L’Insee Bretagne a publié, le 25 juin 2026, son bilan de conjoncture 2025 pour la construction et le transport dans la région, à travers deux études détaillées (Insee Flash Bretagne n° 125 et 126). Le constat est nettement contrasté : embellie marquée du côté du bâtiment, où les autorisations de logements bondissent après trois années de baisse, mais panne persistante dans le transport, entre immatriculations en recul et trafic aérien qui décroche plus qu’ailleurs. Tour d’horizon.
La construction de logements redémarre, portée par le collectif
C’est la bonne nouvelle de l’année. En 2025, 29 600 logements ont été autorisés à la construction en Bretagne, soit 6 300 de plus qu’en 2024, une progression de 26,9 % qui met fin à trois années consécutives de baisse. La hausse est nettement plus vigoureuse qu’au niveau national (+15,2 %), et le volume repasse au-dessus de la moyenne des vingt dernières années (27 800), sans toutefois retrouver le pic de 2021 (34 600 permis).
Cette dynamique est avant tout tirée par le logement collectif, qui bondit de 35,0 %, contre +17,0 % pour l’individuel — deux évolutions supérieures aux moyennes nationales. Au sein de la région, la croissance des autorisations dépasse ou atteint 30 % dans les Côtes-d’Armor, le Finistère et l’Ille-et-Vilaine, mais reste plus contenue dans le Morbihan (+9,5 %).
Les mises en chantier suivent, plus modestement : 21 800 logements commencés, soit +9,3 % sur un an (contre +5,2 % en France). Là encore, le collectif porte la reprise (+15,6 %), l’individuel progressant timidement (+2,7 %). Fait notable, le nombre de logements collectifs mis en chantier a pour la première fois dépassé celui des individuels : 11 800 contre 10 000 sur l’année. À l’échelle départementale, la hausse s’échelonne de +2,7 % dans le Finistère — pénalisé par un recul de l’individuel (-9,6 %) — à +15,3 % dans les Côtes-d’Armor. L’Ille-et-Vilaine, où près des deux tiers des mises en chantier sont collectives, concentre à elle seule 40,7 % du collectif régional.
Mais la vente de neuf reste grippée
La commercialisation n’a pas suivi le même rythme. En 2025, 3 736 logements neufs ont été vendus en Bretagne, en repli de 2,3 % sur un an — une baisse toutefois moins marquée qu’au niveau national (-6,1 %), où le volume a chuté de plus de moitié depuis 2021. Les appartements, qui constituent l’écrasante majorité des ventes, reculent de 2,9 %, tandis que les maisons neuves, marginales (3,7 % des ventes), rebondissent de 18,6 %.
Signe d’une possible amélioration, le stock de logements neufs disponibles diminue (-1,2 %), une première depuis 2022, même s’il demeure supérieur de 15,8 % à sa moyenne sur vingt ans. Côté prix, la tendance repart à la hausse : le mètre carré d’appartement neuf atteint 4 574 euros, en progression de 3,5 % sur un an. L’étude souligne un décrochage régional amorcé en 2018 : entre cette date et 2025, les prix ont augmenté de 4,7 % par an en moyenne en Bretagne, contre 2,6 % au niveau national.
À noter enfin, du côté du non-résidentiel, une croissance des surfaces autorisées (+4,3 %) et mises en chantier (+6,6 %), tirée par le commerce (+18,3 %) et le secteur agricole et forestier (+10,2 %) — ce dernier pesant jusqu’à 45,5 % des mises en chantier dans les Côtes-d’Armor.
Le transport en berne : les immatriculations reculent encore
Le tableau est nettement plus sombre pour la mobilité. En 2025, 92 385 véhicules neufs ont été immatriculés en Bretagne, en baisse de 2,8 % sur un an — un repli néanmoins moins prononcé qu’au niveau national (-5,3 %). Par rapport à 2019, avant la crise sanitaire, le recul atteint 22,9 % dans la région. Ce sont les voitures particulières, près des trois quarts du total, qui tirent la baisse vers le bas (-3,4 %), le repli touchant surtout les achats des ménages (-5,1 %) davantage que les flottes d’entreprises (-1,1 %).
L’électrique et les hybrides bouleversent le marché
Derrière ce recul global se joue une recomposition profonde des motorisations. En 2019, 92,5 % des voitures neuves vendues en Bretagne étaient intégralement thermiques ; en 2025, cette part n’est plus que de 27,2 %. L’électrique représente désormais une voiture neuve sur cinq (20,1 % en Bretagne, 19,9 % en France), après une envolée entre 2019 et 2023, suivie d’un palier. Mais un net regain s’observe au premier trimestre 2026, avec 30,0 % d’immatriculations électriques dans la région, contre 27,5 % au niveau national.
L’autre grand gagnant est l’hybride non rechargeable, passé de 5 % des ventes en 2019 à 43 % en 2025. Les hybrides rechargeables (5,6 %) et les motorisations au gaz (4,0 %) complètent ce paysage en mutation.
Utilitaires stables, bus en plein essor électrique
La conjoncture est moins dégradée pour les véhicules utilitaires légers, qui se maintiennent dans la région (21 366 immatriculations, -0,4 %) alors qu’ils chutent au niveau national (-5,4 %). Les poids lourds, eux, reculent nettement (2 881 unités, -10,6 %).
Surprise du côté des bus et autocars : 366 véhicules neufs immatriculés, soit une envolée de 51,2 % sur un an, liée au renouvellement des parcs de transports en commun. L’électrification y progresse fortement — 17,2 % de modèles électriques en 2025, contre 11,4 % au niveau national. L’étude cite l’exemple de Rennes Métropole, qui a déployé une centaine de bus électriques entre 2023 et 2025 avec l’objectif d’une flotte 100 % électrique d’ici 2030.
Marchandises en hausse, mais ciel breton en net repli
Seul segment franchement orienté à la hausse, le transport routier de marchandises progresse de 5,1 % pour la troisième année consécutive, atteignant 16,9 milliards de tonnes-kilomètres — un niveau qui reste cependant inférieur de 7,7 % à celui d’avant-crise. L’activité tend à se recentrer sur le trafic intrarégional, qui représente désormais 36,3 % des flux, contre 31,4 % en 2019.
Le trafic aérien, lui, décroche. Avec 1,44 million de passagers, les aéroports bretons enregistrent un recul de 3,4 %, à contre-courant de la tendance nationale (+2,3 %). Plus frappant encore, la Bretagne est la région française où le nombre de passagers a le plus diminué depuis 2019 (-38,7 %), quand la fréquentation nationale se rapproche de son niveau d’avant-crise. L’explication tient à la structure du trafic régional : très orienté vers l’intérieur, avec sept passagers sur dix sur des vols domestiques, il profite peu de la croissance nationale, principalement portée par l’international. Brest-Bretagne et Rennes-Saint-Jacques, qui concentrent à eux deux 98,8 % du trafic régional, pointent respectivement aux 18e et 20e rangs des aéroports métropolitains de plus de 100 000 passagers.
Au bilan, la Bretagne aborde 2026 avec un bâtiment qui retrouve des couleurs sur le front des autorisations, mais une demande de logement neuf encore hésitante, et un secteur des transports qui peine à renouer avec ses niveaux d’avant-crise — à l’exception notable de la transition vers les motorisations électriques, où la région fait jeu égal, voire mieux, que la moyenne nationale.
Les publications détaillées sont à retrouver dans les Insee Flash Bretagne n° 125 et 126.
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