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« Après la décision de la Cour de justice de l’UE [CJUE] de décembre qui demandait à la Hongrie d’arrêter les refoulements [d’immigrants clandestins] en Serbie, la suspension des opérations frontalières de Frontex en Hongrie est bienvenue », se réjouissait le 27 janvier Ylva Johansson, sociale-démocrate suédoise et commissaire européenne aux Affaires intérieures. L’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex) venait justement, par la voix de son porte-parole, de confirmer la suspension de ses activités en Hongrie. L’agence était sous le feu des critiques depuis plusieurs mois pour des accusations selon lesquelles ses fonctionnaires auraient participé à des refoulements « à chaud » d’immigrants pris en train de franchir illégalement la frontière entre la Turquie et la Grèce. Des accusations volontiers relayées par les grands médias et alimentées notamment par des ONG qui avaient dans le passé, dans les rapports annuels de Frontex, été elles-mêmes accusées de collaborer avec les passeurs.
Le 17 décembre dernier, la CJUE, qui avait été saisie par la Commission européenne, condamnait la Hongrie pour ses « zones de transit » où, jusqu’au printemps, les immigrants étaient retenus pendant la durée de leur procédure d’asile, avec uniquement la possibilité d’en sortir pour retourner en Serbie. La CJUE en avait alors profité pour réaffirmer son opposition de principe aux refoulements à chaud pratiqués par la Hongrie. Or celle-ci, depuis un jugement de la CJUE du 14 mai qui a interdit ces « zones de transit », n’accepte plus les demandes d’asile sur son territoire et refoule donc systématiquement les immigrants illégaux.
Curieusement, la même pratique des refoulements à chaud mise en œuvre depuis de nombreuses années en Espagne (à Ceuta et Melilla) et au printemps dernier en Grèce (en réaction à l’assaut migratoire organisé par la Turquie) n’a pas encore valu à ces pays une saisine de la CJUE par la Commission européenne. En outre, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait approuvé, en février 2020, les refoulements à chaud pratiqués par l’Espagne (une pratique également approuvée par la Cour constitutionnelle espagnole en novembre 2020) et avait validé, en décembre 2019, les zones de transit hongroises. La Commission européenne et la CJUE entendent visiblement aller plus loin que la CEDH dans le désarmement des Etats nationaux face au phénomène d’immigration illégale massive. La commissaire Ylva Johansson avait d’ailleurs critiqué les refoulements pratiques par la Grèce même si c’était en des termes plus mesurés qu’à l’égard de la Hongrie de Viktor Orbán.
Chris Borowski, le porte-parole de Frontex, a assuré que l’agence européenne ne retournerait pas en Hongrie tant que Budapest ne se serait pas conformé au jugement de la CJUE en matière de traitement des demandeurs d’asile. Autrement dit, tant que les immigrants illégaux n’auront pas la possibilité de faire une demande d’asile en Hongrie et de circuler librement dans l’espace Schengen en attendant la décision, Frontex ne reviendra pas. Mais dans ces conditions, Frontex ne sert à rien, et la Hongrie n’entend pas céder, sachant qu’elle peut toujours compter sur le soutien en matériel et en hommes de ses partenaires du groupe de Visegrád (V4). « La Hongrie ne cédera pas à la pression des forces pro-immigration. Elle continuera de défendre le peuple hongrois et les frontières de la Hongrie et de l’UE », a assuré Zoltán Kovács, le porte-parole hongrois pour les relations internationales.
L’ironie de la situation n’a pas échappé à Judit Varga, ministre de la Justice du gouvernement Orbán, qui a rappelé que la Serbie était un pays sûr et a déclaré : « Tandis que les pays européens se battent et ferment leurs frontières pour protéger leurs propres citoyens contre une pandémie inconnue jusqu’ici, ils attendent de la Hongrie qu’elle laisse tranquillement des foules de migrants envahir l’Europe ». •
Olivier Bault
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