Figure montante de la droite identitaire européenne, la Néerlandaise Eva Vlaardingerbroek s’est imposée en quelques années comme l’une des voix les plus suivies — et les plus controversées — du continent. Née à Amsterdam en 1996, juriste de formation passée par les universités d’Utrecht, Munich et Leyde, cette ancienne cadre du Forum pour la démocratie de Thierry Baudet a quitté la politique partisane en 2020 pour devenir essayiste et commentatrice indépendante, omniprésente sur les réseaux sociaux et les plateaux conservateurs américains, notamment aux côtés de Tucker Carlson. Convertie au catholicisme en 2023, elle a choisi sainte Jeanne d’Arc pour patronne — une référence qui irrigue son engagement. Aujourd’hui, elle porte le Save Europe Act, une Initiative Citoyenne Européenne lancée avec Martin Sellner et soutenue par Viktor Orbán, qui réclame un moratoire sur l’immigration non-européenne, un cadre de remigration harmonisé à l’échelle de l’UE et la suppression des dispositifs sociaux jugés incitatifs.
Interdite d’entrée au Royaume-Uni en janvier 2026, elle revient pour Vox Europa et Breizh-Info sur les ressorts de son combat : la réalité qu’elle prête au Grand Remplacement, la mécanique de sa pétition, les obstacles juridiques européens, le lien qu’elle établit entre immigration de masse et sécurité des femmes, et le rôle qu’elle assigne aux médias identitaires. Un entretien sans détour.
Au CPAC Budapest en 2024, vous avez déclaré que le Grand Remplacement n’était plus une théorie mais une réalité. Deux ans plus tard, quels développements concrets confirment cette analyse, et qu’est-ce qui a changé depuis ce discours ?
Eva Vlaardingerbroek : Lorsque j’ai pris la parole au CPAC Budapest en 2024, j’ai dit que le Grand Remplacement n’était plus une théorie mais une réalité. C’était encore très controversé à l’époque. Je savais que je prenais un grand risque en en parlant, mais la vérité est la vérité et elle devait être dite. Surtout sur une scène pareille. Aujourd’hui, deux ans plus tard, les chiffres parlent malheureusement plus fort que jamais. Les grandes villes européennes ont poursuivi leur transformation démographique rapide. Les populations européennes de souche déclinent tandis que les flux non-européens, légaux comme illégaux, les remplacent. Les statistiques de la criminalité en Suède, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni montrent une surreprésentation persistante de certains groupes non-européens dans les infractions violentes et sexuelles. Les sociétés parallèles se sont étendues, et non réduites. Les scandales de gangs de violeurs continuent de faire surface, avec les mêmes schémas. Les systèmes sociaux ploient sous le poids de populations arrivées comme consommatrices nettes plutôt que comme contributrices. Les élites politiques continuent de réciter des platitudes sur la « diversité » pendant que les Européens ordinaires voient leurs quartiers, leurs écoles et leurs espaces publics changer au point d’en devenir méconnaissables. La trajectoire que je dénonçais n’a fait que s’accentuer, mais le point positif, c’est qu’on en parle enfin ouvertement. Cependant, la situation est si urgente que j’ai voulu dépasser le stade des « paroles ». C’est la raison d’être du Save Europe Act : passer à l’action concrète et donner aux gens un instrument pour contraindre Bruxelles à se positionner.
Le Save Europe Act est une Initiative Citoyenne Européenne : si vous atteignez un million de signatures dans sept États membres, la Commission est légalement tenue de répondre. Vous avez franchi les 100 000 en quarante-huit heures. Comment envisagez-vous d’atteindre le seuil du million de signatures, et dans quels pays la résistance est-elle la plus forte ?
Eva Vlaardingerbroek : Nous avons franchi les 100 000 signatures en moins de quarante-huit heures parce que le message résonne. Les gens en ont assez qu’on les manipule. Pour atteindre le million dans sept États membres, nous allons mener un travail de terrain acharné : des campagnes nationales adaptées à la langue et aux préoccupations de chaque pays, des alliances avec les partis et mouvements patriotes déjà présents au parlement, du contenu viral ainsi que des événements physiques. Nous avons déjà largement dépassé les premiers jalons et nous progressons rapidement.
La Commission peut choisir de ne pas agir, même après un million de signatures. Avez-vous prévu une solution de repli, ou la mobilisation elle-même porte-t-elle une valeur politique indépendante de la réponse institutionnelle ?
