La scène a de quoi inquiéter quiconque tient à la liberté d’expression. Mi-juin, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a mis en demeure CNews de mieux respecter la « diversité des courants de pensée et d’opinion » sur son antenne, sous peine de sanctions financières. Une décision que le patron de Canal+, Maxime Saada, qualifie sans détour de « politique », dont l’unique but serait, selon lui, de « faire taire, puis faire disparaître » une chaîne que des millions de Français regardent librement chaque jour. Derrière ce énième épisode, une question s’impose : à quoi sert encore cette autorité, sinon à faire vivre grassement quelques fonctionnaires sur les deniers publics, au prix de nos libertés ?
Critiquer le pouvoir, désormais un « manquement »
Le plus glaçant tient au motif invoqué. Dans une tribune publiée par Le Figaro, Maxime Saada invite chacun à lire la décision elle-même. Et pour cause : parmi les torts reprochés à CNews figure noir sur blanc la mise en cause répétée de l’action de l’exécutif, la chaîne étant pointée pour des positions gouvernementales jugées « insuffisamment fermes ou cohérentes ».
Autrement dit, une autorité prétendument indépendante range la critique du pouvoir au rang des fautes. On croit rêver. Comme le résume le patron de Canal+, on peut dire ce que l’on veut, à condition de dire aussi ce que l’autorité veut entendre. Voilà une conception singulière du pluralisme, qui revient à museler précisément ce qui fait le sel d’un débat démocratique : la contestation de ceux qui gouvernent.
Une « jauge » que personne ne connaît
L’autre grief soulevé par le dirigeant concerne la méthode. CNews respecte scrupuleusement le décompte des temps de parole — un critère clair, mesurable, que la décision reconnaît elle-même comme satisfait. Mais l’Arcom y ajoute désormais une notion floue : le « déséquilibre manifeste et durable », un concept sans seuil ni référentiel précis.
Comme le souligne Maxime Saada, l’autorité sanctionne ainsi un « trop-plein dont personne ne connaît la jauge », une jauge qu’elle fixe elle-même au gré de ses appréciations. Ce n’est plus une mesure objective, mais un verdict arbitraire. Comment une chaîne pourrait-elle se conformer à une règle dont les bornes sont mouvantes et tenues par le seul régulateur ? L’insécurité juridique devient l’instrument de la mise au pas.
Le régulateur s’invite jusque dans la fabrique de l’information
L’Arcom va plus loin encore. Elle reproche désormais à CNews la structure même de ses émissions, notamment le fait que ses programmes phares s’ouvrent par un éditorial de l’animateur donnant le ton du débat. Le régulateur s’immisce ainsi, selon les termes de Saada, « dans la grille, dans le déroulé de l’émission, dans la fabrique intime d’une rédaction ».
On change de nature. Il ne s’agit plus de faire respecter des règles objectives, mais de dicter à une équipe journalistique ce qu’elle doit penser, dire et montrer. Une ingérence éditoriale inédite, qui interroge sur la frontière, désormais brouillée, entre régulation et censure.
Le précédent C8, et la trajectoire annoncée
Maxime Saada ne croit pas à un incident isolé. Il décrit une mécanique implacable : à la mise en demeure succéderont les sanctions financières, puis la menace de fermeture, dès lors que la chaîne ne pourra jamais satisfaire une exigence « impressionniste et imprévisible ». Et de rappeler que son groupe connaît déjà ce scénario pour l’avoir vécu avec la fermeture de C8. Il souligne d’ailleurs que, de toutes les démocraties où Canal+ opère, aucune autre n’est allée jusqu’à retirer sa fréquence à une chaîne. Aucune, sauf la France.
Une autorité dont on cherche encore l’utilité
Au fond, cette affaire repose la question de l’existence même de cette structure. Officiellement chargée de garantir la liberté de communication, l’Arcom semble surtout s’employer à la restreindre, érigeant la critique du gouvernement en faute et s’arrogeant le droit de juger du contenu des débats. On peut détester la ligne de CNews — là n’est pas le sujet. Comme le note Saada, ce qui distingue les défenseurs de la liberté de ceux qui « préfèrent le silence au débat », c’est précisément la volonté de laisser s’exprimer ce que l’on combat.
Pendant ce temps, l’Arcom annonce qu’elle se dotera à la rentrée d’une « veille » permanente sur les quatre chaînes d’information de la TNT, présidentielle de 2027 en ligne de mire. De quoi justifier budgets, postes et émoluments d’une bureaucratie qui prospère sur le dos du contribuable, au moment précis où elle fait planer une menace bien réelle sur le pluralisme qu’elle prétend défendre. Le contraste est saisissant : quand un pouvoir étranger s’en prend à la presse, la France s’indigne à juste titre. Encore faudrait-il, comme le rappelle le patron de Canal+, ne pas s’autoriser chez soi ce que l’on dénonce ailleurs.
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