François Bousquet : « Si l’économie s’arrête trop longtemps, ils finiront pendus à un gibet » [Interview]

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François Bousquet est un esprit libre, et particulièrement fertile.

Entre la gestion de la Nouvelle librairie, de la maison d’édition du même nom, et la revue Eléments, il trouve tout de même le temps de multiplier les ouvrages qui font mouche, comme le dernier, Biopolitique du coronavirus, Télétravail, famille, patrie, qui a le mérite de susciter la réflexion, et le débat, autour de la pandémie de Covid-19 et surtout de ses conséquences pour nos sociétés, avec cette fois-ci non pas le recul du penseur, mais le regard du journaliste et de l’écrivain qui suit l’évolution de la pandémie au jour le jour (puisqu’il s’agit d’une série de papiers parus sur le site de la revue Eléments ces derniers mois).

Pour en discuter, nous l’avons interrogé.

Pour commander l’ouvrage, c’est ici

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire Télétravail, famille, patrie ?

François Bousquet : Les joies du confinement – il y en a eu de toute sorte – surtout quand on vit comme moi à la campagne : la redécouverte du silence, le ralentissement de tout, la grande décélération sociale, avec en guise de couronnement : la mondialisation terrassée, paralysée, rien que deux mois malheureusement. Impossible d’avoir du vague à l’âme loin de Paris. Dès le 17 mars à midi, tout est devenu étrange, inédit, jouissif, subversif, jusqu’à cette « drôle de guerre », sans mobilisation, sans ennemi, sinon ce virus furtif, gérontophobe, à faible létalité. En fait de guerre, c’était plutôt un appel à la démobilisation générale, entrecoupé par le décompte quotidien macabre des morts. Pour le reste, le printemps a été magnifique de bout en bout, le soleil invaincu, le ciel d’un inaltérable bleu limpide, sans zébrures de kérosène.

La nature a retrouvé sa majesté et son allure oubliée de divinité familière. Le monde s’est arrêté, sauf pour les « premiers de corvée ». Qui n’en a rêvé ? Appuyer sur pause, arrêter de perdre sa vie à la gagner. Le Système, qui ne veut connaître que le mouvement perpétuel, la croissance indéfinie, s’est grippé. Alléluia ! Nous avons eu huit semaines durant une croissance négative, en bon français : de la décroissance, subie, contrainte, désirée. Ah, nom de nom, quel bonheur ! L’homme a retrouvé son chez soi, sa terre, les siens. L’assignation à résidence. Même les « Anywhere » ont subitement redécouvert qu’ils étaient des « Somewhere ». Même Homo festivus a fermé sa gueule, sauf le soir à 20 heures. Mais du moins n’a-t-il pas pu prendre l’avion pour aller faire du shopping à New York ou à Marrakech. Sa femme, transformée pour l’occasion en « desperate housewive », n’a pas eu le loisir d’acheter sa trentième paire de chaussures, la Gay Pride a été annulée, on a même cru pendant deux mois qu’Anne Hidalgo ne serait peut-être pas réélu. Je ne connais pas un réactionnaire, pas un révolutionnaire, pas un décroissant que de telles perspectives n’auraient pas réjoui.

La révolution néolithique touche à ses limites. Elle a trop bien réussi, tant et si bien que c’est notre cadre mental exclusif, celui dont nous sommes les créatures, résumé par la fable de « La cigale et de la fourmi ». Or, la Terre, si elle peut supporter 9 milliards de cigales, ne peut pas tolérer 9 milliards de fourmis – mobilisées, requises par la croissance, le productivisme, le consumérisme. Et qui toutes, encore plus dans les pays émergents, émergés, déjà submergés, pourraient dire avec Bush père : « Le mode de vie américain n’est pas négociable ! » C’était notre objectif, c’est désormais le leur. Cet « american way of life » – le seul universalisme connu – nous conduits tout droit dans le mur. Il repose sur l’endettement sans fin, tant écologique qu’économique, créant des niveaux de dette insoutenables, dette financière et biologique, ouvrant partout les vannes du crédit avec une prodigalité que des civilisation perdues, à la prodigalité somptuaire, la République de Weimar ou celle du Zimbabwe nous envieraient. À droite, on dénonce la dette financière ; à gauche, la dette écologique, suivant une hémiplégie dont il nous faudra bien nous défaire. N’importe quel homme sensé verrait qu’un tel mode de vie n’a pas plus de sens que d’avenir. Pas nous. Il nous reste à découvrir et à apprendre que la cigale de la fable n’est peut-être pas la plus imprévoyante des deux.

