Chronique. Remigration, le manifeste de Jean-Yves Le Gallou : pierre angulaire intellectuelle d’un mot d’ordre désormais européen

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Publié en début 2026 par l’Institut Iliade et la Nouvelle Librairie, Remigration. Pour l’Europe de nos enfants est le plus récent ouvrage de Jean-Yves Le Gallou, énarque, ancien député européen et fondateur de Polémia, l’un des théoriciens français les plus constants de la « préférence nationale » depuis quarante ans. Préfacé par l’identitaire autrichien Martin Sellner, ce manifeste de 130 pages se présente à la fois comme un diagnostic, un plaidoyer et une feuille de route.

Un manifeste mobilisateur, pleinement assumé

Le Gallou ne prétend pas écrire un traité scientifique. Son livre est un manifeste, c’est-à-dire un texte engagé, charpenté pour convaincre, mobiliser et structurer une cause. La construction même de l’ouvrage en deux parties – « pourquoi la remigration ? » puis « la remigration, comment ? » – traduit une ambition pédagogique limpide : poser le diagnostic, établir la légitimité, proposer la méthode.

L’ouvrage s’ouvre sur une longue préface de Martin Sellner, leader identitaire autrichien et auteur d’un livre éponyme paru en allemand en 2024. Sellner fixe d’emblée la dimension transnationale du projet : la remigration y est présentée comme un mythe mobilisateur capable d’unir tous les courants conservateurs et identitaires d’Europe autour d’un objectif commun. Reprenant Sorel, Sellner rappelle que « le mythe n’est pas une description des choses, mais l’expression d’une volonté par laquelle un homme ou un groupe se rassemble pour agir ». Cette dimension mobilisatrice n’est pas un défaut du livre : elle en constitue le cœur même, assumé par l’auteur.

Le Gallou s’inscrit explicitement dans cette filiation : « La remigration est un mythe mobilisateur. Elle affirme le droit des Européens à ne pas être Grands Remplacés ni colonisés. Leur droit à la continuité historique et culturelle. » Le livre est donc à juger comme tel : non pas comme une étude universitaire neutre, mais comme une contribution intellectuelle à un combat politique européen.

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Le diagnostic démographique : une démonstration redoutable

La partie chiffrée constitue probablement la dimension la plus difficile à contester de l’ouvrage. Le Gallou aligne les données démographiques avec une précision méthodique. Pour la France, sur la période 2003-2024 : décès en hausse de 15 %, naissances vivantes en baisse de 15 %, naissances de deux parents français en chute libre de 37 %, naissances d’au moins un parent étranger en hausse de 42 %, premiers titres de séjour délivrés en progression de 60 %. Le taux de fécondité moyen tombe de 1,79 à 1,62 enfant par femme, mais celui des femmes immigrées reste stable à 2,3.

L’auteur étend cette analyse à l’ensemble de l’Europe occidentale et démontre que la dynamique est partout comparable. La Suède, longtemps préservée, voit sa population née à l’étranger passer de 12 % à 20,8 % entre 2003 et 2024, avec 27,5 % d’habitants ayant une origine ethnique non suédoise. Sellner, dans sa préface, livre un calcul saisissant pour l’Allemagne : sur les 83 millions d’habitants en 2025, il ne resterait que 11 millions de femmes allemandes de moins de 40 ans sans origine migratoire, dont la fécondité tournerait entre 1 et 1,3 enfant. La génération suivante de femmes ne dépasserait donc pas 6 millions. Une projection vertigineuse, qui illustre la fenêtre de tir extrêmement étroite dont disposent encore les peuples européens pour inverser la courbe.

L’ouvrage insiste sur un point souvent occulté : même avec un arrêt complet du flux migratoire, la part des non-Européens dans la population continuerait de croître mécaniquement, en raison des différentiels de pyramide démographique et de fécondité. La conclusion logique est implacable : sans politique active de remigration, les Européens deviendront minoritaires sur leur sol entre 2050 et 2100 selon les pays. La quasi-totalité des projections sérieuses convergent sur ce point – l’auteur en cite plusieurs, basées sur des méthodologies différentes – et toutes pointent vers le même horizon.

