C’est un tabou français qui vient de tomber, et c’est la LICRA elle-même – impensable il y a quelques décennies pour une association qui a fait beaucoup d’argent en poursuivant en justice des mouvements de défense des autochtones – qui l’a fait tomber. En commandant à l’Ifop l’une des plus vastes enquêtes jamais réalisée sur le racisme dans l’Hexagone — 14 025 personnes interrogées entre le 8 août et le 2 septembre 2025 —, l’association tente, pour la première fois, d’appliquer la même grille de mesure à toutes les catégories de la population. Y compris aux Français blancs, autochtones. Le résultat est sans appel : 39 % d’entre eux déclarent avoir été, au cours de leur vie, victimes d’une agression ou d’une discrimination à caractère raciste. Des millions de personnes, dont le vécu était jusqu’ici nié, euphémisé ou renvoyé au rang de « fantasme d’extrême droite ».
Publiée ce 9 avril 2026 l’étude intitulée « Racisme, antisémitisme — État des lieux des violences et des discriminations à caractère racial en France » est présentée par ses auteurs comme « la première cartographie exhaustive de l’exposition des Français aux comportements racistes selon leur appartenance ethnique et religieuse ». Un dispositif hors norme : échantillon deux fois plus large que celui de la dernière enquête TeO2 de l’INED (6 928 personnes), recueil téléphonique pour mieux capter les publics vulnérables, questionnaire entièrement consacré aux discriminations raciales, et surtout — innovation majeure — usage d’une variable de « groupe ethnique perçu par autrui », conforme aux recommandations CNIL 2025.
Nous avons lu les 25 pages du rapport. Voici ce qu’il faut en retenir, en commençant par ce que les grands médias parisiens risquent fort de passer sous silence.
Le chiffre qui dérange : 39 % des « Blancs » victimes de racisme
Le passage le plus inattendu de l’étude Ifop/LICRA tient en une section intitulée sobrement : « L’hostilité envers les “Blancs” : un phénomène mesurable, un débat à dépassionner ». Les auteurs, François Kraus et Léo Major — respectivement directeur et chargé d’étude au pôle Politique/Actualités de l’Ifop — y assument un choix méthodologique qu’ils qualifient eux-mêmes de « rarement assumé dans les études françaises sur le racisme ».
Les chiffres sont là, bruts : 39 % des personnes perçues comme « blanches » déclarent avoir été victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste au cours de leur vie. 17 % sur les cinq dernières années. Dans le détail : 19 % de moqueries désobligeantes, 19 % d’insultes, 12 % de menaces d’agression, 8 % de violences physiques. Rapportés à la population majoritaire française, cela représente en valeur absolue plusieurs millions de personnes.
« Nous ne sommes donc pas dans le fantasme victimaire », écrivent noir sur blanc les chercheurs de l’Ifop. « Près de quatre personnes perçues comme blanches sur dix décrivent une expérience concrète de rejet ou d’agression liée à ce qu’elles sont perçues comme étant. » Et de préciser : il s’agit bien d’une « hostilité à caractère racial envers le groupe majoritaire — un phénomène que l’on peut qualifier de haine envers les “Blancs” ».
Pour l’Ifop, c’est précisément l’absence de mesure qui a longtemps « laissé le monopole du discours sur ce sujet aux entrepreneurs politiques de la peur ». Autrement dit : à force de refuser de compter, on a abandonné le terrain. L’étude fixe donc les contours : oui le phénomène existe, non il n’est pas d’une ampleur comparable à ce que subissent les minorités visibles, oui il affecte le quotidien d’une partie réelle de la population.
Qui sont ces Blancs victimes ? La réponse surprend
L’Ifop pousse l’analyse plus loin et dresse le portrait sociologique des « Blancs » les plus touchés. Les chiffres contredisent quelques idées reçues. Ceux qui ont eu à subir le plus de discriminations au travail ne sont pas les Français de souche, mais les « Blancs » non-Français de naissance (12 % contre 6 %). Même schéma pour la recherche d’emploi (11 % contre 3 %), le logement (9 % contre 3 %) ou le voisinage (8 % contre 4 %).
Autre facteur aggravant clairement identifié par l’étude : vivre dans un quartier comptant plus de 20 % d’immigrés. Dans ces territoires, les « Blancs » déclarent davantage de discriminations au travail (9 % contre 6 %) et dans les transports (9 % contre 5 %). L’Ifop avance deux explications : soit ces Blancs « subissent les discriminations que vivent l’ensemble des personnes issues des quartiers dans lesquels il y a de la mixité », soit ils sont eux-mêmes issus de l’immigration. Une formulation prudente pour un constat qui, lui, l’est beaucoup moins.
L’accent est un autre déclencheur : 10 % des « Blancs » avec un accent ont subi des discriminations dans la recherche de logement contre 3 % sans accent. Si l’accent est extra-européen, le taux grimpe à 15 %.
