La presse britannique revient sur le parcours de Jeffrey Donaldson, ancien dirigeant du Parti unioniste démocrate (DUP), condamné pour une série d’infractions sexuelles sur mineurs. Au fil des révélations resurgit la figure de son mentor politique, Enoch Powell, l’un des hommes politiques britanniques les plus marquants du XXe siècle, lui-même visé après sa mort par des allégations jamais établies.
De l’agent électoral au chef de l’unionisme
L’ascension de Jeffrey Donaldson est indissociable d’Enoch Powell. Recruté par le Parti unioniste d’Ulster (UUP) pour se présenter dans la circonscription de South Down, Powell — figure nationale passée par les conservateurs — fait de Donaldson, alors âgé de 20 ans et quasi inconnu, son agent de circonscription. Le jeune homme devient son bras droit, pilotant ses campagnes victorieuses de 1983 et 1986.
La relation dépasse le cadre politique. Powell tente de faire entrer Donaldson, sorti du système scolaire avec peu de diplômes, à Trinity College, à Cambridge — une offre que ce dernier décline. Powell sera l’invité d’honneur du mariage de Donaldson en 1987, et leur amitié durera jusqu’à la mort de l’ancien député, en 1998. À cette occasion, Donaldson saluera « un véritable homme d’État » doté d’une grande intelligence.
Fait notable relevé par la presse : lors de son procès, évoquant son passé, Donaldson n’a jamais nommé Powell, se contentant de mentionner « le député local » pour lequel il avait travaillé.
Des allégations posthumes visant Powell, jamais prouvées
C’est ici que le dossier devient plus trouble. Plusieurs années après sa mort, des allégations de nature pédophile ont visé Enoch Powell. En 2015, il a été rapporté que le responsable de la protection de l’enfance de l’Église d’Angleterre avait transmis son nom à la police, dans le cadre d’une enquête sur un présumé réseau pédocriminel lié à Westminster (opération Fernbridge, puis Athabasca). Un ancien résident d’institutions nord-irlandaises tristement célèbres — Williamson House et le foyer de Kincora, à Belfast, où des dizaines d’enfants furent abusés dans les années 1960 et 1970 — a par la suite affirmé avoir été victime de Powell dans les années 1970.
Ces accusations appellent la plus grande prudence. Elles n’ont jamais été établies du vivant de Powell ni confirmées par la justice : à l’issue de l’enquête, aucune « personnalité de premier plan » n’a été formellement identifiée comme ayant abusé d’enfants dans les lieux visés. Le biographe de Powell, Simon Heffer, a dénoncé des « calomnies effroyables » visant un homme « incapable de se défendre » et de nature à causer une profonde détresse à ses proches. Il convient donc de les présenter pour ce qu’elles sont : des allégations rapportées par la presse, contestées et non jugées.
Kincora, l’ombre persistante de l’histoire nord-irlandaise
Si ce dossier résonne, c’est qu’il touche à une plaie ouverte de l’histoire de l’Ulster. Le foyer de Kincora, théâtre d’abus systématiques sur mineurs, reste l’un des scandales les plus douloureux et les plus opaques de l’Irlande du Nord, mêlant défaillances institutionnelles et soupçons de protection en haut lieu. L’ancien résident qui met en cause Powell est aujourd’hui engagé dans une action judiciaire contre plusieurs administrations britanniques (Northern Ireland Office, ministère de la Santé, police d’Irlande du Nord et Home Office) pour les sévices subis.
Ce qui demeure établi
Au-delà des rumeurs entourant son mentor, un fait demeure incontestable : Jeffrey Donaldson, longtemps l’un des visages de l’unionisme nord-irlandais, a été reconnu coupable d’une série d’infractions sexuelles sur mineurs, faits dont le début se situe en 1985 — soit pendant la période où il était proche de Powell. La chute d’une figure aussi centrale du DUP a provoqué une onde de choc dans une province où l’Église, la politique et l’ordre moral ont longtemps formé un bloc.
Reste une question, que la presse britannique pose sans pouvoir y répondre : celle de savoir comment de tels parcours ont pu prospérer si longtemps à l’abri du regard public. Sur ce point, et tant que la justice n’a pas tranché ce qui relève de l’allégation, la rigueur impose de s’en tenir aux faits jugés — et de laisser le reste à l’enquête.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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