Eva Vlaardingerbroek : La Commission peut en effet traîner des pieds ou refuser d’agir véritablement, même après un million de signatures. C’est pourquoi la mobilisation elle-même revêt une valeur politique immense. Chaque signature est un acte de défiance civique. Chaque partage, chaque conversation, chaque groupe local formé autour de cette initiative déplace la fenêtre d’Overton et construit un pouvoir populaire patriote. Cela force le sujet à s’imposer au grand jour. Cela donne aussi aux gouvernements nationaux une couverture et une légitimité pour engager politiquement la remigration. Même une réponse formellement négative de Bruxelles ne serait pas une défaite : elle exposerait un profond sentiment antidémocratique et mobiliserait encore davantage de monde. Nous ne plaçons pas notre espoir ultime dans la Commission. Nous le plaçons dans le réveil des peuples européens. S’ils nous ferment la porte, nous irons à Bruxelles mettre fin à leur censure.
Le texte appelle à un moratoire sur l’immigration non-européenne, à un cadre de remigration harmonisé au niveau de l’UE et à la suppression des dispositifs sociaux qui fonctionnent comme des facteurs d’attraction. Quelles modifications des traités seraient nécessaires pour rendre ces mesures applicables, et quel est selon vous le principal obstacle juridique à lever ?
Eva Vlaardingerbroek : Les mesures concrètes du Save Europe Act — un moratoire sur l’immigration non-européenne, un cadre de remigration harmonisé, la suppression des facteurs d’attraction sociaux — exigent de réels changements dans le fonctionnement de l’UE. Une refonte totale, en réalité. Le principal obstacle juridique n’est pas tel ou tel article d’un traité, mais la superstructure accumulée du droit des droits de l’homme, en particulier la Convention européenne des droits de l’homme et les décisions aberrantes de la Cour de Strasbourg, sans cesse utilisées pour bafouer les droits des peuples autochtones d’Europe. Elles bloquent l’expulsion de criminels dangereux et rendent les nations sans défense. Les propres règles de l’UE en matière de migration et d’asile, fondées sur le non-refoulement, doivent être fondamentalement réécrites. Une modification des traités ou, là où c’est nécessaire, une réaffirmation de souveraineté du type de celle que l’on observe en Hongrie, serait indispensable. L’article 4(2) du TUE reconnaît déjà le droit des États membres de protéger leur identité nationale ; nous comptons redonner un sens à cette clause.

Le Save Europe Act a été lancé avec Martin Sellner et cinq autres initiateurs, et reçoit le soutien de Viktor Orbán. Comment réunissez-vous des sensibilités politiques aussi différentes autour d’un texte commun sans l’affaiblir ?
Eva Vlaardingerbroek : Nous nous rassemblons autour d’un socle non négociable : l’Europe appartient aux peuples européens, notre civilisation a droit à la continuité, et le remplacement en cours doit être inversé. Orbán apporte l’expérience d’un homme d’État qui a réellement gouverné à contre-courant et protégé le caractère démographique de sa nation. Sellner et le réseau autour du Remigration Summit apportent une énergie militante. Le texte reste tranchant parce qu’il refuse de diluer l’essentiel — les frontières, les retours, la fin des incitations — dans de vagues discours sur l’intégration. C’est le consensus de tous les patriotes européens dans sa forme la plus pure, et il parvient ainsi à transcender les différences nationales, culturelles et sociales.
La remigration : qui repart, selon quel critère, par quels moyens, dans quel cadre légal ? Pouvez-vous décrire concrètement ce que vous réclamez ?
Eva Vlaardingerbroek : La remigration, concrètement, commence par ceux qui n’ont aucun droit d’être ici. Tous les entrants illégaux, les personnes en dépassement de visa et les demandeurs d’asile déboutés doivent être renvoyés. Tous les ressortissants étrangers condamnés pour des crimes graves doivent être expulsés. Nous bâtissons ensuite un cadre harmonisé à l’échelle de l’UE pour une remigration plus large : faire pression sur les groupes qui ont formé des sociétés parallèles, qui rejettent nos valeurs et dont la présence sape activement la cohésion sociale et la sécurité. Les moyens incluent des accords diplomatiques avec les pays d’origine, des incitations au retour volontaire et, là où c’est nécessaire, l’éloignement contraint avec une procédure légale complète. Ce n’est pas extrême ; c’est le minimum requis pour rétablir l’ordre légal et préserver la possibilité d’une future civilisation européenne. Nous commençons par les cas évidents et nous élargissons le cadre de façon méthodique et légale.

Vous avez construit une partie de votre audience autour du lien entre l’immigration de masse et la sécurité physique des femmes, un angle que certaines féministes refusent d’aborder. Pourquoi, selon vous, ce silence est-il si persistant, et que révèle-t-il sur l’état du féminisme contemporain ?
