La Bataille de Gaulle : une fresque splendide qui n’est pas tout à fait un film

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Autant l’écrire d’entrée : je ne suis pas entré dans la salle en dévot. Le personnage de De Gaulle m’a toujours moyennement intéressé, et le spectacle permanent d’hommes politiques minables de 2026 se réclamant d’un mort de 1970 pour justifier à peu près n’importe quoi a achevé de me le rendre encombrant. Il existe un moment où l’invocation constante d’une figure finit par vous dégoûter de la figure elle-même. J’en étais là.

Je suis donc allé voir les 2 volets de La Bataille de Gaulle dans les dispositions du type qui accompagne quelqu’un, mon fils en l’occurence pour une bonne leçon d’histoire. J’en suis ressorti content, et c’est déjà une information.

Un premier volet qui prend son temps, un second qui emporte

Disons-le franchement : L’Âge de fer, la première partie, traîne. La mise en place est longue, le film hésite entre l’exposition historique et la construction dramatique, et il faut une bonne heure pour que la machine s’ébranle vraiment. On comprend rétrospectivement le démarrage poussif au box-office — 380 000 spectateurs la première semaine pour un projet à 75 millions d’euros, ce qui ressemblait à une catastrophe industrielle avant que le bouche-à-oreille ne renverse tout.

J’écris ton nom, le second volet, est nettement supérieur. Plus resserré, plus tenu, plus incarné. Les enjeux sont posés, les personnages installés, et le film peut enfin faire ce qu’il sait faire : raconter. Si vous n’aviez qu’une soirée, c’est celle-là qu’il faudrait prendre — sauf que l’ensemble ne fonctionne évidemment qu’à condition d’avoir vu le premier. C’est le paradoxe de la formule.

Ce sont les autres qui portent le film

Voici mon principal étonnement de spectateur : ce diptyque sur de Gaulle est bien meilleur quand de Gaulle n’est pas seul à l’écran.

Jean Moulin, incarné par Félix Kysyl, est le personnage le plus réussi de l’ensemble. Il porte à lui seul ce que le film cherche partout ailleurs : une tension intérieure, un coût personnel, quelque chose qui se joue dans un regard plutôt que dans une réplique. Le Leclerc de Niels Schneider fonctionne pour des raisons inverses — l’évidence physique, l’élan, l’homme d’action qu’on suit sans qu’il ait besoin de s’expliquer. Quant à Churchill, il offre au film ses meilleurs moments de respiration, et le duo qu’il forme avec le Général produit les rares scènes où l’on rit franchement. Kassovitz en Darlan tient également très bien sa partie.

Le de Gaulle de Simon Abkarian, en revanche, m’a laissé à distance. Le parti pris est assumé : un homme raide, obsédé de protocole, incapable de céder sur quoi que ce soit alors qu’il ne dirige encore rien du tout. Intellectuellement, la construction se défend. Émotionnellement, elle produit un personnage souvent antipathique, dont on admire l’entêtement sans jamais s’attacher à lui. Est-ce fidèle à l’homme réel ? Probablement. Est-ce ce qu’on demande à un premier rôle sur 5 heures de film ? J’en doute.

Une fresque filmée, plus qu’un film

C’est ma réserve principale, et il faut la formuler précisément, car elle n’est pas un reproche de qualité.

La Bataille de Gaulle est une reconstitution historique remarquable, filmée avec les moyens et la grammaire du cinéma. Ce n’est pas tout à fait un film. Les événements y défilent dans l’ordre, chacun traité en séquence autonome : l’appel, Dakar, la manifestation des lycéens du 11 novembre 1940, Bir Hakeim, les tractations avec les Alliés. On passe d’un tableau au suivant. C’est instructif, souvent superbe, régulièrement émouvant — mais on ne s’attache presque à personne, parce que la dramaturgie n’est jamais au service des personnages : elle est au service de la chronologie.

Le cinéma raconte une histoire à travers des êtres. Ici, on montre des êtres à travers une histoire. La différence paraît mince, elle est déterminante : elle explique pourquoi on sort de la salle en ayant appris beaucoup et en ayant vibré par intermittence, plutôt que d’un bloc.