Breizh-info.com : Entre la désinformation de la presse mainstream, et les théories les plus farfelues qui émergent ici ou là sur Internet, la pandémie de coronavirus a rendu une partie de l’humanité totalement folle Comment s’y retrouver dans ce marasme ? Comment ne pas devenir totalement dingue ? Quel rôle à jouer pour la presse alternative ?

Tenir à distance le réel médiatique et son double complotiste. L’un et l’autre construisent une réalité alternative, insubstituable parce que fausse. Elle fonctionne comme un piège qui nous prive des outils de compréhension de notre situation historique. On doit se concentrer sur l’esprit du temps, c’est-à-dire son idéologie. Ce mot suscite toujours une petite pointe de mépris, mais tout est idéologique, même le refus de l’idéologie. L’idéologie, c’est un système global d’interprétation et de représentation du monde érigé en croyance collective ; une vision du monde assortie d’une norme de conduite. L’idéologie traverse tous les champs de la culture, populaire ou non : la philosophie, le sens commun, le droit, les séries télévisées, les publicités, la mode, etc. Contrôlons-nous ces différents domaines ? Non, de toute évidence. Notre adversaire, le gauchisme culturel, a sur eux un monopole radical, pour parler comme Ivan Illich. C’est un monopole de propriété intellectuelle. À nous de l’écorner, de le renverser, de lui substituer le nôtre. Gramsci, notre guide le plus sûr en ces matières, dit que la vraie philosophie est là, sans quoi elle n’est qu’« élucubrations individuelles », selon ses mots.

On doit apprendre à raisonner en termes de marque, de politique de marque, de branding. Notre marque générique, c’est l’identité. C’est ce mot qu’on doit imposer dans l’espace public. Or, il est frappé de toutes les formes d’illégitimité, sauf quand il s’agit d’identités minoritaires ou de marques commerciales. Au départ, le branding, c’était le marquage au fer rouge des bestiaux. Nous qui nous revendiquons de l’identité, on en est resté là, au sens premier du mot : on est littéralement marqué au fer rouge, comme du bétail. Or, une marque doit renvoyer une image positive, sinon c’est un boulet. Où nous situons-nous entre notre identité voulue et notre identité perçue ? Quelle image renvoyons-nous ? Une image largement négative, chacun en conviendra. Tout autre que nous renoncerait à ce mot, l’« identité », chargé d’un capital lexical aussi négatif. Pas nous, au contraire : c’est notre étendard. Tout notre combat consiste à le mettre au premier plan, à l’imposer. Comment ? C’est la question que nous devons résoudre pour rapprocher notre identité perçue de l’identité voulue par nous.

Breizh-info.com : Vous dites que cette pandémie de coronavirus a été une bénédiction, expliquez-nous…

Si nous sommes des sentinelles guettant le surgissement de l’imprévu dans l’histoire, s’efforçant au besoin d’en hâter la venue, alors cet imprévu a surgi de nulle part sous les espèces d’un coronavirus exotique. On ne sait pas encore s’il aura des effets bénéfiques ou maléfiques, pour recourir au vocabulaire orphique cher à Dominique Venner. C’est à nous de faire en sorte qu’ils soient bénéfiques. D’ores et déjà, ce virus a subitement freiné toutes les pollutions – économiques, touristiques, migratoires. Il a restauré l’oikos des Grecs, la maison, la maisonnée, le lieu d’habitation et de production, là où on grandit et on produit, là où on vit et demeure – là même où chacun d’entre nous a trouvé refuge deux mois durant.