C’est là un acquis majeur du livre : faire comprendre que le débat n’est plus entre stabilité et changement, mais entre changement subi et changement maîtrisé.

Une thèse anthropologique audacieuse : les Européens, peuple premier

L’audace conceptuelle majeure de Le Gallou tient dans son chapitre II, où il fonde la légitimité de la remigration sur le statut de peuple premier d’Europe pour les Européens. L’argumentation s’appuie sur les apports récents de la paléogénétique : 40 000 ans de présence des chasseurs-cueilleurs occidentaux (les fameux WHG, Western Hunter-Gatherers), arrivée des fermiers anatoliens (EEF, Early European Farmers) il y a 9 000 à 7 000 ans, vagues indo-européennes des steppes pontiques il y a 5 000 ans. Tous les Européens partageraient ainsi trois composantes génétiques majeures, avec un substrat ethnique stable depuis cinq millénaires jusqu’à l’arrivée de l’immigration extra-européenne dans les années 1960.

L’auteur appuie sa démarche sur la Déclaration des Nations Unies de 2007 sur les droits des peuples autochtones, dont il revendique l’application aux Européens. La force de cette thèse tient à sa solidité scientifique : l’auteur s’appuie sur les travaux paléogénétiques les plus actualisés et invite chaque lecteur à vérifier lui-même par un test génétique salivaire. Les pages consacrées à la grotte Chauvet, aux sites mégalithiques, aux racines indo-européennes de la civilisation européenne sont d’une grande beauté littéraire et documentaire, magnifiées par la culture historique étendue de l’auteur.

Le Gallou rejoint sur ce terrain une tradition intellectuelle riche, de Dominique Venner à Henri Levavasseur en passant par les travaux récents de l’Institut Iliade lui-même. La continuité de quarante millénaires y trouve une expression particulièrement aboutie. Renaud Camus, théoricien du Grand Remplacement, est cité à juste titre comme la source intellectuelle première de cette construction. Le livre s’inscrit ainsi dans une lignée de pensée structurée, dont il constitue une étape importante de maturation et de diffusion européenne.

La critique du gouvernement des juges : l’apport conceptuel le plus original

Le chapitre VI constitue probablement la contribution la plus originale et la plus argumentée de l’ouvrage. Le Gallou y développe sa critique du « gouvernement des juges » et propose ce qu’il appelle un « JUGEXIT » : un retrait de l’autorité des cours suprêmes, constitutionnelles et européennes (CEDH, CJUE) sur les politiques migratoires.

L’argumentation est documentée et difficilement réfutable. L’auteur cite Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, selon lequel « le juge n’a fait que remplacer le caprice du prince par le caprice du juge ». Il s’appuie aussi sur les travaux du juriste Grégor Puppinck, qui a démontré que sur la période 2009-2019, 22 des 100 juges permanents de la CEDH étaient issus de sept ONG actives devant la Cour, dont six financées par les fondations de George Soros. Le constat des conflits d’intérêts structurels au sommet de la juridiction européenne des droits de l’homme est techniquement établi.

Le Gallou multiplie les exemples concrets de blocages judiciaires : opération Fox en Autriche, délocalisation rwandaise du Royaume-Uni paralysée par la Cour suprême, projet albanais de Giorgia Meloni mis en échec, censure de la « loi Philippine » en France, vidage de la loi Darmanin-Retailleau de décembre 2023 par le Conseil constitutionnel. La démonstration est implacable : à chaque tentative de durcissement portée par des gouvernements démocratiquement élus, les juridictions suprêmes opposent un veto fondé sur « l’État de droit ». Le constat de Le Gallou est sans appel et juridiquement rigoureux : les décisions politiques migratoires en Europe sont aujourd’hui prises hors de tout contrôle démocratique réel.