Cela dit, soyons honnêtes sur la difficulté de l’exercice. Comment condenser 4 années décisives, une vingtaine de figures majeures et 3 théâtres d’opérations sans sacrifier soit la vérité factuelle, soit la construction romanesque ? Baudry a tranché en faveur de la première. C’est un choix respectable, et il produit ce qu’il est censé produire : le meilleur reportage historique jamais adapté au format du grand écran. Il faut simplement savoir dans quelle salle on entre.

Il faut y emmener les jeunes, sans hésiter

Là-dessus, aucune réserve.

Le réalisateur a expliqué avoir conçu son projet pour les adolescents. C’est la partie du pari qu’il a le mieux gagnée. Un lycéen qui voit ces deux films en ressort avec un panorama solide de la période, des noms qui deviennent des visages, et — surtout — la sensation que l’Histoire est une matière vivante, faite de décisions prises dans l’incertitude par des gens qui ne savaient pas comment cela finirait.

C’est exactement ce que l’enseignement de l’histoire ne parvient plus à transmettre : non pas des dates, mais le sentiment que rien n’était écrit. Un gamin qui sort de là avec l’envie de lire sur 1940 aura tiré du film infiniment plus qu’une leçon patriotique. Et rien n’interdit qu’il enchaîne ensuite sur d’autres périodes, d’autres pays, d’autres échelles. C’est comme cela que naissent les vocations de lecteur.

Que Pathé ait décidé, après Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo, de creuser le sillon des grandes fresques nationales à gros budget me paraît d’ailleurs une bonne nouvelle industrielle, quoi qu’on pense des films pris un par un. Le cinéma français sait faire autre chose que la comédie urbaine et le drame social subventionné. On l’avait presque oublié.

Reste ma réticence du début, qu’il faut assumer jusqu’au bout.

Le film ne fait pas de politique, et c’est sa force : aucun parti ne peut réellement le confisquer, chacun peut y trouver ce qu’il y cherche. Mais il va sortir en DVD, passer à la télévision, être cité en meeting, et l’on verra fleurir les invocations. Que celles-ci ne vous dissuadent pas d’y aller : le film vaut mieux que l’usage qu’on en fera.

Ma note, puisqu’il en faut une : très bon, pas exceptionnel. Un 8 sur 10 pour l’ensemble, avec un premier volet à 7 et un second à 9. On peut aimer le cinéma et refuser la génuflexion. C’est même, en général, la meilleure façon de l’aimer.

YV

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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10 réponses à “La Bataille de Gaulle : une fresque splendide qui n’est pas tout à fait un film”

  1. Decrop dit :

    J’espère un 3°volet, centré sur la geste héroïque de la 2°DB, la fulgurante libération de Strasbourg, le « nid d’aigle »… Sans Leclerc, nous serions sous l’AMGOT, De Gaulle n’aurait rien pu faire. Keonig n’avait, par Bir Hakeim, qu’annoncé que la France n’était pas tout à fait morte !

  2. LE MAÎTRE G. dit :

    De Gaulle n’ayant jamais été ma tasse de thé, j’ai en mémoire l’épisode de L’Algérie qui a meurtri beaucoup de Français, il a commis de graves erreur, beaucoup de sang sur les mains, et j’ai vu dans sa raideur au cours de ces deux épisodes un homme exigeant, autoritaire orgueilleux, rancunier, d’un ego aussi grand que sa taille ce qu’il a bien été dans la réalité: de Général il ne l’a été qu’à titre provisoire pour avoir été un obscur secrétaire d’État à la guerre pendant trois semaine en 1940 et il a déserté ! mais par contre on peut lui reconnaître sa clairvoyance envers Les Ricains et son opposition à leurs intentions malhonnêtes de L’Amgot, L’Histoire est ainsi construite en faisant de personnages pas si importants des héros pour la postérité.
    L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs c’est bien connu.

  3. Brunrouge dit :

    La belle droite a perdu tous ces repères. Elle n’a plus que la figure du colonel De Gaulle pour se rassurer. Oubliées les barbouzeries, les promesses non tenues, la fuite à Londres. La fuite à Baden Baden.

