédié à saint Georges, la Grande Mosquée, ancienne église des croisés transformée par les Mamelouks, ainsi que des lieux de culte juifs. Dans un pays marqué par des tensions récurrentes, Ramleh donne à voir une ville où plusieurs traditions religieuses restent inscrites dans le paysage urbain et la mémoire collective.
Le marché du mercredi
L’étape s’achève dans le marché de Ramleh, l’un des plus animés du pays. Créé à la fin de la période ottomane, il déborde de fruits et légumes, d’épices, de pains et de pâtisseries, de vêtements et de chaussures, à des prix réputés abordables, et des échoppes permettent de goûter aux spécialités locales. Chaque mercredi, des centaines de marchands installent leurs étals autour du marché permanent pour un immense bazar qui attire des milliers de visiteurs.
Le marché couvert
Prochaine étape : 26 km vers Latroun, le Toron des Chevaliers des chroniques franques, et ses moines
Informations : thewaytojerusalem.org
Photo d’illustration : Martial Roudier – Breizh info
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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