Uber Eats, Deliveroo : la justice va-t-elle enfin soulever le tapis sous lequel la bobosphère cache ses esclaves immigrés ?

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Il faut se réjouir. Une fois n’est pas coutume, l’appareil judiciaire s’intéresse à quelque chose d’utile. Le 23 avril, une plainte pénale pour « traite d’êtres humains » a été déposée devant la procureure de la République de Paris contre Deliveroo et Uber Eats, portée par plusieurs collectifs de livreurs — la Maison des livreurs de Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, les associations Amal et Ciel — et par l’avocat Thibault Laforcade. Une démarche inédite en France. Mise en demeure additionnelle pour « discrimination algorithmique ». Action de groupe en ligne de mire. On voudrait que chaque plainte fasse autant de bruit. On voudrait surtout que chaque plainte, cette fois, aille jusqu’au bout.

Un chiffre qui dit tout

98% de ces livreurs sont nés à l’étranger. 64% n’ont pas de titre de séjour. Ils pédalent soixante-trois heures par semaine pour 1420 euros brut — quand les courses ne les paient pas trois euros net pour vingt kilomètres dans la nuit parisienne, à contre-sens de bus et sous l’averse, avec un sac isotherme qui leur scie les épaules et un smartphone qui leur hurle le prochain ordre. Les accidents sont massifs, les troubles urinaires généralisés — car on n’a pas le temps d’aller aux toilettes quand l’algorithme vous déconnecte — les douleurs chroniques banales. L’Anses avait tiré la sonnette d’alarme dès mars 2025. Personne n’a bougé. Un sentiment d’impunité totale pour les patrons.

Il a raison : depuis dix ans, ce système s’est installé dans nos villes avec l’aplomb des choses acquises, sous l’œil bienveillant des pouvoirs publics et la gloutonnerie béate de ses clients.

Qui profite, exactement ?

Il faut poser la question qui brûle les lèvres et que personne, dans la grande presse, ne pose : qui commande, le soir, à l’heure où ces hommes pédalent pour trois euros sous la pluie ? Qui signe, d’un index nonchalant sur une application, l’ordre qui les lance dans la circulation ? Ce ne sont pas les ouvriers des usines fermées du Nord. Ce ne sont pas les retraités de la campagne du Morbihan qui se cuisinent un ragoût. Ce ne sont pas les familles populaires qui travaillent à pas d’heure et qui savent, elles, ce que vaut un salaire gagné à la sueur du corps.

Non. Les clients, ce sont eux : les cadres supérieurs de la métropole, les diplômés des grandes écoles de management, les communicants, les créatifs, les consultants, les « talents » — comme ils se désignent eux-mêmes avec une coquetterie de classe que le marxiste Bourdieu n’aurait pas reniée.

Eux et leurs compagnes artistes, et leurs copains étudiants, communicants, etc qui se font livrer chaque soir parce qu’ils ne savent plus faire cuire une pomme de terre, parce que faire des courses « prend trop de temps », parce que leur week-end à Lisbonne les a épuisées. La bobosphère parisienne et ses répliques provinciales. La classe qui a voté Macron deux fois en se pinçant le nez, qui flirte aujourd’hui avec une gauche de salon dont toute la radicalité consiste à poster le bon hashtag pendant qu’un Malien lui monte son pad thaï au cinquième étage sans ascenseur.

L’immigration, ce grand mensonge de la gauche urbaine

Tout l’édifice idéologique de cette classe repose sur un bluff monumental : celui de l’immigration « richesse pour tous ». Or l’immigration de masse ne profite qu’à deux catégories, strictement. D’abord aux patrons qui y trouvent une main-d’œuvre docile, sans papiers donc sans recours, interchangeable, impossible à syndicaliser — le rêve humide du capitalisme tardif. Ensuite à cette bourgeoisie métropolitaine qui vote à gauche et qui achète le confort domestique — la livraison, la garde d’enfant, le ménage, le chauffeur Uber — à des tarifs impensables si ces services étaient rendus par un Français payé dignement. Le reste du pays, lui, paie : en services publics saturés, en logements raréfiés, en salaires tirés vers le bas, en cohésion nationale pulvérisée.

