Quand des universitaires bruxellois classent un quart des électeurs européens à « l’extrême droite »

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Près d’un quart des électeurs européens votent désormais pour des partis qualifiés d’« extrême droite » — une étiquette appliquée par un réseau de recherche partisan, régulièrement accusé d’en faire une arme idéologique. Selon un nouveau rapport compilant les résultats électoraux à travers le continent, la part des suffrages accordés à ces formations nationales-conservatrices a été multipliée par près de cinq depuis le milieu des années 1990, avec une accélération marquée ces trois dernières années. Des résultats relayés avec enthousiasme par le quotidien britannique de gauche The Guardian — lequel se trouve être, par ailleurs, une organisation partenaire des chercheurs à l’origine de l’étude.

Une progression spectaculaire en trois décennies

Les chiffres, eux, sont parlants. L’analyse, menée par plus de 150 politologues répartis dans 31 pays, établit que la proportion d’Européens votant pour un parti dit d’« extrême droite » lors des dernières élections nationales atteint désormais plus de 23 %, contre environ 10 % il y a dix ans et à peine 5 % en 1995.

La poussée a été particulièrement nette entre 2023 et 2025. En France, le Rassemblement national est passé de 19 % à 37 %, devenant le premier parti à l’Assemblée nationale en 2024. En Autriche, le FPÖ a bondi de 16 % à 29 %, le Chega portugais de 7 % à 18 %. Au Royaume-Uni, Reform UK a fait grimper son score de 2 % en 2019 (sous l’étiquette du Brexit Party) à 14 % en 2024 — une formation qui récuse pourtant la qualification d’extrême droite. En Allemagne enfin, l’AfD a doublé son résultat en 2025, de 10 % à 21 %, terminant pour la première fois deuxième force du pays.

Ces partis participent aujourd’hui à des coalitions gouvernementales en Croatie, en Tchéquie, en Italie et en Finlande, soutiennent un gouvernement minoritaire en Suède, et arrivent en tête des sondages en Autriche, en Belgique, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. Tous n’ont pas le vent en poupe : aux Pays-Bas, le PVV de Geert Wilders a perdu près d’un tiers de ses sièges l’an dernier, et en Hongrie, le Fidesz de Viktor Orbán a été largement battu par son rival de centre-droit en avril.

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Le vrai enseignement : le rejet du système

Au-delà de l’étiquette, l’étude livre un constat plus frappant encore : une part record d’Européens vote désormais pour des partis anti-establishment, soit près de 30 % des suffrages. Le politologue Matthijs Rooduijn, de l’université d’Amsterdam, résume le glissement : lorsque le projet a débuté en 2018, un Européen sur quatre votait pour des partis populistes, de gauche comme de droite. Aujourd’hui, un sur quatre vote pour des partis classés à droite de l’échiquier, en majorité populistes — un basculement considérable.

Les auteurs avancent plusieurs explications. Les attitudes des électeurs sur des thèmes comme l’immigration n’auraient pas fondamentalement changé, mais seraient devenues bien plus déterminantes dans le choix d’un bulletin. S’y ajoute un effet de « normalisation » auto-entretenu — plus ces partis grandissent, plus ils paraissent ordinaires, un processus que Rooduijn lui-même attribue en partie aux médias et à la reprise de leurs idées par les partis de gouvernement. Enfin, il leur reconnaît un talent de « conteurs » : la capacité à structurer un récit opposant un « nous » à un « eux », à mobiliser les émotions, de la colère à la fierté.

Une grille de lecture contestée

Reste la question de la méthode, qui invite à la prudence. Les chercheurs appartiennent au projet PopuList, qui s’appuie sur des définitions jugées idéologiquement orientées et particulièrement extensibles pour ranger des partis — et, par extension, des millions d’électeurs — dans la catégorie « extrême droite » dès qu’ils s’écartent du consensus bruxellois. Le classement repose sur deux critères, le « nativisme » (l’idée qu’un pays devrait être habité par les seuls membres de son groupe natif) et l’« autoritarisme ».

Or cette étiquette est précisément celle que les europhiles appliquent volontiers à des formations qui se revendiquent du centre-droit, à l’image de Reform UK. Les partis concernés contestent d’ailleurs régulièrement cette classification devant les tribunaux, avec des fortunes diverses : en France, le Conseil d’État a validé en 2024 le qualificatif d’« extrême droite » accolé au RN par le ministère de l’Intérieur, tandis qu’en Allemagne, la justice a confirmé le classement de l’AfD comme « suspectée d’extrémisme de droite », sans aller jusqu’à la qualification définitive.

Si l’étude a le mérite de documenter une lame de fond électorale bien réelle, son principal écueil tient à son ambition affichée : moins comprendre ces électeurs que catégoriser, stigmatiser et, à terme, contrer les mouvements qu’ils soutiennent. Car derrière les pourcentages, c’est bien un message politique massif que les urnes européennes envoient, et qu’aucune étiquette ne saurait à elle seule désamorcer.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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