L’évitement territorial : des Blancs qui fuient certains quartiers
C’est peut-être le constat le plus explosif de ce volet. 43 % des « Blancs » victimes déclarent avoir évité de fréquenter certaines rues ou certaines zones. 11 % ont déjà déménagé en raison du risque d’agressions ou de discriminations. 16 % ont même envisagé de quitter la France.
Qui sont ces Blancs qui fuient ? L’étude est précise : plutôt citadins, habitants d’Île-de-France et d’agglomérations de plus de 100 000 habitants (45 % dans chaque cas). Non pas des Français nouvellement arrivés, mais au contraire des Français de naissance (44 % contre 28 % chez les non-Français de naissance). Le profil type, dessiné par les données de l’Ifop, est celui d’un autochtone urbain qui adapte ses trajets quotidiens pour éviter des zones perçues comme hostiles.
L’Ifop emploie alors une formule que les lecteurs de Breizh-info reconnaîtront : « Il existe des territoires où des personnes perçues comme “blanches” se sentent exposées à une hostilité liée à ce qu’elles sont, et adaptent leur comportement en conséquence — en évitant certains lieux, en quittant certains quartiers, en modifiant leurs trajets. » Et de poursuivre, dans une phrase que nous tenons à citer intégralement : « Que ce phénomène soit instrumentalisé par l’extrême droite ne le rend pas fictif ; que des données le mesurent pour la première fois sur un échantillon de cette ampleur devrait au contraire permettre de le soustraire au registre de l’anecdote et de la polémique pour le ramener dans le champ de l’analyse. »
Traduction : pendant des décennies, les Français qui racontaient fuir leur quartier ont été qualifiés de racistes, fantasmeurs ou relais de l’extrême droite. La LICRA et l’Ifop viennent, chiffres en main, de valider la réalité de leur expérience.
Le tableau d’ensemble : 46 % des Français victimes, mais tous ne le vivent pas à la même intensité
Il serait malhonnête de s’en tenir au seul volet « Blancs ». L’étude Ifop/LICRA livre un panorama global qu’il faut restituer dans son intégralité. Globalement, 46 % des Français — près d’un sur deux — déclarent avoir été victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste au cours de leur vie. 24 % sur les cinq dernières années, 15 % sur les douze derniers mois.
Mais cette moyenne masque un gradient massif selon le phénotype perçu : 39 % chez les « Blancs », 60 % chez les métis, 70 % chez les Est-Asiatiques, 80 % chez les personnes perçues comme « arabes » ou « noires ». L’écart entre extrêmes atteint 41 points. L’Ifop en tire une conclusion limpide : « La pigmentation et les marqueurs phénotypiques demeurent les principaux déterminants de l’exposition au racisme en France. »
Sur le registre religieux, les musulmans (79 %) et les juifs (69 %) sont les plus exposés, suivis des bouddhistes (64 %), des protestants (57 %) et des catholiques (43 %, en dessous de la moyenne nationale).
Juifs : 80 % de victimes, 55 % envisagent l’exil
Le volet consacré aux Français juifs est important. 80 % ont été victimes d’agressions ou de discriminations racistes au cours de leur vie — un niveau comparable à celui des minorités visibles. 51 % sur les cinq dernières années, 37 % sur les douze derniers mois. Et surtout : 81 % ont adopté au moins un comportement d’évitement (contre 52 % en moyenne), un taux « sans équivalent » selon l’Ifop.
Le chiffre le plus lourd politiquement : 55 % des juifs victimes ont déjà envisagé de quitter la France, un taux qui grimpe à 67 % chez les victimes d’agressions physiques. François Kraus parle d’une « sécession silencieuse » et d’un « désinvestissement psychologique de l’appartenance nationale ». 31 % des juifs victimes de discriminations scolaires ont déjà changé d’établissement pour leurs enfants. 15 % ont eu des pensées suicidaires — le taux le plus élevé de toutes les catégories mesurées.
L’étude rappelle que ces chiffres font écho aux constats dressés dès 2002 par Georges Bensoussan dans « Les Territoires perdus de la République », ouvrage collectif dont la publication avait déclenché une violente polémique à l’époque. Vingt-quatre ans plus tard, la LICRA — qui n’avait pas toujours été la plus virulente sur ce terrain — valide empiriquement ce diagnostic.
Musulmans, Noirs, Arabes : un racisme de masse ?
L’enquête confirme la surexposition massive des minorités visibles : 80 % de victimes chez les personnes perçues comme « noires » ou « arabes », 79 % chez les musulmans. Les profils « noirs » et « arabes » sont, selon l’Ifop, « quasiment superposables » : 61 % de comportements racistes subis ces cinq dernières années dans les deux groupes, taux d’insultes identiques (49 % et 50 %), rapport aux forces de l’ordre symétrique (34 % de traitement perçu comme injuste).