Cette bourgeoisie urbaine se paie en prime le luxe moral d’être gauchiste. Elle vote écologie ou LFI en s’envolant trois fois l’an pour Bali. Elle se dit antiraciste en ne fréquentant aucun Africain autrement que par le judas de son interphone, quand elle ouvre la porte pour saisir son sushi-pokebowl. Elle dénonce l’exploitation capitaliste tout en cliquant, le soir, sur l’application même qui la met en œuvre sous son nez.

Le même type qui commande sa coke

Et pendant qu’on y est, tant qu’à gratter la couche de vernis, lisons ce tableau jusqu’au bout. Cette même petite bourgeoisie, qui se fait livrer ses noodles végétariens par des livreurs sans-papiers, est aussi celle qui « sniffe un peu » les vendredis soir entre amis, qui appelle « son dealer » comme d’autres appellent leur ostéopathe, et qui alimente par son nez les cartels colombiens, mexicains, les massacres dans les favelas brésiliennes et les règlements de comptes à la kalachnikov dans les cités marseillaises. Le même individu, en une même soirée, finance une chaîne logistique d’exploitation humaine et une guerre de gangs meurtrière à dix mille kilomètres. Il ne s’en émeut pas. Il se dira de gauche, pourtant. Il partagera une infographie sur la souffrance animale entre deux rails.

Que crève ce modèle

Il y a dans la décision de ces associations une justice élémentaire, presque physique. Leur plainte, leur mise en demeure, l’action de groupe qui se profile, le texte européen adopté en novembre 2024 qui doit requalifier cinq millions et demi de travailleurs de plateformes : tout cela converge vers une conclusion, et il faut la prononcer clairement. Ce modèle doit disparaître. Pas être réformé, pas être « encadré », pas être « amélioré ». Disparaître. Comme doit disparaître, avec lui, l’idéologie qui l’a rendu possible : cette fiction d’une société fluide, connectée, où le travail humain se dématérialise en un service instantané délivré à domicile, et où l’on peut prétendre à la vertu morale tout en vivant sur le dos d’un prolétariat importé et invisibilisé.

Une civilisation digne de ce nom ne se nourrit pas de la misère des autres. Elle ne sous-traite pas ses tâches fondamentales — cuisiner, élever, transporter, soigner — à une main-d’œuvre qu’on fait venir du bout du monde pour la payer au lance-pierres. Une nation qui se respecte mange ce qu’elle cuisine, cuisine ce qu’elle achète, achète ce que ses propres paysans produisent, et rémunère dignement ceux qui la servent. Ce n’est pas un programme politique. C’est du bon sens. C’est ce qu’on appelait autrefois, sans rougir, la civilisation.

Que cette plainte aille au bout. Que la jurisprudence tombe. Que Deliveroo, Uber Eats et leurs clones disparaissent, et ne restent dans la mémoire entrepreneuriale que de la façon suivante : celui des entreprises dont la seule évocation, un jour, fera honte.

YV

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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10 réponses à “Uber Eats, Deliveroo : la justice va-t-elle enfin soulever le tapis sous lequel la bobosphère cache ses esclaves immigrés ?”

  1. guillemot dit :

    Excellent article qui décrit parfaitement la situation de ces nouveaux esclaves et la sociologie de ceux qui les « utilisent » . Si le patronat français proposait à nos ouvriers des salaires convenables ( que l’état récupère en partie ) et une plus grande considération, peut être y aurait il plus de candidats nationaux pour accepter ces travaux  » que les français ne veulent pas « 

  2. Grosboxon dit :

    « Ils sont très forts, les associations d’aide aux clandestins 😅 : ils vivent grassement des subventions grâce à la traite des Noirs et autres candidats à l’esclavage. Avant, les négriers allaient cueillir les esclaves vendus par d’autres Africains sur les rives d’Afrique ; aujourd’hui, ils ont trouvé comment les faire venir volontairement. Par ailleurs, ces esclavagistes du XXIe siècle, bobos des villes pour la plupart, se font livrer leurs repas à domicile par leurs nouveaux “boys”, et quand ils paient la livraison trois euros, ils râlent car ils trouvent que c’est trop cher 😊. » [email protected]

  3. André dit :

    Vous ne semblez pas conscient que, aussi loin que la mémoire humaine puisse remonter, il y a une constante en tout lieu : dès que cet animal un peu plus évolué que les autres a la possibilité d’exploiter son prochain voire le réduire en esclavage, il le fait. A ma connaissance, dans le monde animal, les fourmis sont parmi les très rares à agir de même, enlevant les larves d’espèces moins costaudes pour les élever et en faire leurs esclaves.
    Ensuite, vous avez raison et je vomis ces entreprises.
    Il n’en demeure pas moins qu’elles sont tolérées voire approuvées par une majorité qui se dédouane en faisant un don (fiscalement déductible) au téléthon.