  4. Alex dit :

    Quel general?
    Si je me rapelle bien il etait general à titre provisoire;un
    Lieutenant colonel ou colonel pas plus.
    Il avait une jolie plume donc il a bénéficié du soutien de l oncle de son fils: le marechal Petain .Malgré des états de service déplorables à Verdun…Mr se fait voler son arme de poing puis blessé à la fesse il impose la redition à ses hommes fou de rage. En prison, il n est meme pas autorisé a garder son sabre d’apparat par les allemands car ayant perdu son honneur (contrairement a nombre d officier).
    Il est parti en angleterre en plein combat sans ordre de mission… donc mis d office à la retraite par gentillesse du marechal mais en Russie on l aurait pendu! Il devait tout au marechal mais l’ingrat lui a craché dessus toute sa vie.
    Il fut le general micro,le suce baloche des anglais qui par l élimination de Petain ,Giraud,Darlan passera de l hommes des FFL soit 17000 hommes…à celui de chef de l’armee de liberation 365000 puis 500000 hommes …par une succession de hazards tres britannique et pas tres catholique. Il n a jamais protesté sur le moment pour les bombardements homicides qui tueront probablement plus des notres que les évennement de juin 40 (sans parler des délirantes destruction urbaines injustifiables)
    . Tout est suspect dans son cv…un politicien dans l ame mais pas un militaire nationaliste c est sur! Son role en 1945 c est s imposer au coté des communistes en purgeant les derniers éléments sains de l hexagone puis creer la 5 eme raie-publique soit le dernier etat marxiste d europe car si on tient compte de l impot sur la succession l état ripoublicain baffre 80/100 de la richesse produite…
    La France le seul pays vraiment communistes meme la chine actuelle est plus généreuse avec ses habitants… Tous les pays marxistes actuels cherchent à sortir de se systeme basé sur la redistribution …Mais nous on augmente et les taxes et l age de depart a la retraite pour sauver ce systeme mortifere et ses rentiers.
    Ce mec est laid intérieurement; c est le magouilleur type toujours pret à changer de wagon, indentifiant le destin de la france à sa personne…s imaginant un destin mondial dans une 3eme voie au coté des caffres et des bédouins(un co-développement avant l heure).
    400 000 Algeriens en 1962 en metropole et aujourd hui 4 000 000 « au bas mot » ce type n a pas voulu de l Algerie francaise en aujourd hui nous avons la France Algerienne…quel connard!

  5. beauchene dit :

    Bonjour,
    Je ne suis pas un fervent Gaulliste mais je souhaitais faire découvrir ce pan d’histoire à mon fils de 11 ans et c’est réussi. Personnellement j’adore le personnage de Churchill. A allez voir absolument, surtout avec les ados

  6. Tirpitz dit :

    Après l’Odyssée de Nolan, on a droit au retournement de veste sur De Gaulle. Et avec le même prétexte : « les jeunes vont lire des bouquins là-dessus ». Alors qu’il s’agit d’un film pour les boomers. Vous pouvez essayer de vous rassurer comme vous voulez, vos obsessions gaulliennes disparaîtront avec vous. Dans ce pays ruiné, désaxé et complètement envahi -votre héritage-, les jeunes blancs vont devoir survivre. Et ils ne tresseront certainement pas des lauriers à un De Gaulle responsable éminent de leur situation.

  7. Tirpitz dit :

    L’échec de l’AMGOT remonte à la manifestation massive des Cherbourgeois contre ce régime le 30 juin 1944. Ni Leclerc ni De Gaulle n’y sont pour quelque chose. Roosevelt, alors en campagne pour sa réélection, a demandé à Ike de laisser tomber. Par ailleurs, l’armée américaine avait d’autres chats à fouetter que de mater une révolte de Français, ce qui aurait été du plus bel effet… Et qu’on ne parle pas de la place de la France à l’armistice et à l’ONU, elle n’est due qu’à Churchill.

  8. Tirpitz dit :

    Merci Clémenceau pour la vassalisation à l’Angleterre en 1919,
    Merci Daladier et Reynaud pour la défaite et l’occupation en 1940,
    Merci De Gaulle pour la vassalisation aux Etats-Unis en 1944.
    Et depuis, gouvernements collaborationnistes pro-alliés pour la France « libérée ».

  9. Brunrouge dit :

    En parlant de Simone Weil, la philosophe, Charles De Gaulle « la considérait comme folle ». Quoi dire de plus sur le personnage.

  10. c.i.a. dit :

    Avec tout ce qu`ont reprochent à De Gaule, je comprend pourquoi Roosevelt ne voulait pas lui serrer la main.
    Petit bémole, il reste peut-êtres, pour nous au Québec ,son«  Le Québec Libre« .

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