Les discriminations à l’école (30 % pour les Noirs, 35 % pour les Arabes contre 7 % pour les Blancs), au travail (30 % et 28 % contre 6 %), face à la police (34 % et 34 % contre 14 %) dessinent un rapport de 1 à 4 ou 5. Les musulmans cumulent stigmate ethnique et stigmate religieux : 38 % ont subi une discrimination à l’embauche (taux le plus élevé toutes confessions confondues), 85 % de ceux qui portent un vêtement religieux déclarent avoir été victimes au cours de leur vie. 46 % des musulmans victimes envisagent de quitter la France — un chiffre que les auteurs rapprochent, troublés, de celui des juifs.
Police : un différentiel, mais pas de « racisme systémique »
C’est l’autre conclusion de l’étude qui contredit une partie du discours militant dominant. Oui, les minorités visibles déclarent un différentiel de traitement par la police : 34 % des Noirs et 34 % des Arabes estiment avoir été traités injustement, contre 14 % des Blancs. Mais — et c’est ce que l’Ifop souligne avec insistance — 64 % des Noirs et 65 % des Arabes considèrent, à l’inverse, avoir été traités de façon juste.
Les chercheurs tranchent : « On est moins face à un racisme systémique qu’à des pratiques discriminatoires récurrentes au sein d’une institution qui fonctionne de façon acceptable pour le plus grand nombre. » Le volet comparatif France/États-Unis apporte un éclairage contre-intuitif : les Noirs français expriment un niveau de confiance inférieur à celui des Noirs américains (64 % contre 74 %) — mais les Blancs français également (84 % contre 93 %). Conclusion de l’Ifop : la police française semble « traiter tout le monde moins bien » que son homologue américaine. Un problème de culture professionnelle générale, pas un racisme institutionnel spécifique.
Est-Asiatiques : la stigmatisation silencieuse
Dernier angle mort révélé par l’étude : 70 % des personnes perçues comme Est-Asiatiques déclarent avoir été victimes au cours de leur vie. 10 % ont eu des pensées suicidaires. 34 % ont subi des discriminations en milieu scolaire — un taux comparable à celui des populations arabes. La crise Covid a joué un rôle d’amplificateur, avec 55 % de victimations sur les cinq dernières années. Chez les jeunes de la génération Z, ce taux atteint 71 %.
Ce que cette étude change — et ce qu’elle valide
Au terme de ses 25 pages, l’enquête Ifop/LICRA pose plusieurs constats que, il faut le dire, les lecteurs réguliers de Breizh-info n’auront pas attendu 2026 pour entendre. Que des Français « de souche » fuient certains quartiers. Que des familles juives changent leurs enfants d’établissement scolaire pour les protéger. Que l’accent, le nom, l’adresse postale fonctionnent comme des marqueurs qui déclenchent des traitements différenciés, dans les deux sens. Que l’idéal « Républicain » français est un fantasme qui ne tient pas une seconde face aux communautés naturelles.
L’originalité de ce dispositif, tient à son refus de la hiérarchie morale. Toute hostilité à caractère racial est mesurée avec les mêmes outils. Ce parti pris aboutit à une conclusion qu’il faut lire attentivement : « La rigueur de la mesure est, en la matière, la seule position tenable car elle permet de reconnaître sans dramatiser, de nommer sans instrumentaliser — et de rappeler que la vocation d’une étude sur les racismes est de les mesurer tous, sans hiérarchie morale. »
Mario Stasi, président de la LICRA, appelle dans son éditorial à faire de la lutte contre le racisme une « grande cause nationale ». Soit. Mais cette étude, en intégrant pour la première fois les Français « blancs » dans le périmètre des victimes reconnues, pose une question que la LICRA elle-même n’avait jamais formulée aussi clairement : que fait-on, désormais, des millions de Français de souche qui contournent des quartiers, déménagent ou rêvent de partir parce qu’ils ne se sentent plus chez eux ?
La réponse n’est pas dans l’étude. Elle est ailleurs. Elle est politique. Elle est, peut-être, dans les urnes.
Source : Étude Ifop pour LICRA réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 14 025 personnes représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus. Publication sous embargo le 9 avril 2026. Contacts : François Kraus (Ifop), Lucas Duval (LICRA).
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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5 réponses à “Racisme en France : une étude LICRA-Ifop met (enfin) des chiffres sur le racisme anti-Blancs”
Vives félicitations et profonde gratitude pour cette magistrale et instructive lecture, véritable « étude sur l’étude ». Ce minutieux travail métapolitique est explosif, et le sera aussi à retardement. La pression devient trop forte, le Système va devoir lâcher des soupapes, sinon tôt ou tard ça va exploser, le racisme à sens unique est touché. Restera à le couler.
Avec soixante ans de retard, des dirigeants et des m$di$ qui font l’autruche. On verra bien…
Pourquoi sortir çà aujourd’hui d’ailleurs ?
Maure de rire…
La question qui reste posée après la lecture de l’article est: Est-ce qu’un juif séfarade vivant en France est un blanc? Binational, tri-national israélien, algérien, français? Demandant à être entérré en Israël comme Enrico Mathias, est-il un blanc?
Qui sème le vent, récolte le tempo…
Article bien inutile et qui pousse à la haine selon moi. Quel est le but de Breizh-info ??