Comment briser les logiques folles d’accélération propres à la mondialisation, accélération des échanges et des migrations, du changement des rythmes de vie et du changement des modes de vie, qui font que nos enfants seront bientôt tatoués du clitoris aux narines, qu’ils prendront de la cocaïne comme on boit du jus d’orange, qu’ils téléchargeront toujours plus d’applications mongoloïdes, toujours plus vite, en 5G, 6G, 7G ? Comment faire valoir le principe d’identité, pilier de la philosophie classique et de notre philosophie politique, dans un monde aussi instable, secoué en permanence par un mouvement brownien ? Comment les choses qui nous sont chères pourraient-elles être et demeurer si elles sont constamment soumises à des processus d’obsolescence programmée et de destruction créatrice ? Il n’y aura dès lors plus d’identité possible, ou alors multiple, comme chez les psychopathes. Cette question – comment enclencher des processus de décélération sociale et économique ? – va être un des grands enjeux des décennies qui viennent. Or, on n’y est absolument pas préparé.

Les logiques de la mondialisation sont centrifuges. Elles font sortir la Terre de son axe et l’homme de son noyau. Elles nous exhominisent, littéralement. Pensez aux trans, à l’IA, aux délires furieux de la Silicon Valley, à Elon Musk, le parton de Tesla, qui vient d’appeler son fils « X A-E A-XII », comme une capsule spatiale, comme s’il était admis que notre avenir, une fois tout épuisé, se trouvait dans un ailleurs stellaire. Pourquoi pas ? Un jour ou l’autre, dans un futur lointain, un astéroïde heurtera la Terre. On a choisi de ne pas l’attendre. Cet astéroïde, c’est nous.

Le mot d’ordre, surtout à droite, c’est « business as usual », les affaires doivent continuer comme avant, mais alors l’immigration doit-elle elle aussi se poursuivre comme avant, alors qu’elle a été stoppée pendant deux mois ? La droite française est de plus en plus un coupé-collé du Tea Party états-unien. Elle ne s’assume plus en tant que telle qu’à la condition de répudier l’ethos authentique qui la fonde : l’enracinement dans le foncier, le solide, la profondeur des choses, la matérialité du monde, la célébration de la terre et de la ruralité, la critique du progrès et de l’individualisme, l’éloge des communautés organiques, pas synthétiques, pas dématérialisées. Non désormais il semblerait qu’on ne jure plus que par le progrès, l’hyper-connexion : chacun veut la 5G, son crossover, ses vacances au bout du monde, demain son cerveau artificiel.

Breizh-info.com : Pensez-vous réellement que cette pandémie ressuscite l’idée, aujourd’hui méprisée, presque disparue, de limite ?

Elle l’a replacée de fait au centre des débats. Face à l’illimité de notre désir, le limité et le délimité du territoire, de la frontière, du génie du lieu. C’est là et là seulement, dans un monde non pas rétréci, mais redéployé à l’échelle de l’homme, que pourront s’exprimer de nouveau les identités muselées. Que scrute l’Athéna pensive conservée au musée de l’Acropole, se demandait Heidegger ? La limite. Il faut citer Heidegger, parce qu’en définissant la limite, il définit l’identité (et on comprend au passage qu’un monde dominé par l’illimité est un monde sans identité). « La limite n’est certes pas seulement le contour et le cadre, n’est pas seulement le lieu où quelque chose s’arrête. La limite signifie ce par quoi quelque chose est rassemblée dans ce qu’elle a de propre pour apparaître par-là dans sa plénitude. »

On rêve d’un monde sans limites, sans barrières, sans autre obstacle que celui que notre désir aura déterminé, sans signalisation. La limite pas plus que la signalisation routière n’interdisent la circulation, elles la régulent. Mais il y a des gens qui pensent qu’on roulerait mieux sans code de la route ni limitation de vitesse. On appelle cela des libéraux. La signalisation routière constitue à leurs yeux une entrave scandaleuse à la liberté de circuler. Pour eux, il n’y a ni hubris, ni risques, ni précautions à prendre. Le risque est au fondement de l’irresponsabilité du capital, puisque ceux qui le prennent – le système économico-financier – font peser tout le poids de leurs décisions sur ceux qui en subissent les conséquences – vous et moi. Bref, le risque est d’autant plus grand que ceux qui en sont à l’origine se refusent à en assumer la responsabilité. Pour eux, la peur est au-dessus de leurs moyens, fussent-ils colossaux.

Breizh-info.com : N’avez-vous pas l’impression d’assister parallèlement à un cas pratique, et mondiale, d’ingénierie sociale ? Comment expliquer cette facilité avec laquelle les gouvernants sont parvenus, via la peur et les médias, à dominer 90% des masses (confinement, masque obligatoire, brimades en tout genre…) ?

