« La Hongrie ressemble à la Grande-Bretagne de 1992 » — un chercheur britannique dresse le bilan de cinq années à Budapest

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Calum T. M. Nicholson est anthropologue social, formé à Cambridge puis à Oxford, docteur en géographie humaine. Ancien directeur du Climate Policy Institute, il enseigne les migrations internationales et l’impact des réseaux sociaux à Cambridge. Installé à Budapest depuis cinq ans comme chercheur invité au Mathias Corvinus Collegium, il livre au Hungarian Conservative un regard sur ce que la Hongrie conserve et ce que l’Occident a perdu.

Deux îles

Le rapprochement paraît fantaisiste, il est éclairant. La Grande-Bretagne est une île entourée d’eau ; la Hongrie une île linguistique, cernée de cultures qui ne parlent pas sa langue.

« Les cultures insulaires ont tendance à être créatives et un peu excentriques, et je pense que c’est le cas des Britanniques comme des Hongrois. »

Nicholson en tire une observation savoureuse : les Monty Python. Une troupe hongroise, le Holló Színház, en a traduit les sketches dans les années 1990, et ça a fonctionné. « Les Allemands n’ont jamais compris ; les Français n’aiment pas Monty Python parce que beaucoup de blagues sont à leurs dépens. Mais les Hongrois comprennent, et ils aiment. » Un ami hongrois lui a dit un jour que Shakespeare était un grand écrivain hongrois. Il ne sait pas exactement ce que cela signifiait, mais il pense que c’est vrai.

« Personne ne filmait »

L’observation la plus frappante de l’entretien tient en une scène.

Été 2022, festival de Tusványos, en Transylvanie. Sous la tente folk, un violoniste joue un air ancien, entouré de gens qui chantent et boivent du vin. Nicholson regarde et cherche ce qui lui semble différent. Puis il comprend.

« Il n’y avait pas une seule personne avec un téléphone en train de filmer. Personne ne consommait la scène comme un produit culturel à montrer ailleurs. Ce n’était pas quelque chose dont ils étaient à distance. Tout le monde faisait partie de l’expérience. »

Il rattache cela à une chose qu’il a remarquée dès son arrivée : les Hongrois soutiennent le regard. Ne pas regarder quelqu’un dans les yeux en trinquant est une faute de goût. Les Britanniques, eux, disent cheers en détournant les yeux.

« Au Royaume-Uni, on peut passer deux ou trois semaines sans avoir l’impression d’avoir eu une vraie conversation avec une vraie personne, présente. Ici, j’en ai deux ou trois par jour. »

« Nous avons pris quarante ans d’avance pour nous détruire »

La formule est de lui, et elle vaut d’être méditée.

À la question de savoir si la Hongrie ressemble à l’Occident d’autrefois, Nicholson répond sans détour : « La Hongrie ressemble à la Grande-Bretagne de 1992. » Il précise aussitôt ne pas parler d’arriération. Il évoque le vouvoiement, encore vivant là-bas, disparu chez lui — « il y avait cette formalité qui protégeait tout le monde ».

Son diagnostic sur l’Occident est plus dur : « L’Anglosphère est devenue victime de son propre succès, où nous avons cessé de penser qu’il fallait croire en quelque chose. Au Royaume-Uni, la chose à la mode est de ne croire en rien. Ici, les gens croient encore en quelque chose. »

Et cette explication, qui touche à ce que les Bretons connaissent d’expérience : « Parce que leur histoire a été traumatique, ils savent que si l’on ne cherche pas constamment à réaffirmer la culture, elle peut disparaître. »

D’où la comparaison la plus provocante de l’entretien. Le Vésuve a détruit Pompéi, et l’a du même coup conservée mieux qu’aucune autre ville romaine. « Le communisme a enseveli l’Europe de l’Est, mais curieusement, certaines choses ont été préservées de ce fait, qui ont été perdues face à l’hypercapitalisme occidental. En un sens, nous avons pris quarante ans d’avance pour nous détruire. »

Le brise-glace abîmé

Sur le rôle international de la Hongrie, Nicholson emploie une image que reprendront ceux qui suivent l’après-Orbán.