L’auteur en tire la conséquence logique : si les peuples européens veulent reprendre la maîtrise de leur destin migratoire, ils doivent restaurer la primauté du politique sur le judiciaire. C’est l’apport conceptuel majeur du livre. Le terme « JUGEXIT », forgé par Le Gallou, est appelé à devenir – c’est l’un des paris du livre, et il a toutes les chances de réussir – un mot d’ordre central du débat européen des prochaines années. Sellner, dans sa préface, salue cet apport comme « un apport décisif à la théorie de la remigration ».

Une feuille de route opérationnelle progressive

Les chapitres VII et VIII proposent les modalités concrètes de la remigration, en deux étapes assumées comme progressives.

D’abord la « grande pause » : arrêt total des nouveaux titres de séjour, fin du regroupement familial extra-européen, restriction drastique de l’asile (réservé aux Européens, conformément à l’esprit originel de la Convention de Genève de 1951), refus du paradigme de l’immigration de travail comme solution démographique, sélection drastique de l’immigration étudiante. Sur ce dernier point, l’auteur démonte avec talent les illusions sur le solde budgétaire de l’immigration de travail – les statistiques européennes montrent que les immigrés extra-européens ont des taux d’emploi inférieurs aux moyennes nationales et perçoivent davantage d’aides sociales.

Puis le rapatriement, avec une typologie nuancée : expulsion prioritaire des clandestins et des délinquants ; non-renouvellement des titres pour les étrangers vivant exclusivement d’aides sociales ; déchéance et expulsion des binationaux hostiles et délinquants ; encouragement au retour volontaire pour les binationaux mal assimilés mais non hostiles ; reconnaissance pleine et entière de la citoyenneté pour les assimilés.

L’auteur insiste sur le caractère raisonné, raisonnable et progressif de la démarche – formule qu’il revendique. La remigration de Le Gallou n’a rien d’un projet brutal ou massif d’application instantanée : elle est conçue comme une politique publique de moyen terme, modulée selon des critères objectifs (statut juridique, comportement, niveau d’assimilation, hostilité éventuelle). En cela, elle se distingue nettement des caricatures qui en sont parfois faites par les adversaires du concept.

Cette progressivité est l’une des forces politiques du livre : elle rend l’idée de remigration argumentable au-delà du cercle militant initial, et donc politiquement appropriable par des partis de gouvernement ayant à composer avec les contraintes de l’exercice du pouvoir.

L’horizon européen et la stratégie métapolitique

Au-delà des modalités techniques, Remigration déploie une stratégie métapolitique consciente. L’auteur s’inscrit dans la tradition gramscienne revisitée par Alain de Benoist – combat des idées avant combat politique – mais l’enrichit d’une dimension proprement européenne. La conclusion du livre, « Peuples de l’Ouest, levez-vous ! » (référence assumée au discours de Théoden dans Le Seigneur des Anneaux), élargit explicitement l’horizon au-delà des seules nations particulières.

Le Gallou cite avec approbation l’éventail croissant des forces politiques européennes ayant inscrit la remigration dans leur programme : FPÖ autrichien (qui a récemment dépassé 38 % des suffrages), AfD allemand, Vlaams Belang flamand, Démocrates suédois, Vox espagnol, Chega portugais, Lega italien, Reconquête français, Homeland Party britannique, Droit et Justice polonais. Cette dynamique transnationale n’est pas anecdotique : elle traduit l’émergence d’un courant politique européen structuré autour d’un mot d’ordre commun, ce qui n’a pratiquement aucun précédent dans l’histoire récente du continent.

La référence à la mythologie commune des Européens – celtique, anglo-saxonne, germanique, finnoise, grecque, chrétienne – ainsi qu’à Tolkien comme expression contemporaine de cette mythologie unifiée, témoigne d’une volonté de fonder le projet politique sur un imaginaire civilisationnel partagé. C’est l’une des intuitions les plus fécondes de l’ouvrage : la remigration ne sera politiquement viable que si elle s’enracine dans une conscience européenne renouvelée.

Ce que le livre laisse en suspens

Quelques observations critiques s’imposent toutefois, dans l’esprit d’un compte rendu exigeant. Remigration est un manifeste ; il ne prétend pas être un traité juridique ni un manuel d’ingénierie institutionnelle. À ce titre, certaines questions techniques restent en suspens.