Mais au début, tout le monde a eu peur. Qu’on ne vienne pas me dire le contraire. Il suffit de rappeler avec quelle célérité chacun a regagné son terrier, guidé par le sûr instinct animal de la fuite. La peur a toujours été un des plus puissants moteurs de l’histoire. Rien de nouveau sous le soleil. De mon côté, quitte à surprendre, je fais l’hypothèse inverse de celle des complotistes, à savoir que les gouvernants ont encore plus peur que les gouvernés. Ils sont désemparés, ne savent pas quoi faire, faute d’être légitimes, faute d’être confortés par les sondages. Quoi qu’ils fassent, ils sont coincés, pour avoir épuisé le peu de crédit qu’il leur restait et renoncé à l’essence du politique : la décision. S’ils surprotègent les populations, on leur reproche de les infantiliser ; s’ils sont pusillanimes, on leur reproche d’être imprévoyants. Quels intérêts objectifs auraient-ils eu à saborder l’économie ? C’est la dernière chose qui les maintient en place. Ils savent tous que si l’économie s’arrête trop longtemps, ils finiront pendus à un gibet. Il n’est pas possible que Macron ait oublié sa fuite honteuse du Puy-en-Velay en décembre 2018 sous les huées, poursuivis par des Gilets jaunes. Dans ces cas-là, vous pensez forcément à Saddam Hussein, à la fuite à Varennes, à Louis XVI déguisé en valet de chambre. Ces images doivent vous hanter, vous réveiller au milieu de la nuit.

Le contrôle social, le vrai, pas celui fantasmé, c’est de nous maintenir dans un état d’hébétude volontaire pour continuer de produire-acheter-jeter jusqu’à épuisement de tout, des ressources, des hommes, du sens. Le vrai contrôle social, c’est tout ce qui concourt à nous faire croire que la société ne peut pas être autrement que ce qu’elle est, qu’il est normal de continuer à aller au bout du monde pour tremper ses pieds dans une eau turquoise, de consommer sans fin jusqu’à tout consumer. Est-ce que les GAFA ont besoin du confinement pour fermer des comptes à tout-va ; les médias centraux pour nous enfumer ; les marques pour nous formater ; la loi pour nous bâillonner ; les politiques pour voler notre vote ?

Qu’un libéral-libertaire authentique et conséquent – l’espèce est rare, un Gaspard Koenig par exemple – se prononce contre le contrôle social, c’est somme toute logique, mais nous, êtres communautaires, savons pertinemment qu’il y a un contrôle social nécessaire et légitime, exercé par le « surmoi » de chaque société, intériorisé par chacun d’entre nous. Il ne doit pas être envahissant – totalitaire –, aucune société ne pouvant être totalement transparente à elle-même, mais on ne saurait en faire l’économie. Tout dépend qui l’exerce : le surmoi communautaire ou l’œil de Big Brother ?

En quoi ce livre constitue-t-il pour vous « une sorte de grand écart entre le maréchal Pétain et Michel Foucault, théoricien de la biopolitique » ?

Parce qu’il emprunte son titre à Michel Foucault et à son concept de biopouvoir ; et son sous-titre à la triade pétainiste. La biopolitique postule que la modernité, à partir du XVIIIe siècle, a conféré à la vie humaine une valeur qu’elle n’avait pas jusque-là. Ce qui comptait alors, c’était l’au-delà, la cité céleste. Désormais, ce sera la cité terrestre, le culte de l’individu, de l’hygiène, de la bonne santé, de la longévité, de la protection des populations. Se placer sous les auspices de Foucault et de Pétain, c’est une manière de camper sur une ligne de crête où peut s’opérer, qui sait, la jonction de l’avant-garde et de l’arrière-garde. Cela étant dit, Michel Foucault est-il d’avant-garde, lui qui est le penseur officiel, académique, fétichisé, de la déconstruction ? Le maréchal Pétain n’a pas droit aux mêmes égards, surtout depuis que François Mitterrand n’est plus là pour fleurir sa tombe à l’Île d’Yeu chaque 11 novembre. Si du reste ce « grand écart » doit déranger, c’est seulement les foucaldiens, leur néo-maréchalisme fun, leurs dévotions de chaisières devant la parole oraculaire du « maître ». Pensez au triolisme, pas qu’intellectuel, d’Édouard Louis, alias Eddy Sale Gueule, de Didier Eribon, de Geoffroy de la Ganache.