Eva Vlaardingerbroek : Le silence de tant de féministes sur le lien entre l’immigration de masse non-européenne et la sécurité des femmes européennes est l’un des échecs les plus révélateurs de cette idéologie. Le féminisme contemporain a décidé que certains hommes devaient être protégés de tout examen « raciste », même lorsque les victimes sont des femmes et des filles autochtones. Ce que l’on a vu à Cologne, à Rotherham, à Telford et dans d’innombrables autres endroits en sont des exemples déchirants. Pourtant, leur réponse est souvent l’esquive, la minimisation ou la censure pure et simple — s’en prendre aux femmes qui osent parler. Cela révèle qu’une grande partie du féminisme moderne ne concerne plus principalement les femmes ; c’est devenu un véhicule d’une idéologie anti-occidentale et anti-blanche, qui traite les peuples européens et leur sécurité comme une préoccupation secondaire. Une véritable préoccupation pour les femmes ne devrait pas reculer devant l’aveu de quelles populations sont à l’origine de l’explosion des agressions sexuelles.
En janvier 2026, le gouvernement britannique vous a interdit l’entrée du Royaume-Uni, sans droit d’appel, au motif que votre présence n’était « pas favorable au bien public ». Que révèle cette décision sur l’état des libertés civiles en Europe occidentale ?
Eva Vlaardingerbroek : La décision du gouvernement britannique, en janvier 2026, de m’interdire l’entrée du Royaume-Uni, sans droit d’appel, au motif que ma présence n’était « pas favorable au bien public », nous dit tout de l’état des libertés civiles en Europe occidentale. Une Néerlandaise sans casier judiciaire peut être bannie d’un pays entier pour avoir dit des vérités dérangeantes sur l’immigration, la criminalité et le changement démographique, tandis que des migrants sans papiers y sont accueillis et reçoivent gratuitement soins de santé et logement. Moi, je ne serais pas favorable au bien public, mais selon Starmer, le migrant soudanais qui a tenté de décapiter un homme à Belfast, lui, le serait. Voilà à quoi tout cela se résume. Mais je pense que le peuple britannique en a assez, et le règne de Starmer prendra bientôt fin. Je soutiens Rupert Lowe — un vrai patriote.
Vous vous définissez comme catholique et voyez la défense de l’identité européenne comme un combat moral, et pas seulement politique. Comment la foi transforme-t-elle concrètement votre façon de mener ce combat, et qu’est-ce qu’elle vous permet d’endurer ?
Eva Vlaardingerbroek : Je suis catholique. Je me suis convertie il y a un peu plus de trois ans. Ce fut un choix profondément personnel, et non politique par nature, mais je peux dire que ma foi n’est pas un ornement dans ce combat : elle en est le fondement. La défense de l’identité européenne est, pour moi, un devoir moral enraciné dans nos racines chrétiennes. Rester les bras croisés pendant que cet héritage est démographiquement et culturellement détruit serait une faillite de l’amour. L’amour de son prochain, l’amour des générations à venir, l’amour de l’héritage qui nous a été confié.
La foi donne de l’endurance, parce que nous savons qu’au bout du compte tout est entre les mains de Dieu. Quand j’ai peur, parfois, je pense aux paroles de ma sainte patronne, sainte Jeanne d’Arc : « Je n’ai pas peur, car Dieu est avec moi ! Je suis née pour cela. » Je ne suis pas même digne de me tenir dans son ombre, mais son courage est pour moi une source d’inspiration inépuisable.

La bataille pour l’Europe se gagne aussi dans l’espace médiatique et métapolitique. Quel rôle assignez-vous concrètement aux médias identitaires européens dans la réussite du Save Europe Act ?
Eva Vlaardingerbroek : Les médias identitaires européens comme Voxeuropa Herald, et le réseau plus large des voix indépendantes, sont indispensables à la réussite du Save Europe Act. Les grands médias nous ignorent totalement, ou nous attaquent activement, et nous avons donc plus que jamais besoin de médias comme le vôtre. La bataille se gagne d’abord dans le domaine des idées, des images et du langage. Les médias traditionnels ne rapporteront pas honnêtement les faits démographiques, les schémas de la criminalité. Vous, vous le faites. Vous documentez le remplacement en temps réel, vous donnez la parole aux victimes, vous dénoncez l’hypocrisie des élites et vous parlez aux patriotes comme nous. Sans la sphère des médias alternatifs, et sans des plateformes comme X, ils pourraient nous réduire au silence. Grâce à vous, ils ne le peuvent pas.
Propos recueillis par Matisse Royer (Vox Europa)
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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