Le JUGEXIT, par exemple, suppose une révision profonde du cadre constitutionnel français et européen. Le Gallou évoque les exemples hongrois et polonais comme précurseurs, mais reste relativement évasif sur les modalités précises de cette révolution institutionnelle dans le contexte français. Référendum constitutionnel ? Article 11 ? Sortie de la CEDH ? Renégociation des traités ? Le débat technique mériterait d’être prolongé dans des travaux ultérieurs. C’est probablement la principale limite du livre : son ambition métapolitique et mobilisatrice prend le pas sur la précision des modalités juridiques.

De même, la question de la déchéance de nationalité pour les binationaux hostiles, légitime dans son principe selon l’argumentation de l’auteur, soulève des questions juridiques complexes que le livre ne traite pas dans tout leur détail. Le précédent suédois cité par Le Gallou (loi de 2022 sur le retrait de la binationalité) reste limité par les contraintes constitutionnelles propres à la Suède – contraintes que la France connaît également.

Ces réserves constituent simplement des chantiers que l’auteur lui-même invite, en filigrane, à approfondir. Sellner l’écrit d’ailleurs explicitement dans sa préface : « Toute l’intelligence européenne est désormais appelée à élaborer des projets politiques de remigration. Nous avons besoin d’analyses sur les avantages économiques. Nous avons besoin d’une base de données complète et d’un outil de suivi de l’assimilation afin de mettre au point des programmes de remigration détaillés. » Remigration pose le cadre, d’autres travaux devront le compléter.

Un ouvrage de référence pour la décennie qui vient

Au final, Remigration s’impose comme un ouvrage de référence dans la littérature politique européenne contemporaine. La force de la synthèse, la maîtrise des données chiffrées, la cohérence argumentative, l’ampleur de l’érudition mobilisée et la lisibilité du propos en font un texte appelé à trouver sa place dans les bibliothèques militantes, journalistiques et académiques à travers tout le continent.

L’ouvrage paraît à un moment où le mot d’ordre de remigration s’est durablement installé dans le vocabulaire de partis pesant désormais entre 15 et 38 % des suffrages dans plusieurs pays européens. Le sommet de la remigration tenu à Milan en mai 2025, sous l’impulsion de Sellner, a marqué l’institutionnalisation transnationale du concept. Les sommets d’Oslo et de Porto qui ont suivi, en présence notamment de Renaud Camus, en ont consacré la dimension désormais stratégique pour l’ensemble de la droite identitaire européenne.

Pour le lecteur exigeant, Remigration a au moins le mérite d’éviter les caricatures dans lesquelles certains commentateurs voudraient enfermer le débat. Le Gallou n’est ni un activiste de rue ni un démagogue. C’est un haut fonctionnaire formé à l’ENA, longtemps cadre du Front national des années Mégret, fondateur d’un think tank reconnu (Polémia), et auteur d’une œuvre théorique constante depuis quarante ans. Son livre reflète cette stature : argumenté, érudit, charpenté, et porté par une conviction profonde – celle que les Européens ont non seulement le droit, mais le devoir de transmettre à leurs descendants l’héritage civilisationnel reçu.

Comme l’écrit Le Gallou en conclusion, citant Dominique Venner : « Exister c’est combattre ce qui me nie. » Il est probable que ce livre soit longuement débattu, contesté ou défendu dans les années qui viennent. Cela suffit déjà à attester de sa portée.

Jean-Yves Le Gallou, Remigration. Pour l’Europe de nos enfants, préface de Martin Sellner, Institut Iliade / La Nouvelle Librairie, 2026, 130 pages.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “Chronique. Remigration, le manifeste de Jean-Yves Le Gallou : pierre angulaire intellectuelle d’un mot d’ordre désormais européen”

  1. Ronan dit :

    Ce livre va faire débat à l’orée de la Présidentielle si elle a bien lieu et suit d’accord que le Jugexit va enthousiasmer ou exciter certains d’entre nous mais ce ne sera pas suffisant car à mon simple avis, il faudrait définitivement sortir de l’UERSS = Frexit.

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