Parlez-nous de la rentrée littéraire de votre maison d’édition, et de la Nouvelle librairie ?

Nous poursuivons notre guérilla culturelle suivant la même stratégie : l’asymétrie, le choix de la rupture contre la connivence. C’est la bonne stratégie, je crois, mais on doit la parfaire, l’intensifier, chercher plus de points de contact et de friction avec l’adversaire, être plus offensif. Comment se démultiplier pour se projeter sur tous les théâtres ? Comment médiatiser nos actions ? Nous faire connaître ? Changer d’ordre de grandeur ? Comment devenir viral, contagieux ? Réfléchissons en termes de viralité, de marketing des idées, d’efficacité, de visibilité. Quels sont les moyens dont on dispose pour se renouveler, se réinventer, se projeter sur de nouveaux théâtres d’opération ; pour enrichir notre répertoire d’interventions publiques ; pour gagner en efficacité ? Il faut gagner l’opinion publique. Elle ne demande qu’à basculer de notre côté, mais comment la toucher, comment accéder aux cœurs et aux esprits ? De deux choses l’une, ou on est une arrière-garde, poussiéreuse, qui sent l’encaustique et les odeurs de cuisine – alors nous sommes morts ou en passe de l’être –, ou bien on est une avant-garde. J’en rêve. On ne l’est pas assez. Si on se donne les moyens d’être une avant-garde, on s’inscrit dans une dynamique positive, on se donne les moyens de peser sur le cours de choses. Être une avant-garde au sens artistique et politique du terme.

La Nouvelle Librairie visait à reprendre pied au Quartier latin. C’est chose faire, trop modestement certes, encore trop timidement. Mais le Quartier latin n’est plus cette ZAR qu’il était au début pour nous, une zone à reconquérir, à reprendre, à réinvestir. La ZAR, c’est notre civilisation. Il faut la réinvestir intellectuellement, éditorialement, idéologiquement. C’est l’objectif des éditions. Ne plus se contenter du Quartier latin. S’imposer comme l’éditeur des dissidents, du renouveau, de la reconquête. Convaincre les gens qu’il se passe quelque chose. Toujours occuper, investir l’actualité.

Adossée à Éléments, la maison d’éditions est déjà riche d’une quinzaine de titres. Une dizaine d’autres viendront la grossir à la rentrée. Notre partenariat avec l’Institut Iliade s’accélère avec deux collections « Longue mémoire » – et des auteurs comme Guillaume Travers, Jean-François Gautier, Philippe Conrad – et « Cartouches » que Jean-Yves Le Gallou va étrenner. Et un département Jeunesse sous la houlette d’Anne-Laure Blanc. Nous allons même coéditer avec l’Institut Iliade un livre-manifeste, Pour un réveil européen, et une anthologie de Nietzsche, travail d’un auditeur d’une des promotions de l’Institut. Nous lançons également début septembre une collection avec l’Ojim, l’Observatoire du journalisme, qui sera dirigée par Claude Chollet. Ajoutez-y nos propres publications : Alain de Benoist, Julien Langella, Bruno Lafourcade, etc. ; et des ressuscités, Julius Evola, Jean Cau et une collection célinienne… Bref, nous faisons feu de tout bois. On n’est pas en situation de gérer de la rareté, on doit gérer de l’abondance, être omniprésent, n’étant pas suffisamment visible.

Nous pénétrons toujours par effraction dans l’actualité, en forçant les portes, sans carton d’invitation. Nous ne sommes jamais les bienvenus. Nous sommes des clandestins médiatiques ! Quelle stratégie d’effraction mettre en œuvre ? Nous devons être des spécialistes de l’effraction médiatique dont le butin n’est rien d’autre que du temps de parole. Comment dérober du temps de parole à notre ennemi ? Nous sommes condamnés aux coups d’éclat, à entrer de force dans l’actualité. Nous n’avons pas d’autre choix. C’est le mot de Stendhal dans La Chartreuse de Parme : la politique comme un coup de pistolet dans une œuvre littéraire. Nous devons être comme un coup de pistolet dans ce concert de louanges, de bêtises et d’indignations permanentes qu’est la société du spectacle, du vivre ensemble et de la distanciation sociale !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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