Le pays a été le premier à rompre avec le consensus technocratique sur la migration. « Leurs positions étaient jugées scandaleuses en 2015, et il a fallu du courage pour les tenir. » Ce faisant, dit-il, ils ont élargi la fenêtre d’Overton : ces débats sont désormais banals et ces positions largement reprises ailleurs.

Il cite aussi le secrétariat d’État aux chrétiens persécutés, dispositif sans équivalent — aucun autre État ne concentrait son aide au développement sur une communauté au motif qu’il est chrétien et soutient les chrétiens à l’étranger.

Mais l’image porte un avertissement : « Le vrai drame, c’est qu’il faut du courage et des sacrifices pour être le premier à ouvrir la voie, comme un brise-glace. D’autres peuvent venir derrière, mais le brise-glace finit assez abîmé. Et le gouvernement a évidemment perdu l’élection. »

Il ajoute que la Hongrie a pu parler au monde « non depuis la position d’une superpuissance avec toute l’arrogance qui l’accompagne, mais avec l’humilité d’une petite nation à l’histoire difficile ».

« Nous ne sommes pas un centre nerveux, mais un centre de nerds »

Le Danube Institute, souvent décrit dans la presse internationale comme une centrale d’influence, s’en amuse. Nicholson le décrit comme « un centre de nerds » — des gens qui s’intéressent à la culture occidentale, écrivent et parlent autour de ces questions. « Je pense que nous disons des choses que, dans dix ans, la plupart des gens accepteront comme du bon sens. »

Ce que la droite européenne devrait entendre

La dernière partie de l’entretien est la plus utile, et elle vise directement les conservateurs occidentaux.

Premier constat : le sujet a changé. « Les conservateurs ont à la fois profité et été victimes du fait que, ces sept dernières années, ils ont pu attaquer le wokisme et les idéologies néo-puritaines, et ils en ont tiré beaucoup de bénéfices en disant à quel point ces gens étaient fous. »

Le verdict tombe ensuite : « Le problème, c’est que c’étaient des points faciles. Il ne fallait pas beaucoup d’efforts pour souligner à quel point l’autre camp était ridicule dans ses extrêmes. Maintenant que tout cela s’éteint, les conservateurs doivent réellement définir ce qu’ils défendent. »

Second constat, plus sévère encore : « La gauche a toujours été bien meilleure sur le plan opérationnel. Trop de conservateurs sont préoccupés par ce qu’ils veulent dire plutôt que par la façon dont ils vont le dire. Il y a eu beaucoup de discussions idéologiques ; ils ont adopté une approche très intellectuelle face à un problème en réalité très pratique. »

D’où sa conclusion : « J’aimerais voir un peu plus de pragmatisme et de sens pratique dans la discussion conservatrice. »

Sur la Grande-Bretagne, il refuse de raisonner par partis. « Il faut dépasser la pensée partisane. Le plus important aujourd’hui, du côté conservateur — Conservatives, Reform, Restore —, c’est d’organiser des occasions de dialogue. Rassembler la droite britannique et débattre de ce qui nous importe fondamentalement, au niveau civilisationnel. »

Reste une inquiétude qu’il formule sans fard : « L’un des problèmes en Occident aujourd’hui, c’est que nous ne comprenons pas vraiment les problèmes ni les questions. Le monde change si vite. L’IA est-elle une menace ou une opportunité ? Les gens semblent dire les deux à la fois. Quelle est donc la politique à mener ? Nous avons le sentiment général que quelque chose ne va pas ou a changé, mais nous n’avons pas d’idée claire du pourquoi, du comment, ni de la solution possible. »

Et cette remarque, pour finir, sur le moment que nous vivons : « Le cycle de quatre-vingts ans dans lequel nous sommes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale semble toucher à sa fin. La question est de savoir ce qui vient ensuite. Et je ne pense pas que quiconque le sache vraiment. »

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “« La Hongrie ressemble à la Grande-Bretagne de 1992 » — un chercheur britannique dresse le bilan de cinq années à Budapest”

  1. Tirpitz dit :

    Les conservatismes ont ceci de particulier qu’ils ne conservent jamais rien.

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