Un penalty de Kylian Mbappé à la 70e minute, et voilà la France en quarts de finale de la Coupe du monde. Sur le papier, une qualification tranquille (1-0) contre un Paraguay accroché à sa surface. Dans les faits, un match hargneux, tendu, disputé sous une chaleur écrasante à Philadelphie. Mais ce qui a suivi le coup de sifflet final mérite qu’on s’y arrête : depuis samedi soir, une partie de la presse et des observateurs français déverse sur l’Albirroja et, au-delà, sur tout un continent, un flot de mépris qui en dit plus long sur eux que sur le football sud-américain.
Le procès en « salopards » d’une équipe qui a joué son football
« Une équipe de vrais salopards », « joga vomito », « match le plus infâme de la Coupe du monde » : les qualificatifs pleuvent depuis quelques heures dans les comptes rendus hexagonaux. Le crime du Paraguay ? Avoir défendu bas, dégagé loin, multiplié les fautes et joué la rugosité jusqu’à la caricature. Bref, avoir opposé aux Bleus un football de combat, viril et frustrant, à l’opposé de l’esthétique attendue.
On peut trouver le spectacle désagréable. On peut regretter l’arbitrage dépassé de l’Ouzbek Ilgiz Tantashev, incapable de tenir sa rencontre. Mais transformer une équipe qui applique un plan de jeu — défendre avec ses tripes, fermer les espaces, ressortir en contre — en bande de voyous, c’est révéler surtout une chose : une méconnaissance profonde de ce qu’est le football sud-américain. La garra, cette hargne défensive, cette culture du duel et de l’engagement, fait partie de l’ADN du continent depuis toujours. Ce n’est pas de la sauvagerie, c’est une école. Ceux qui s’en offusquent découvrent visiblement un football qu’ils ne connaissent pas ou restent à ne regarder que la Ligue des champions…en oubliant qu’il y a aussi du football partout ailleurs dans le monde.
Un mépris à géométrie variable
Le plus savoureux dans cette affaire, c’est la sélectivité de l’indignation. Quand une équipe européenne verrouille un match, on parle de « bloc bas maîtrisé », de « rigueur défensive », de « leçon de réalisme ». Quand une sélection sud-américaine fait exactement la même chose avec ses codes à elle, on convoque le registre de la brutalité, de la traîtrise, du guet-apens. Deux poids, deux mesures, et un vieux fond condescendant qui refait surface dès qu’il s’agit de juger le football des autres.
Le Paraguay est sorti la tête haute, invaincu dans le jeu de ses principes. Il a poussé les champions du monde en titre à « gagner moche », comme l’a reconnu la presse elle-même, ce qui est aussi une forme de compliment involontaire : il fallait bien qu’une équipe pose problème pour que les Bleus soient contraints d’aller chercher leur qualification sur un penalty tardif. La possession française — plus de 80 % à la pause pour zéro tir cadré — raconte moins la domination qu’une équipe adverse qui a fait exactement ce qu’elle voulait faire.
Le Maroc, prochain obstacle, autre style, même respect
Les Bleus retrouveront en quarts le Maroc, jeudi à 22 heures, pour une revanche de la demi-finale de 2022. Et là encore, il y aura matière à réflexion pour ceux qui rangent trop vite les nations dans des cases. Car les Lions de l’Atlas ont eux aussi souffert samedi à Houston avant de dominer le Canada (3-0), pays hôte éliminé, grâce à un doublé d’Azzedine Ounahi et un but tardif de Soufiane Rahimi.
Étouffés vingt minutes durant par le pressing canadien, incapables de tenter la moindre frappe en première période, privés sur blessure de leur meilleur atout offensif, les Marocains ont su renverser la rencontre avec efficacité et sang-froid. Le milieu de Gérone a débloqué la situation dès le retour des vestiaires avant de récidiver, servi par Brahim Diaz, auteur de deux passes décisives. Une qualification arrachée dans la douleur, elle aussi, qui rappelle qu’aucun tour à ce niveau ne se gagne dans le confort.
Ce que ce Mondial devrait apprendre
Reste ce constat, dérangeant pour qui aime les récits simples : la Coupe du monde n’est pas un défilé esthétique où seul le beau jeu aurait droit de cité. C’est une compétition brutale où chaque nation amène sa culture, son histoire et sa manière de gagner ou de résister. Le Paraguay a joué le Paraguay. Le Maroc a joué le Maroc. Et si une partie de la presse française préfère cracher son dégoût plutôt que de comprendre ce qu’elle regarde, c’est peut-être qu’il lui manque, précisément, la curiosité d’aller voir ailleurs comment on aime le ballon.
Rendez-vous jeudi pour un France-Maroc qui promet, lui aussi, son lot de tension. Avec, on l’espère, un peu moins de leçons de morale à géométrie variable.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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