  4. Yves dit :

    Je suis d’accord.Mais l’Etat français est co responsable de cette situation, notamment en raison de sa lâcheté sur l’immigration et du coût exorbitant des charges du travail.

  5. Didier Viard dit :

    Les « cadres » sont certes sur-représentés à Paris, mais ils ne se retrouvent pas seulement dans les professions que vous citez et dont la place dans les chaînes de valeur de notre régime économique procure les revenus permettant de recourir régulièrement à de tels services. Il y a aussi les fonctionnaires de rang plus ou moins élevé, puisque la capitale est truffée d’organismes « publics » en tout genre. Ce sont de tels organismes qui ont maté durement les Gilets jaunes et qui ont instauré de nombreux « logements sociaux », d’où doivent partir livreurs, nounous, travailleurs de chantier, gardiens, etc. De même que l’argent des affaires se concentre dans certaines fonctions économiques, l’argent des impôts (c’est-à-dire du travail productif) se concentre au sommet de la société. Avec le pouvoir exclusif de contraindre l’existence de celle-ci dans sa totalité, cette dernière n’est-elle pas réduite à une forme d’esclavage? L’article raille l’hypocrisie ou l’inconscience égoïste de privilégiés étalant des « valeurs », mais faut-il croire davantage à la « bienveillance des élites »? Il serait temps de prendre bien conscience de la nature profonde des sociétés occidentales. Commençons par le petit bout de la lorgnette: Est-ce que les « cadres » font régner patience, discipline et courtoisie dans la circulation parisienne?

  6. Marche à terre dit :

    Pourquoi ne dite-vous pas que 7 sur 10 de ces « nouveaux esclaves » sont des immigrés clandestins qui n’ont pas de papiers. Et que pour pouvoir effectuer ces jobs, ils empruntent l’identité de membres de leurs communautés qui eux ont des papiers aux normes et qui en échange leurs font payer 30 voire 50% de ce qu’ils gagnent.

  7. Brun Daniel dit :

    Aucun doute : inadmissibles « fake news » inventées par un de ces typiques représentants de l’extr^me droite qui ont l’applomb de prétendre que 1+1=2. Il reste à espérer que notre justice, largement inspirée par son syndicat de la magistrature et de ce fait un modèle dont tous les pays feraient bien de s’inspirer, renverra ces dénonciateurs indignes à leurs études…

  8. Ronan dit :

    Demat ; il convient de boycotter ces livraisons de repas et courses à domicile et de privilégier le circuit court. Mais un peu d’humour ne nous fera que du bien : « vite s’il vous plaît mon plat de nouilles »/ »Buan, mar plij ma bolz noodles »/ « Please ; quickly my noodle dish « ; super merci : bref, cet article m’a donné faim d’apprendre certaines expressions en français ; breton ; anglais. Bien sûr que je me concocte ce plat moi-même en étant pressé ; j’en ai pour cinq minutes avec des œufs bio sur le plat. Je pense que j’en ai à tout casser pour trois ou quatre euros en comptant l’électricité pour chauffer tout cela à la poêle , une vingtaine de coquillettes et les œufs plus le poivre et les oignons avec le pain complet. Le dessert est la chanson de Supertramp Dreamer/https://odysee.com/@devilsnight:6/Supertramp-Dreamer:e. Kenavo

  9. Yoaren dit :

    Ceux qui commandent sur ces plateformes sont juste de sacrées faignasses. Et sont souvent les premières à se plaindre, en plus, que leur repas est juste tiède 🤦🏻‍♂️

  10. thérébentine dit :

    Qui commande ?
    Des bourgeois gentilhomme & des précieuses ridicules qui se la jouent servis pare des larbins .
    & si on regarde bien ceux qui commandent ne sont que des gens de rien .
    Abuser des pauvres est d’un vulgaire !

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